La banque d'affaires Bear Stearns a été contrainte de débourser 3,2 milliards de dollars pour éviter la faillite de deux de ses fonds spéculatifs adossés aux prêts hypothécaires à risque. Et ce alors que la hausse des taux longs menace d'accroître la crise immobilière.
Une fois encore, l'incendie semble avoir été évité d'extrême justesse à Wall Street. Les trois derniers jours ont été dominés par les craintes de faillite de deux fonds spéculatifs de Bear Stearns, la cinquième banque d'affaires américaine. Ces deux hedge funds spécialisés dans les obligations adossées sur les prêts hypothécaires géraient plus de 20 milliards de dollars d'actifs récemment, mais ont été durement touchés par l'augmentation des défauts de paiement des ménages. Ces derniers ont bondi de +90% au niveau national entre mai 2006 et mai 2007; les foyers les moins aisés n'arrivent en particulier plus à faire face à leurs obligations. Dans une étude datée du 14 juin, l'US Mortgage Bankers Association lance un véritable cri d'alarme sur la situation dans quatre gros Etats (la Floride, la Californie, le Nevada et l'Arizona).
Or, les fonds gérés par Bear Stearns avaient précisément racheté avec décote les prêts aux emprunteurs les plus risqués –les tristement célèbres subprime mortgages- en misant sur une remontée prochaine des prix de l'immobilier. Au contraire, les difficultés persistantes du secteur leur ont fait perdre 10% et 20% de leur valeur depuis le début de l'année. D'où les craintes de non–recouvrement des nombreuses banques qui leur avaient prêté des fonds pour financer leurs investissements. L'une d'entre elles, Merrill Lynch- numéro 3 du secteur- a saisi 850 millions de dollars d'obligations investis dans ces fonds afin d'en revendre une partie à des investisseurs. Deux autres grands noms de la finance, JP Morgan et Lehman Brothers, auraient menacé d'en faire autant, au risque de faire plonger l'ensemble des prix liés au marché très opaque des subprime mortages.
Pour éviter la panique, Bear Stearns vient, selon l'agence Bloomberg, d'accepter de supporter les frais d'un plan de sauvetage in extemis. Il rachèterait 3,2 milliards de dollars de créances sur ses deux fonds pour arrêter la saisie des biens par les créanciers. Autre nouvelle rassurante: la Bank of America et Goldman Sachs auraient passé des accords pour liquider leurs positions dans les deux hedge funds en difficulté.
La menace immédiate d'un effet domino de la crise semble donc écartée, mais pour combien de temps ? «Les problèmes des hedge funds risquent non seulement de se propager à Wall Street mais aussi à l'économie réelle », rappelle CNN vendredi. Si la crise de l'immobilier, qui dure depuis un an, n'a pas encore eu de grandes conséquences sur la consommation des ménages, la hausse des taux longs pourrait gripper ce principal moteur de la croissance américaine. Les taux des emprunts sur 35 ans ont bondi de plus d'un point et demi en cinq semaines; les ménages endettés à taux variable ont d'autant moins de ressources à consacrer aux achats. Ce qui fait craindre à certains une récession avant la fin de l'année. La plupart des économistes se contentent pourtant de parler de ralentissement au deuxième semestre. « Finis les taux de croissance annuels de l'ordre de 3% ou plus », prévient notamment sur CNN John Silvia, économiste en chef du broker Wachovia.

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