Le patron du sidérurgiste russe détiendra 32% du nouvel Arcelor. La fusion doit être validée par les actionnaires le 28 juin. A Paris, l'action Arcelor décroche de 3% vendredi.
L'acharnement d'Arcelor à vouloir échapper coûte que coûte à l'appétit de Mittal Steel est décidément remarquable tant le sidérurgiste dirigé par Guy Dollé aura fait montre d'ingéniosité dans ses manœuvres d'évitement quatre mois durant. Cette fois, et alors que l'OPA hostile lancée par Mittal est effective depuis une grosse semaine, le numéro deux mondial de l'acier a peut-être trouvé l'ultime parade. Son nom ? Severstal, le numéro un russe du secteur, qui pourrait bien endosser là le costume encombrant du « chevalier blanc » tant espéré à la fin janvier par Arcelor lors de l'annonce du raid initié par le géant néerlandais.
C'est que Arcelor et Severstal, en discussions paraît-il depuis trois ans et demi dixit Guy Dollé, ont de fait annoncé aujourd'hui vendredi leur fusion afin de créer ensemble d'ici « la fin juillet » le nouveau numéro un mondial de l'acier (avec un chiffre d'affaires combiné estimé à 46 milliards d'euros et une production annuelle de 70 millions de tonnes), détrônant de facto le groupe fondé par Lakshmi Mittal. Le duo Arcelor/Severstal sera leader en Europe, Russie et Amérique du Sud.
L'opération a été avalisée hier soir jeudi par le conseil d'administration du groupe européen, qui escompte au passage 590 millions de synergies, et sera soumise au vote des actionnaires le 28 juin. La CGT, pour sa part, redoute que ces synergies soient le fruit de l'élimination des « doublons » d'emplois, bien que Guy Dollé et son staff aient immédiatement assuré que le rapprochement n'aurait pas de « conséquences négatives » pour l'emploi. Les deux partenaires emploieront ensemble 245 000 salariés.
Après avoir tenté de solliciter des alliances puis doublé son dividende 2005, isolé le canadien Dofasco tout juste racheté dans une fondation de droit néerlandais et finalement décrété un rachat d'actions colossal (maximum de 7 milliards) en faveur de ses actionnaires, cette énième riposte d'Arcelor pour contrer les visées de son « prédateur » ne lui coûtera rien. Du moins rien en cash. Une augmentation de capital de 12,9 milliards d'euros (soit l'équivalent de 44 euros par action contre 37,7 euros pour Mittal) sera ainsi réservée à Alexeï Mordachov, le patron de Severstal, lequel versera en outre 1,2 milliard en espèces. De sorte qu'au final le rapprochement avoisinera les 11,7 milliards.
En échange, le dirigeant russe détiendra 32% du nouveau mastodonte, soit juste en-deçà du fameux seuil de la minorité de blocage. Alexei Mordachov, premier actionnaire et président non exécutif du futur Arcelor, s'est par ailleurs engagé sur cinq ans à ne point se délester de sa participation, ni à déroger aux recommandations formulées par le conseil, ni même à se renforcer au capital (pendant 4 ans cette fois).
Le group franco-hispano-luxembourgois s'est donc offert une stabilité pour cinq ans et une tranquillité dans l'immédiat. Car il est clair à présent que l'offensive de Mittal paraît compromise, puisque la direction de sa « proie » peut tabler sur un noyau dur tournant autour de 47% : soit les 32% de Severstal et les 15% déjà agglomérés autour du Grand-Duché du Luxembourg et de la firme Carlo Tassara. Et puis, il est peu probable que Mittal relève à nouveau son offre. Les marchés l'ont du reste interprété en ce sens sifflant la fin de la spéculation autour du titre. A Paris, l'action Arcelor glissait de 3%.
Autant dire que ce dernier rebondissement dans ce dossier fleuve a fortement indisposé le management de Mittal, qui veut y voir « une alliance de second ordre » et pour qui « les actionnaires d'Arcelor sont contraints de laisser le contrôle de leur société » et à qui « on refuse une prime ». A contrario, en Russie, l'union est vécue comme « un signal de confiance envers l'économie » du pays selon le ministre des Finances, Alexeï Koudrine.

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