L'alimentaire et les antiquaires souffrent, mais des artisans profitent du boom immobilier.
Pour maintenir nos revenus, nous avons choisi d'étendre notre offre », témoigne ce charcutier de la butte Montmartre, à Paris. Il s'est lancé depuis deux ans dans une activité de traiteur. Outre les traditionnelles cochonnailles, il vend désormais des « petits plats et pâtisseries faits maison », des fromages et des vins du terroir. De fait, pour attirer le chaland, les artisans du commerce de bouche misent sur la rareté et l'« origine contrôlée » de leurs produits : le gibier revient sur les étals des bouchers, le pain au levain retrouve ses lettres de noblesse chez les boulangers, et les fromages affinés, leur place chez les crémiers.
Car si, depuis 2000, les hausses de chiffres d'affaires des commerçants marquent le pas, les charges, elles, alourdissent dangereusement les bilans. Dans sa dernière étude statistique, la Fédération des centres de gestion agréés insiste sur une hausse « soutenue » (6,4 % en moyenne) des charges de personnel entre 2002 et 2003, du fait d'une hausse des cotisations retraite. Une envolée qui pèse lourd sur le résultat courant : il n'a progressé que de 0,8 % environ. Soit 1,2 % de moins que l'inflation sur cette période.
Les charpentiers, as de la croissance
Certaines professions tirent tout de même leur épingle du jeu. Surfant sur la vague de l'immobilier, les métiers du bâtiment liés à la construction et à la rénovation voient leur chiffre d'affaires grimper régulièrement (+ 3,2 % en 2003), malgré une hausse du coût de la construction sur l'année (+ 3,6 %). La palme revient aux charpentiers, qui enregistrent une croissance de 6,7 % de leur résultat courant en 2003.
A l'opposé, les antiquaires et les brocanteurs subissent de plein fouet le recul de la demande internationale, notamment américaine, pénalisée par un dollar faible depuis 2001. Leur chiffre d'affaires recule de 10 %, et leur résultat courant s'effondre de 16,7 %. Sur un marché du mobilier ancien atone, seuls les ébénistes et les restaurateurs de meubles, en faveur auprès des clients les plus aisés, maintiennent leur résultat sur l'année.
+ 4 900 Euro(s) de chiffre d'affaires en 2004
-Anne Jacquin, 35 ans
-Restauratrice du patrimoine, Paris
-44 300 euros brut/an
Mon diplôme de l'Institut national du patrimoine m'a ouvert les portes des musées nationaux, qui représentent 80 % de ma clientèle. Ma spécialité - laques européennes et japonaises - est une vraie niche : pour l'instant, j'ai échappé aux aléas de la conjoncture. Trois ans après son ouverture, mon atelier fonctionne bien : je travaille douze heures par jour et, entre 2003 et 2004, mon chiffre d'affaires a progressé de 11 %, à 44 300 euros. Sur la même période, mon bénéfice est passé de 10 400 à 19 400 euros, surtout en raison de dépenses d'investissement moindres par rapport à la phase de démarrage. Mais les charges sont toujours aussi lourdes. »

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