Jeunes diplômés le guide 99. Formations

Plus besoin d'être riche pour s'expatrier

Isabelle Mas -  01/04/1999 10:08:00 
 

Etudiants à l'ESIEE (Ecole supérieure d'ingénieurs en électronique et électrotechnique), Marc et Alexandre s'apprêtent à partir pour six mois en Suisse. A l'école polytechnique de Lausanne. Là-bas, au pied des Alpes, la vie est chère. « Au minimum 5 000 francs par mois tout compris, soit deux fois notre budget français », ont calculé de jeunes ingénieurs, logés pour l'instant à la résidence de l'ESIEE pour 600 francs par mois. Seulement, la Confédération a un atout caché. N'étant pas membre de l'Union, elle ne bénéficie pas des aides européennes du programme Erasmus. Alors, pour rester dans le cercle estudiantin européen, l'Etat suisse, dans le cadre des échanges entre écoles, offre une bourse à la hauteur de son niveau de vie... Avec 6 000 francs par mois reçus l'an dernier, les prédécesseurs de Marc et d'Alexandre auraient presque pu faire des bénéfices !

Cependant, à l'exception de cette destination dorée, partir étudier hors des frontières coûte en général plus cher que cela ne rapporte à court terme. A moins courte vue, ne pas avoir effectué de séjour à l'étranger à la sortie de sa formation tend à devenir une tare sérieuse sur un CV de jeune diplômé. Il faudra donc s'en donner les moyens. Le système des échanges avec une école ou une université partenaires de la sienne est idéal. En effet, ces accords stipulent en général que les frais de scolarité sont payés dans le pays d'origine... Ainsi, avec les modestes 2 000 francs de frais de scolarité annuels d'une université française, certains chanceux arrivent à s'offrir un an aux Etats-Unis ou au Canada, où les frais de scolarité dépassent parfois les 100 000 francs. Il faudra tout de même passer le barrage d'une sélection assez sévère. Puis financer la vie sur place.

En fait, dans nombre d'écoles de commerce ou d'ingénieurs, la question des études à l'étranger ne se pose plus comme un choix. Un telle expérience est devenue obligatoire. C'est par exemple le cas à l'ESC (école supérieure de commerce) de Rennes, où il est imposé de partir au moins un semestre. Blanche, une étudiante de troisième année, a choisi le Mexique. Au total, son année lui aura coûté 21 000 francs sans les « faux frais » (nourriture, sorties, habillement...). Soit, a-t-elle calculé, « à peine plus qu'en France ».

Le budget type annuel est le même à Paris qu'à Oxford

Dans les pays européens aussi les dépenses sont souvent équivalentes. Du moins pour les étudiants qui n'étaient pas logés chez leurs parents avant leur départ. « Dans ce cas, le budget type annuel est le même à Paris qu'à Oxford et il est inférieur à Madrid », relève Henri Jollès, directeur de l'EAP (Ecole européenne des affaires). Dans cet établissement de la chambre de commerce et d'industrie de Paris, le cursus veut que chacun des 550 étudiants passe deux des trois années hors de France (Allemagne, Angleterre ou Espagne). La vie en Espagne n'est plus aussi chère que dans l'Hexagone, mais Berlin ou Londres présentent alors un « surcoût ». De même, aux Etats-Unis ou dans certains pays d'Asie, les frais de la vie courante peuvent être beaucoup plus salés.

Ces destinations coûteuses causent donc souvent des soucis aux étudiants peu fortunés. Notamment aux boursiers. Bien sûr, ils conservent leur droit à la bourse de l'Education nationale lorsqu'ils partent dans le cadre d'un échange mis en oeuvre par leur établissement d'origine. En Europe, au sens large, de telles collaborations universitaires entrent la plupart du temps dans le cadre d'Erasmus, programme européen. Ce qui ouvre le droit à une aide de 850 francs par mois. Justement, pour équilibrer les chances, tout le monde n'y aura plus forcément droit. « Nous avons conseillé aux directeurs d'établissement de prendre en compte des critères sociaux pour répartir leurs crédits Erasmus », prévient-on à l'agence Socrates, qui supervise le programme pour la France.

Ainsi, l'année passée, sur 15 200 étudiants français partis dans ce cadre, les établissements n'ont désigné que 11 700 allocataires. Les autres bénéficient seulement des avantages généraux d'Erasmus : couverture sociale, gratuité des frais de scolarité dans le pays d'accueil, validation des crédits obtenus pendant l'échange.

Inconvénient supplémentaire pour les étudiants peu fortunés : ils perdent les autres soutiens sociaux en cas de départ, notamment les aides au logement (APL).

Les conseils généraux, oncles d'Amérique

Par ailleurs, il est plus délicat pour un boursier de partir en « candidat libre » ­ en s'inscrivant seul et en direct ­ dans une université hors d'Europe. Il perdra alors sa bourse. Car, comme le rappelle le ministère de l'Education nationale : « Les bourses sur critères sociaux sont données aux étudiants qui y ont droit pour étudier dans un des pays de l'espace européen. »

 
 
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