Le savoir-faire de nos entreprises est convoité à l'étranger ? Protégeons-le du pillage... et réjouissons-nous de plaire !
Pour être ainsi convoitée, faut-il que la France ait encore du charme et de beaux atours ! Inlassablement, venus de Chine, d'Inde, du Japon, des Etats-Unis ou d'Europe, d'innombrables soupirants se pressent autour d'elle pour mieux l'épier, la séduire ou l'étourdir. Certains rêvent de conclure un jour ou l'autre quelque alliance, joint-venture ou fusion avec l'une de ses entreprises les plus performantes ou innovantes, et s'emploient à gagner sa confiance dans l'espoir de partager ses secrets. D'autres, beaucoup moins scrupuleux, partent du principe que la propriété industrielle, c'est le vol, et ne reculent devant aucun moyen pour tenter de lui dérober un peu de son savoir-faire. Chaque année, des milliards d'euros d'inventivité française quittent ainsi clandestinement l'Hexagone, précieuses données « piratées » parfois au moyen de simples clefs USB, comme le révèle le dossier de L'Expansion (pages 34 à 64).
Voilà pourtant un phénomène qui devrait nous rassurer tout autant que nous alarmer. Certes, l'ampleur du pillage exige que la France, trop naïve, apprenne à se méfier davantage, même si, en la matière, il n'existe pas de « ligne Maginot de l'innovation », comme le souligne Serge Tchuruk, le patron d'Alcatel. Et ce n'est pas non plus du côté du « patriotisme économique » qu'il faut chercher les moyens de nous défendre efficacement - on en voit les effets pervers avec les affligeantes turbulences secouant Airbus et EADS, ces fleurons industriels européens que, sur les deux rives du Rhin, l'Etat a voulu trop protéger. Comme le soulignent de récents rapports, il conviendrait plutôt de prendre un certain nombre de mesures publiques et privées dans le domaine de « l'intelligence économique », visant à améliorer la compétitivité mais aussi la sécurité de nos entreprises dites « sensibles ». De même, notre recherche, qui gagnerait à être encouragée dès l'université, doit apprendre à mieux utiliser l'arme dissuasive des brevets, comme le font, entre autres, les Américains.
Mais cette nécessaire mobilisation pour se prémunir des razzias technologiques dans un contexte de guerre économique à l'échelle mondiale ne doit pas nous faire oublier le caractère gratifiant du regard que, bien souvent, on porte encore de l'étranger sur le made in France. Et ce constat a quelque chose de réconfortant, à l'heure où le déclinisme et l'autodénigrement deviennent une spécificité de notre pays. Nombre d'observateurs s'emploient d'ailleurs à dénoncer ce nouveau mal du siècle dont nous sommes atteints. Ainsi Pascal Bruckner s'insurge-t-il, dans La Tyrannie de la pénitence, contre cet Etat dont les entreprises comptent parmi les plus dynamiques du globe et qui pourtant tient à « avertir le monde entier de son agonie », et « convoque la planète entière à ses funérailles ». Non, manifestement, le génie français n'est pas mort. Et il nous appartient de faire en sorte qu'il conserve longtemps encore son singulier pouvoir de séduction.


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