Nouveau rebondissement dans l'affaire de la prise de contrôle de FujiTV. Le PDG de Softbank, Masayoshi Son, s'interpose pour contrer la victoire du jeune patron du portail Internet Livedoor.
Le petit caïman a été rattrapé par un plus gros. Le petit faisait la course en tête. Takafumi Horie, jeune entrepreneur japonais du net, à la tête d’un portail, Livedoor, a tenté de révolutionner le paysage financier du Japon, en prenant le contrôle de la première chaîne TV de l’archipel, Fuji TV. Une OPA hostile très mal vécue par l’establishment des marchés nippons, plus habitué à des pratiques feutrées et des arrangements entre pairs. Horie s’est contenté de ramasser les actions disponibles hors du marché, jusqu’à ce qu’il détienne 49,78 % des parts de Nippon Broadcasting System (NBS), la maison mère de TV Fuji. Dans le Japon des hommes d’affaires en costumes monochromes, cela ne se fait pas. Mais Horie porte des tee-shirts, il n’est pas de la même génération. Fuji TV a tenté de reprendre la main en diluant ses actions, avec un appel de fonds de 50 milliards de yens, mais la Cour d’appel de Tokyo lui a donné tort. Rien ne justifiait cette augmentation de capital, sinon la volonté des actuels dirigeants de garder le pouvoir. La partie semblait donc gagnée pour Livedoor. Le petit caïman a fait part de sa vision révolutionnaire des choses, qui l’amène à rechercher des synergies entre une TV majeure et son portail, la première devant assurer la promotion et amener des clients au second.
L’idée était si bonne qu’elle a plu au principal adversaire de M. Horie, son rival sur le marché des portails, Masayoshi Son. Il y a 5 ans, cet entrepreneur d’origine coréenne était aussi mal perçu à Tokyo que le jeune intrépide d’aujourd’hui. Difficile d’admettre pour les Japonais qu’un étranger de deuxième génération triomphe chez eux dans les nouvelles technologies, réputées leur spécialité. Son a fait son chemin dans l’internet, il est parvenu à la tête de Yahoo BB, et pèse 2 fois plus que Livedoor (550 millions d'euros de chiffre d'affaires contre 220). Son a si bien fait son trou dans le paysage nippon que Fuji TV est venu le trouver pour lui demander d’être son chevalier blanc. Par un accord avec NBS, Softbank a pu emprunter 13,8% des actions de Fuji TV. Soit le transfert d’un paquet de 365.000 titres. Officiellement, Fuji, NBS et Softbank créent ensemble un fond d’investissement de 20 milliards de yens (1,5 milliard d’euros) orienté vers les sociétés de diffusion et de contenu. Ils devraient ainsi mettre la main sur le trésor de NBS, la société de production musicale Pony Canyon.Horie avait du emprunter 750 millions de dollars (580 millions d’euros) à Lehmann Brothers pour lancer son opération. Dans cette manche, il apparaît distancé. Mais la partie se joue jusqu’à vendredi, jour de clôture de l’année fiscale japonaise.

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