Le projet de loi quinquennale sur l'emploi évite soigneusement la question du smic. Et pourtant, le coût complet du salaire minimum (8 200 francs avec les charges) est une véritable barrière à l'emploi des travailleurs non qualifiés. La solution retenue, qui consiste à le conserver en le vidant en partie de son contenu, est sans doute la moins risquée politiquement. Malheureusement, son efficacité ne sera que partielle à long terme, et peut être contestable dans la mesure où l'on financerait la réduction des charges sur le travail non qualifié en augmentant, directement ou non, celles qui pèsent sur le travail qualifié. Plutôt que de replâtrer un système délabré, pourquoi ne pas le réformer en profondeur ?
Ce n'est pas aux entreprises d'assumer la fonction de répartition : elles sont là pour créer de la richesse dans des conditions compétitives, en rémunérant le travail aux prix d'un marché de plus en plus international. Dans son livre L'Economie mondialisée (1), Robert Reich, l'actuel secrétaire d'Etat américain au Travail, a bien montré que le prix international du travail non qualifié ne cessait de baisser en raison de son abondance croissante, alors que la rareté et, par conséquent, le prix du travail qualifié augmentaient. On peut regretter cette évolution, mais il serait vain de s'y opposer, sauf à fermer les frontières - à défaut de pouvoir imposer à nos partenaires la forteresse de la préférence communautaire. Le prix du travail non qualifié devrait continuer de baisser dans l'industrie, mais aussi dans les services : le traitement de l'information se délocalise, la pression de la main-d'oeuvre immigrée se fait sentir dans les services de proximité. De plus, l'existence d'un salaire minimum et d'une large protection sociale ne fait qu'augmenter l'attractivité de notre pays et renforcer la pression migratoire. La conclusion est amère : dans un contexte d'économie ouverte, le smic est créateur de chômage.
Que faire ? Remplacer le salaire minimum par le revenu minimum. Il revient à la collectivité d'assurer par des transferts (l'équivalent d'un impôt négatif) l'indispensable solidarité dans le partage des richesses pour que chacun dispose (en contrepartie d'un travail ou d'un service) d'un revenu minimum. Comment le financer ? D'abord par une meilleure maîtrise des dépenses de santé et de retraite (on a avancé sur le second point, guère sur le premier). La hausse de la CSG va aussi dans le bon sens, car elle partage entre l'ensemble des ménages, et pas seulement entre les actifs, l'effort de solidarité.
Une solution plus radicale serait l'instauration d'une TVA sociale (une augmentation de la TVA destinée à financer les transferts) : la hausse des prix est assez faible en France pour qu'on ne craigne pas les effets inflationnistes d'une telle mesure. Celle-ci aurait l'avantage de faire peser les prélèvements sur la valeur ajoutée, et pas seulement sur le facteur travail. Passer du salaire minimum au revenu minimum supposerait une refonte de notre système de prélèvements obligatoires. Il faudra bien y venir un jour. Dommage que le projet de loi sur l'emploi ait manqué l'occasion d'aborder le problème de front. l

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