Zhong Guo Hen Da, « La Chine est grande ». Sur l'immense drapeau frissonnant qui recouvre par instant le Tiantan, le temple du Ciel, le logo des prochains jeux Olympiques de Pékin claque comme un slogan nationaliste. Dans l'impatience de ce rendez-vous planétaire programmé en 2008, les dirigeants chinois ont voulu marquer les esprits par un exploit technologique, envoyant le 15 octobre dernier leur fusée étoilée griffer le ciel, et leur premier « taïkonaute », Yang Liwei, tourner autour de la Terre. « La Chine est grande », et ses dirigeants tiennent plus que jamais à le faire savoir. Hérauts d'une révolution - économique, cette fois -, ils ont jeté les bases d'une nouvelle grande puissance, aussi fascinante qu'inquiétante. Pour en prendre la mesure, les reporters de L'Expansion ont sillonné ce pays qui bouleverse déjà la mondialisation.Par Gilles Fontaine, Gilles Tanguy et Catherine Touzard, envoyés spéciaux, avec , Emmanuel Lechypre et Isabelle Mas. Coordination : Vincent Giret et Bernard Poulet.
« Il faudra encore un temps assez long pour décider de l'issue de la lutte idéologique entre le socialisme et le capitalisme dans notre pays », avait osé dire Mao Zedong devant les cadres du Parti communiste, le 12 mars 1957. Le Grand Timonier ne s'était pas trompé. Le combat dura vingt et un ans, jusqu'à ce que Deng Xiaoping lance, en 1978, la politique des « Quatre Modernisations ». Mais l'issue n'est pas celle dont Mao avait rêvé. En libéralisant l'agriculture, et surtout en autorisant les activités industrielles privées, son successeur engage le pays le plus peuplé de la planète sur le chemin d'un capitalisme ultra, doublé d'un pragmatisme souvent cynique. Vingt-cinq ans après, une explosion économique d'une ampleur sans précédent provoque une onde de choc qui secoue l'économie mondiale.
« Plus d'un demi-siècle après l'instauration du régime communiste, la Chine vit une triple mutation, résume brutalement Nicolas Lermant, à la mission économique de l'ambassade de France à Pékin. Elle passe d'une économie étatique et planifiée à une économie de marché ; d'une économie rurale à une économie industrielle urbaine ; et, enfin, de l'autarcie à l'ouverture sur le monde. » Résultat : l'empire du Milieu est au sixième rang économique mondial, porté par une croissance inouïe de près de 10 % par an, pendant vingt ans ! D'ores et déjà premier producteur de la planète dans plus d'une centaine de secteurs, ce pays communiste est devenu l'eldorado des multinationales occidentales. « La Chine, c'est désormais l'usine globale », a coutume de dire le patron de Siemens, Heinrich von Pierer.
Dans cet empire de la démesure, qui abrite 1,3 milliard d'habitants, l'effet taille joue à plein. Il valait déjà à la Chine d'être la première puissance économique mondiale au début du XIXe siècle. Elle reste pourtant un pays pauvre, avec un revenu moyen de 1 000 dollars environ par habitant, 25 fois moins qu'en France. Mais il ne faut pas s'y tromper. La Chine n'est plus seulement un pays en développement. En décidant de rejoindre l'Organisation mondiale du commerce, Pékin a signé de façon spectaculaire son entrée dans le club des grandes puissances. Toujours aussi habiles dans les mises en scène de l'histoire nationale, les autorités prévoient de fêter l'événement en 2008, quand les caméras du monde entier tourneront leur objectif vers les JO de Pékin. Cette nouvelle ère impose la mise en chantier d'un nouveau décor : celui d'une capitale moderne, sillonnée par une dizaine de lignes de métro, ceinturée de plusieurs périphériques et d'une trentaine de villes nouvelles, « du même rang que Londres, Paris ou New York », expliquent, les yeux brillants, les autorités municipales, sans s'émouvoir de la destruction des quartiers populaires.
La Chine s'est mise en situation de rafler de nombreuses médailles sur le terrain économique. Même l'émergence des Etats-Unis et de l'Allemagne comme puissances industrielles à la fin du XIXe siècle n'avait pas déstabilisé à ce point l'économie mondiale, ni provoqué une réorganisation aussi violente des circuits de production mondiaux. Parce qu'elle offre des salaires 40 fois inférieurs à ceux des ouvriers américains, la Chine est devenue en dix ans l'épicentre de la mondialisation. Au rythme actuel, elle dépassera l'Allemagne comme troisième puissance manufacturière du monde, selon les experts de BNP Paribas Peregrine, avant de devenir, en 2050, la première puissance économique de la planète, d'après les projections de Goldman Sachs.
Les multinationales américaines, japonaises ou européennes et 425 000 autres entreprises à capitaux étrangers y sont désormais implantées pour produire, et les géants de la distribution comme Wal-Mart et Carrefour y font leur marché, pour le plus grand profit des consommateurs occidentaux. Les premiers investisseurs restent les Chinois de Taïwan, qui se sont offert une véritable base technologique sur la côte est. Plus des deux tiers des exportations chinoises de produits électroniques émanent ainsi de sociétés à capitaux taïwanais. L'usine d'ordinateurs portables que le fabricant de Tapei, Quanta, a installée près de Shanghai, l'une des plus grandes au monde, a même permis à la Chine de détrôner... Taïwan, comme premier pays producteur mondial ! Les salariés français ou européens l'ont appris parfois brutalement : la Chine n'est plus seulement le paradis de la chaussure, du jouet ou du textile produits par des petites mains peu coûteuses. La montée en gamme des savoir-faire chinois est spectaculaire et, surtout, continue.



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