RFID, la superpuce qui colonise la planète

Laurent Barbotin -  01/09/2005  - L'Expansion 
 

Elle emballe les industriels, un peu moins les défenseurs de la vie privée. Zoom sur une technologie en hausse.

Quel est le point commun entre les billets de la Coupe du monde de football 2006, les clefs de la nouvelle Renault Clio et la carte Navigo, qui permet aux usagers du métro parisien de franchir en un tournemain les portillons ? Tous ces objets sont dotés de puces électroniques capables d'échanger sans contact de l'information avec leur environnement proche. Ces puces, appelées RFID (identification par radiofréquence), s'insinuent progressivement dans tous les domaines de notre quotidien : le CHU de Marseille vient d'en équiper ses éprouvettes, la banque néerlandaise Rabobank, ses coffres-forts. Même les chiens attirent désormais ces puces, qui se sont substituées au tatouage d'identité ! L'invasion ne fait que commencer tant les applications de cette technologie sont nombreuses. Selon le cabinet d'analyses IDTechEx, spécialisé dans les nouvelles technologies, le marché de la RFID, estimé aujourd'hui à 1,5 milliard d'euros, dépassera les 6 milliards en 2008.

Au début des années 90, Air liquide a été l'une des premières sociétés à utiliser cette technologie, pour assurer la traçabilité de ses bouteilles de gaz médicaux. Quelques bibliothèques ont également collé des étiquettes électroniques sur les livres afin d'automatiser les prêts. C'est le cas de celle de Seattle, qui gère près de 2 millions d'ouvrages et qui a fait appel pour cela à une entreprise française, Tagsys. « C'est une technologie qui a fait ses preuves », assure Olivier Burah, vice-président de cette société née dans le giron du leader mondial de la carte à puce, Gemplus. Aujourd'hui, la baisse du coût de fabrication des étiquettes électroniques - de l'ordre de 10 à 30 centimes d'euro l'unité actuellement - permet d'envisager leur utilisation dans l'univers de la grande consommation. Un secteur qui, selon une étude récente du cabinet américain Larstan Business Reports, sera le principal moteur de l'adoption de cette technologie.

Depuis 1999, des poids lourds de la grande distribution, comme l'américain Wal-Mart, l'allemand Metro et le britannique Tesco, se sont regroupés au sein d'un consortium baptisé Auto-ID, basé au Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui vise à mettre au point un standard commun à toute la chaîne d'approvisionnement. Ils ont été rejoints par des fabricants de produits grand public, tels que Procter & Gamble, Gillette ou Unilever, et des sociétés de technologie, comme Motorola et Sun Microsystems. Scott McNealy, le patron de Sun, leur vendait une vision enthousiaste du magasin du futur : « Le client remplit son chariot, le fait passer devant un détecteur qui reconnaît les produits, débite sa carte de crédit et informe l'usine de réapprovisionner les stocks et les rayons. »

Les tests effectués à partir de 2002 par Wal-Mart, Metro et Tesco ont montré que la réalité n'est pas aussi simple. D'abord, la transmission des ondes radio est perturbée par l'eau et le métal : la présence d'une bouteille d'eau ou d'un plat en barquette d'aluminium dans le chariot suffit à perturber la lecture. Ensuite, le prix des étiquettes RFID demeure élevé au regard de celui de certains produits de grande consommation. Et, surtout, les consommateurs considèrent que cette technologie est une menace potentielle pour leur vie privée. Des associations comme Consumers Against Supermarket Privacy Invasion and Numbering (Caspian) aux Etats-Unis et FoeBuD en Allemagne ont vu le jour. En 2003, elles se sont élevées contre des expériences menées par Wal-Mart et Tesco pour étudier le comportement des consommateurs ou lutter contre le vol au moyen de caméras déclenchées par les puces RFID. L'an passé, c'est le magasin test de Metro à Rheinberg qui a été assailli par des manifestants, après avoir distribué à ses clients des cartes de fidélité intégrant des puces RFID. « Il y a des risques de captation de données à l'insu du porteur, car ces puces activables à distance peuvent fournir des informations en toute discrétion, sans accord ou geste conscient de la part du client », reconnaît Christophe Pallez, secrétaire général de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). Or la collecte de données personnelles est réglementée au sein des pays de l'Union européenne et un groupe d'études, Article 29, auquel participe la Cnil, travaille sur le sujet au niveau de l'UE.

Les géants de la grande distribution n'ont pas pour autant renoncé à la RFID, mais cantonnent pour l'heure son déploiement aux activités de logistique : tri, transport, suivi... Les étiquettes électroniques RFID apparaissent comme un réel progrès par rapport au classique code-barres : la possibilité de lire simultanément plusieurs étiquettes permet ainsi de connaître en une seconde tout le contenu d'une palette ou d'un carton, sans même toucher à l'emballage. De quoi accélérer considérablement les inventaires et automatiser la gestion des stocks. Wal-Mart et Tesco ont d'ores et déjà exigé de leurs fournisseurs qu'ils placent des étiquettes électroniques sur tous leurs produits. D'ici à la fin de l'année, le groupe américain aura équipé 600 magasins et une douzaine d'entrepôts de lecteurs RFID. Tesco entend « mettre à l'heure RFID » 35 entrepôts et 1 300 points de vente en Grande-Bretagne, et Metro compte étendre le test mené à Rheinberg à une cinquantaine de magasins. D'autres entreprises, comme Benetton et Marks & Spencer, ont effectué des tests. Quant au groupe français Carrefour, il a rejoint l'an passé Tesco et Metro pour mener une expérimentation avec le fabricant de puces Intel.

 
 
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