Royaume-Uni

Smicard à Londres, le rêve devenu réalité des jeunes Européens de l'Est

Eric Albert, à Londres -  01/06/2006  - L'Expansion 
 

Comme tous les dimanches, il y a foule dans l'église Notre-Dame de Czestochowa, l'un des principaux lieux de rendez-vous de la communauté polonaise de Londres. Attendant la célébration suivante, une vingtaine de personnes patientent déjà sur le trottoir de ce quartier d'Angel, dans le nord de la capitale.

Parmi elles, accoudés à une balustrade, Stefan Golica et ses deux amis, Gregorz Lesny et Jaroslaw Twardogura, fument tranquillement une cigarette. Comme la plupart de leurs concitoyens qui se pressent dans l'église, ils sont arrivés il y a deux ans, quand le Royaume-Uni a ouvert ses frontières aux travailleurs des dix nouveaux pays membres de l'Union européenne.

« On était les tout premiers à venir en Angleterre, explique Stefan, 27 ans. On a pris le ferry le jour même de l'élargissement, le 1er mai 2004, et on est arrivé à Douvres à midi. » A la recherche d'aventure et d'argent, les trois jeunes se sont précipités à Londres sans perdre de temps. « On nous disait qu'on pouvait très facilement trouver du travail, qu'il suffisait de rentrer dans n'importe quel magasin et de demander », se rappelle Stefan.

Seuls le Royaume-Uni, l'Irlande et la Suède ont ainsi ouvert leurs frontières aux ressortissants des anciens pays communistes. Près de deux ans plus tard, ils sont venus en masse. Entre mai 2004 et décembre 2005, 329 000 personnes, dont 58 % de Polonais, ont officiellement immigré en Grande-Bretagne. En réalité, ils seraient deux fois plus nombreux. Autrement dit, plus d'un demi-million de jeunes d'Europe centrale se sont installés dans le pays en dix-huit mois seulement. Sans créer la moindre tension.

Une main-d'oeuvre réputée sérieuse

Ils sont même plutôt bien accueillis. Pour les employeurs britanniques, cette main-d'oeuvre est la bienvenue. Réputée pour son sérieux, elle vient remplir les besoins criants de certains secteurs. 30 % des nouveaux arrivants travaillent dans la grande distribution et l'hôtellerie, 28 % dans le secteur manufacturier, et 10 % dans l'agriculture. Ils répondent à une vraie demande.

Un simple coup d'oeil aux petites annonces accrochées dans les lieux de rencontre des Polonais suffit pour s'en convaincre : des maisons de retraite cherchent des aides-soignants, des écoles réclament des professeurs assistants, des garderies d'enfants demandent du personnel...

En moins de deux ans, ils sont devenus indispensables dans le secteur des services aux personnes. « Ces dernières années, il était impossible de trouver un plombier, sourit Tony McNulty, ex-secrétaire d'Etat chargé de l'Immigration. Maintenant, on peut enfin en avoir un ! » Deux ans plus tard, les trois jeunes Polonais ont réussi leur installation, même s'ils sont arrivés sans qualification ni argent : le premier est devenu peintre en bâtiment ; le deuxième, plombier ; le troisième, conducteur de machine à nettoyer les sols. « On aide l'économie britannique, insiste Gregorz, 26 ans. On prend des emplois payés au salaire minimum, ceux dont les Anglais ne veulent pas. »

Tomasz Nowakowski, 29 ans, accepte lui aussi des conditions de travail très difficiles. Ancien soldat, il est venu tenter sa chance dès 2003, avant l'élargissement de l'Union. Il ne parlait alors pas un mot d'anglais, mais l'offre d'un pub, pour 160 livres (235 euros) hebdomadaires, nourri et logé, était tentante. « Je gagnais autant en une semaine en Grande-Bretagne qu'en un mois en Pologne ! »

Tomasz ne dépense rien pour ses loisirs

Après mai 2004, il a pu régulariser sa situation. Plus tard, il trouvait un emploi de nuit comme contrôleur de qualité dans une usine fabriquant du pain de mie. Il touche aujourd'hui 280 livres par semaine (410 euros). « J'en mets près de 200 de côté, que j'envoie en Pologne, à ma famille. » Pour réussir cet exploit financier, il vit avec onze compatriotes dans une maison de six chambres, et ne dépense jamais un penny en loisirs. Comme la plupart d'entre eux, il affiche la volonté de rentrer chez lui après quelques années. « Mais pas tout de suite, corrige Stefan Golica. Je veux d'abord avoir gagné suffisamment d'argent pour ouvrir un magasin à mon retour. »

Leur point de vue sur l'ouverture des frontières françaises aux travailleurs d'Europe centrale ? « Ne vous inquiétez pas, sourit Gregorz, ceux qui voulaient partir pour trouver un travail sont déjà ici, au Royaume-Uni. Et puis, apprendre le français est beaucoup trop difficile ! »

 
 
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