Pour réconcilier les pays du Sud avec les labos du Nord, il faut créer un fonds mondial.
Les 34 millions de porteurs du virus du sida recensés dans le tiers-monde ont remporté en mars une victoire historique. Sous la pression des ONG, les grands laboratoires pharmaceutiques ont abandonné les poursuites lancées contre le gouvernement sud-africain pour violation de leurs brevets. Cette victoire pourrait pourtant tourner à la débâcle : elle risque en effet de décourager les recherches sur les « maladies des pauvres ».
Un seul critère décide du lancement des programmes de recherche : les profits prévus. Un brevet assure vingt ans de monopole au laboratoire qui l'a déposé. Pour les maladies qui les concernent au premier chef - par exemple celles liées au vieillissement -, les Occidentaux peuvent compter sur les lois de protection des brevets et sur le marché pour donner les « bonnes » incitations aux laboratoires en matière de recherche et développement.
De leur côté, les pauvres peuvent espérer se soigner lorsqu'ils sont victimes de maladies qui touchent également les riches. C'est aujourd'hui le cas du sida : les laboratoires amortissent les frais de recherche et développement des nouveaux traitements en pratiquant des tarifs différents : élevés dans les pays riches, à prix coûtant dans les pays pauvres. Facturée 10 000 dollars par an aux Etats-Unis, une trithérapie est désormais proposée à 600 dollars dans certains pays d'Afrique. Reste à éviter les importations parallèles, et à s'assurer que, même à prix coûtant, les médicaments sont accessibles.
La vraie difficulté se situe dans le cas des maladies qui frappent exclusivement les pays pauvres. Pour certaines, comme celles liées à des parasites, les traitements existent. Mais ils sont coûteux en termes d'organisation des soins et de logistique médicale plus que de production des médicaments. En outre, les conditions de vie et d'hygiène dans ces pays font que la guérison est souvent suivie d'une rechute. Ce problème dépasse de très loin la responsabilité des laboratoires. Mais le cas le plus tragique concerne les maladies encore sans thérapie. Qui va investir des sommes colossales pour la recherche et les tests qui précèdent la commercialisation, en sachant qu'il n'y aura pas de bénéfice en retour, et peut-être même pas de chiffre d'affaires ?
La solution la plus performante consiste à pallier l'insolvabilité des malades. L'achat de médicaments doit être confié à un organisme public international doté d'un budget conséquent et d'une capacité de négociation lui permettant de résister aux intérêts des laboratoires. La proposition faite par le secrétaire général des Nations unies de créer un fonds international doté d'un budget annuel de 7 milliards de dollars pour lutter contre le sida, la tuberculose et le paludisme va donc dans le bon sens. Les réponses positives des gouvernements américain et français sont encourageantes. Mais, aujourd'hui, les sommes consenties sont loin de faire le compte. Et tout reste à bâtir en termes d'organisation afin de soustraire ce fonds international au jeu politique des uns ou des autres.

H. DE OLIVEIRA - DR

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