C'est le plus recherché des labels de manager. Mais, attention, tous les MBA n'ont pas le même impact sur le salaire ou la carrière. Explications.
A 24 ans, tout juste diplômée du MBA de l'Essec, Aude Chaignot est ravie. Elle est en passe de signer son premier contrat de travail dans un groupe de conseil en stratégie. Une intégration rapide sur le marché du travail, puisque la proposition lui a été faite après son stage. « Je ne suis pas convaincue que ce soit mon MBA qui ait été décisif. Il me semble que le recruteur a surtout été sensible au prestige de l'école », estime-t-elle.
Pas étonnant, car, sur le marché des diplômes, le MBA de l'Essec est un produit atypique : il est remis aux étudiants à l'issue de leur formation initiale de trois ans.
Or, à l'origine, ce sésame international, importé des Etats-Unis dans les années 50, est un programme généraliste en management dont la durée s'étend sur un ou deux ans, et destiné à des cadres chevronnés, au point que l'investissement est souvent supporté à 100 % par leur entreprise.
Pour justifier sa démarche, qui brouille un peu les cartes, l'école de Cergy s'appuie sur deux arguments forts : en pre-mier lieu, son « programme grande école » est accrédité par l'AACSB (Association for Advance Collegiate Schools of Business), l'organisme qui labélise les meilleures formations de management aux Etats-Unis. Ensuite, les étudiants de l'Essec disposent d'une expérience professionnelle importante effectuée par le biais des stages.
Pionnière dans sa démarche, en 1998, l'Essec est aujourd'hui rejointe par l'ICN de Nancy et l'ESC de Grenoble, qui vont transformer leur « diplôme grande école » en MBA dès l'année prochaine. Et d'autres devraient suivre. Pour Thierry Grange, le directeur de l'ESC-Grenoble, « on ne va pas refuser à un étudiant ce diplôme s'il remplit toutes les conditions objectives pour l'obtenir ». L'école grenobloise a décidé de ne délivrer ce label qu'aux étudiants qui, en plus de leur cursus, remettent un rapport de fin d'études de qualité et témoignent d'expériences significatives en entreprise.
De multiples formules rivales
Pour Patrick Molle, le directeur de l'EM-Lyon, cette démarche est une dérive dangereuse qui décrédibilise l'ensemble des MBA : « Une expérience acquise au travers de stages s'apparente plutôt à de l'expérimentation. En aucun cas elle ne saurait être comparée à celle de professionnels avec cinq à dix années en entreprise. » Même son de cloche à l'université Paris-Dauphine, où, pour Michel Kalika, directeur du MBA, cette formation n'a de sens qu'auprès de personnes ayant déjà un vécu professionnel. « Faites le même cours de stratégie à des étudiants et à des executive MBA, et vous verrez que c'est le jour et la nuit ! » Côté recruteurs, on se garde bien également de faire l'amalgame : « Il est difficile de comparer le CV d'un jeune diplômé et celui d'un cadre qui, après quinze ans de métier, se lance dans un executive MBA », note Christiane Scéo, directrice générale du cabinet de ressources humaines MPS- France. Pour cette spécialiste du recrutement dans l'industrie, un MBA présente essentiellement l'avantage de compléter une formation spécialisée, type ingénieur ou commercial. « Elle atteste une capacité à manager et une approche entrepreneuriale forte. » Et la consultante de citer par exemple des postes de directeur de filiale ou de site pour lesquels le label est particulièrement adapté.
C'est donc plus que jamais la mention executive qui serait garante de la qualité du diplôme. S'adressant à des cadres avertis (justifiant en moyenne de dix années d'expérience) dont le souhait est de rester dans l'entreprise pour évoluer vers des postes de direction, cette formule s'adapte en général à leur emploi du temps (quelques jours en début ou en fin de semaine, ou une semaine par mois). Elle a aujourd'hui les faveurs des entreprises, qui la préfèrent aux MBA full time, une formule plutôt dédiée aux salariés en quête d'un changement d'employeur. Et prêts à consacrer une année entière à temps plein à un retour sur les bancs de l'école. Cette version est en sévère perte de vitesse, comme en témoigne la baisse régulière des inscriptions au niveau mondial. Ainsi, sur une année, tous MBA confondus, l'érosion est estimée par les experts entre 20 et 40 %. HEC situe cette baisse à - 25 %, l'ENPC, à - 13 % ; même la prestigieuse Insead, avec ses 840 inscrits, enregistre une chute des inscriptions.
Les raisons ? La dégradation de la conjoncture. « La perspective de s'éloigner un an ou deux du marché du travail effraie les cadres. Et il n'est pas donné à tout le monde de se passer d'un salaire sur une si longue période », note Patrick Molle.

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