QUAND LA FRANCE DÉLOCALISE SES DIVIDENDES

Franck Dedieu -  01/10/2004  - L'Expansion 
 

3,9 milliards d'euros de revenus boursiers versés par les géants du CAC 40 aux fonds anglo-saxons.

Le plus grand fonds de pension américain, Calpers, ne regrette pas ses quelques dizaines de millions d'euros placés sur l'action Total. Fin mai, la compagnie pétrolière française envoyait en effet aux retraités californiens un chèque d'environ 10 millions d'euros. Un cadeau ? Non. Le versement de dividendes au titre des 2,2 millions d'actions Total qu'il détient. A peu près au même moment, le fonds d'investissement américain Templeton, propriétaire de Michelin à hauteur de 6,7 %, touchait environ 9 millions d'euros. BNP Paribas aussi se montre généreux, avec 382 millions d'euros expédiés sous forme de coupons au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Quant à Aventis, il a envoyé 238 millions d'euros outre-Manche et outre-Atlantique. En fait, au cours du printemps 2004, tout le CAC 40 s'est livré à cet exercice, logique contrepartie de l'importante participation des investisseurs américains et britanniques au capital du top 40 français. Selon les données fournies par les sociétés Thomson Financial Services et Georgeson Shareholder, on évalue cette participation globale à 18,5 %. Mis bout à bout, les french dividendes expédiés cette année aux fonds anglo-saxons atteignent un montant estimé à 3,9 milliards d'euros. Une délocalisation invisible mais sonnante et trébuchante qui vient arrondir les retraites des professeurs californiens et des veuves écossaises.

Faut-il s'en plaindre ? Ce flux garantit l'attractivité des fleurons français. Les investisseurs étrangers en détiennent 42,4 %, après plusieurs années d'un retour sur investissement convaincant à la fin des années 90. Selon un rapport du Plan publié en mars dernier, les noisettes placées en actions françaises par les stratèges de Wall Street, de la City et des autres grandes places financières étrangères ont vu leur valeur multipliée par 5,7 en cinq ans. Un plébiscite pour la french touch. Et puis il ne s'agit pas que de délocalisation : les profits du CAC 40 ne sont plus 100 % made in France. Selon les analystes de CDC Ixis, le chiffre d'affaires du CAC 40 réalisé hors de l'Hexagone atteint 69 % du total. Comment alors considérer L'Oréal ou Carrefour comme des producteurs de dividendes strictement français ?

On notera cependant que les 3,9 milliards de coupons partis garnir les portefeuilles anglo-saxons représentent cinq fois l'enveloppe « antidélocalisation » annoncée pour les trois ans à venir par le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. La majorité du capital de Lafarge, de Total, d'Axa et de Suez appartient à des étrangers. Leur destin boursier - et donc industriel - ne se joue plus à Paris. A titre de comparaison, fin 1999, les investisseurs non américains ne pesaient que pour 7,5 % à Wall Street. Selon la Banque de France, les non-résidents détiennent en actions françaises 360 milliards d'euros, et avec eux des tonnes de droits sur les coupons. Et les Français à l'étranger ? Ils revendiquent seulement 190 milliards d'euros d'actions étrangères. Les jeunes fonds de pension français - le plan d'épargne-retraite populaire - mettront sans doute du temps pour rétablir les équilibres, tant la « culture action » tarde à percer au pays de la rente. Pour l'heure, leurs homologues américains et britanniques attendent la moisson 2005 des coupons, qui s'annonce séduisante. Une fois encaissés, les dividendes sont réinvestis en actions, explique-t-on à Calpers. Une vraie marque de confiance.

 
 
Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires

Suivre le sujet
 

Pour être alerté lors de prochaines publications sur le même sujet, veuillez saisir votre email dans le champs ci-dessous :

Citer dans votre blog
 
Déjà membre : vous pouvez commenter l'actualité en direct
Vous n'êtes pas membre, laissez votre commentaire, avec votre pseudo et email. Il apparaîtra après modération.
 
  • Entreprises - 5/7/2009 - L'Expansion.com

    Robert Louis-Dreyfus, heureux en affaires, malheureux en football

    Le patron de l'OM est décédé ce samedi à l'âge de 63 ans. Portrait d'un milliardaire qui n'a jamais réussi à emmener son club au sommet. Il lui aura même fait perdre plus de 200 millions d'euros.

  • Silicon Valley - 3/7/2009 - L'Expansion.com

    Adwhirl menace la rente d'Apple sur les applications iPhone

    1 milliard de dollars. C'est ce que l'App Store pourrait rapporter à Apple cette année. Mais ce pactole pourrait diminuer si des start-up comme Adwirl parvenaient à rendre gratuites certaines applications phares en y insérant de la pub. Interview de Sam Yu, le co-fondateur d'Adwhirl.

  • Start-up - 3/7/2009 - L'Expansion.com

    Kwaga met un assistant intelligent dans votre boite mail

    Filtrer et classer les emails selon les utilisateurs, mais aussi repérer un rendez-vous ou une action à faire et vous alerter en cas d'urgence, c'est ce que propose Kwaga grâce à un traitement linguistique. Enfin la solution pour ne plus être débordé?

  • Entreprises - 3/7/2009 - L'Expansion.com

    "Les paradis fiscaux, c'est le dopage de l'économie mondiale"

    Deux Tours de France se croiseront cette année à Monaco, en Andorre et en Suisse. Moins connu que la compétition cycliste, le "Tour de France des paradis fiscaux" a pour objectif de sensibiliser l'opinion publique aux dérives de la finance. Les explications de Jean Merckaert, à l'origine de la manifestation avec un collectif d'ONG.

  • Entreprises - 3/7/2009 - L'Expansion.com

    La Suisse a-t-elle vraiment tué son secret bancaire?

    La Confédération helvétique a signé des conventions fiscales avec plusieurs pays. Mais personne ne connaît réellement le contenu de ces textes. De quoi entretenir le flou sur la mort annoncée du secret bancaire suisse. Nos explications.

  • High Tech - 2/7/2009 - L'Expansion.com

    L'avenir de la fibre optique est-il menacé en France?

    France Télécom a menacé d'arrêter ses investissements dans la fibre optique si l'Arcep maintenait sa décision d'autoriser plusieurs fibres par foyer. Décryptage avec Roland Montagne, responsable du pôle haut-débit au sein de l'Institut de l'audiovisuel et des Télécommunications en Europe.









publicite
librairie en ligne
L'annuaire du pouvoir 2008
 
fermer
 
Inscrivez-vous
Pourquoi devenir membre ?

Devenir membre de la communauté LExpansion.com vous permet d’accéder à un ensemble de services :

  • Commenter les articles en direct
  • Participer aux débats « Pour/contre » et proposer de nouveaux sujets
  • Recevoir, si vous le souhaitez, les newsletters : actu éco, conjoncture hebdo, high-tech ou carrière/management

C’est entièrement gratuit !

 
newsletters et alertes
 
inscrivez vous aux flux rss
 

Avec ces lecteurs:

Ou copiez le lien rss :

connexion
 

Votre adresse email n'est pas correcte

Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires