Malgré lourdeurs administratives et salaires décotés, la fonction publique attire des cadres du privé, déçus par le monde de l'entreprise. Nos conseils aux aspirants fonctionnaires.
Travailler pour le bien public, c'est quand même autre chose que chercher à vendre le plus de yaourts possible. Je le sais : j'ai fait les deux. » Jean-Emmanuel David, 52 ans, a toujours eu le marketing dans la peau. Son CV en atteste : Nestlé, le BHV, Ipsos... Pourtant, aujourd'hui, il s'épanouit parmi des fonctionnaires, dans son bureau de l'Institut géographique national (IGN), l'établissement public dont il dirige le pôle études et marketing.
C'est par hasard, en lisant une offre de l'IGN sur Internet, fin 2003, qu'il s'est aperçu qu'administration et marketing n'étaient pas incompatibles. « Finalement, pour moi, les différences ne sont pas tant dans le métier que dans l'environnement de travail », note-t-il. Il apprécie d'être entouré de cartographes passionnés par leur métier et de pouvoir travailler sans pression financière à court terme. Surtout, « il est intellectuellement satisfaisant de savoir que l'on contribue à l'aménagement du territoire, et pas à l'enrichissement des actionnaires ». Cela moyennant un peu de « lourdeur administrative », par exemple dans les procédures d'achat. Et une baisse de son salaire de 20 % par rapport au privé. Au bout du compte, il s'estime gagnant. Il n'est pas le seul.
Sécurité de l'emploi et intérêt du métier
Si l'on en croit une étude de l'Apec publiée en 2004, 8 % des cadres du privé envisagent de rejoindre les rangs des 5 millions de fonctionnaires. Pour François Meyer, rédacteur en chef adjoint de La Gazette des communes, « ils sont motivés par la sécurité de l'emploi, par l'intérêt des métiers du public, mais aussi, pour certains, par la possibilité de retourner dans leur région d'origine ». Christian Bosse, président de l'Association française des ingénieurs territoriaux, observe lui aussi l'arrivée dans le public de cadres du privé aux motivations diverses : « Il y a des ingénieurs de chantier qui fatiguent, d'autres qui ont subi un ou deux licenciements, d'autres encore qui veulent exercer un métier plus varié. »
Ces cadres-là ont flairé le bon filon : le secteur public va connaître d'ici à 2015 une importante vague de départs à la retraite qui doit concerner plus de 1,3 million de fonctionnaires. Certes, tous ne seront pas remplacés. Mais les occasions à saisir seront importantes : l'encadrement représente près du tiers des effectifs de l'administration. Des trois filières de la fonction publique - l'Etat, les hôpitaux et les collectivités territoriales -, la dernière offre le plus de possibilités. En comptant les mairies, les conseils généraux ou régionaux (aux compétences en plein essor) et les récentes intercommunalités, ce sont plus de 50 000 employeurs qui sont susceptibles d'embaucher. « La fonction publique territoriale est en expansion, explique Agnès Lucas-Reiner, du Centre national de la fonction publique territoriale. Attirer les gens du privé sera l'une des possibilités pour compenser les départs à la retraite. »
Dès lors, deux voies s'offrent au cadre prêt à faire le grand saut : la première - et la plus difficile - est celle du concours (lire page suivante). La seconde, plus répandue, est la voie contractuelle. Elle permet à l'administration d'embaucher un non-fonctionnaire si elle ne trouve pas de candidat dans ses rangs. Pour cela, les DRH du public utilisent des moyens classiques : annonces sur Internet et dans des journaux - La Gazette des communes, Le Monde, Télérama... - ou recours à des chasseurs de têtes spécialisés.
Le salarié contractuel bénéficie au mieux d'un contrat à durée déterminée (CDD) de trois ans renouvelable, loin de la légendaire sécurité de l'emploi public. Consolation : son salaire peut être négocié légèrement au-dessus de la grille des fonctionnaires, en particulier pour des profils pointus. Et, depuis 2005, la loi permet, après six années de travail en CDD, de passer en contrat à durée indéterminée (CDI) sans diminution de salaire. Ce qui ne va pas sans faire grincer des dents parmi les fonctionnaires « de métier », qui côtoient ainsi des contractuels en CDI mieux payés qu'eux alors qu'ils n'ont passé aucun concours !
En 2003, le statut de contractuel s'appliquait à plus de 160 000 cadres de la fonction publique. Dans la territoriale, il concerne même un cadre sur trois. « Il peut s'agir de postes émergents : directeur général adjoint d'une collectivité chargé de l'informatique, directeur de la communication... », explique Philippe de Fursac, spécialiste du secteur public au cabinet de recrutement Hommes et Entreprises. Ou de « métiers d'ingénierie (voirie, informatique, bâtiment), d'architectes, d'urbanistes, pour lesquels les compétences requises sont les mêmes que dans le privé », ajoute Valérie Châtel, DRH de la communauté urbaine Lille Métropole, qui embauche 40 à 60 cadres par an, dont une dizaine viennent du monde de l'entreprise.


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