L'ATLAS DE LA CROISSANCE. ZONE PAR ZONE

Moyen-Orient. L'économie va plus vite que la paix

Vincent Giret -  20/02/1997  - L'Expansion 
 

Au lendemain de la guerre froide et de la guerre du Golfe, il y eut un scénario de rêve en Orient, la promesse d'une paix durable et d'une croissance forte de la Méditerranée au golfe Persique. Pour la première fois depuis des décennies, les bonnes nouvelles se succédaient : un consensus inespéré pour contrer l'esprit de conquête d'un Saddam Hussein et définir des règles de coexistence, l'extinction d'une guerre civile de seize ans au Liban, un accord historique entre Palestiniens et Israéliens, signé à la surprise générale... Même les régimes les plus rigides semblaient donner quelques signes d'ouverture politique et économique, de l'Iran à la Syrie, du Maroc à la Tunisie. Des Bourses renaissaient au Caire, à Tunis, et à Casablanca. L'Europe regardait à nouveau vers le sud. Jamais l'utopie d'un Orient pacifié par le marché n'avait semblé si accessible.

Mais « l'Orient compliqué » a repris ses droits et surtout ses travers. Les accords politiques se sont montrés très difficiles à appliquer, le terrorisme a frappé encore d'Alger à Riyad, de nouvelles expéditions militaires ont été menées (notamment au Sud-Liban), les régimes militaires vieillissants et corrompus ont démontré leur capacité à sauvegarder leurs intérêts personnels. Et l'euphorie a laissé place à la méfiance. Comme hier, chacun fait cavalier seul et court à Paris, à Londres, à Bruxelles et à Washington défendre sa cause. A la différence de l'Asie ou de l'Amérique latine, aucun regroupement régional de coopération n'est venu dynamiser les échanges internes, stimuler le décollage économique, et mieux intégrer l'ensemble de la zone à l'économie mondiale. « L'économie de la paix, promise aux Etats signataires d'accords avec Israël, s'est révélée un fiasco », tranchent les experts de Nord-Sud Export dans leur dernier bulletin.

Et pourtant, derrière ce bilan décevant, il y a quand même de vraies lueurs, comme si l'économie avait anticipé sur un rapprochement politique qui tarde à se concrétiser. Avec une croissance moyenne de plus de 4 % en 1996, le Proche- et le Moyen-Orient témoignent en effet d'un sursaut et d'une activité soutenue qui ne s'expliquent pas par la seule et récente embellie des cours du pétrole. Des programmes courageux, sinon téméraires, de « restructuration », de « mise à niveau » ou d'« assainissement » sont à l'oeuvre dans la plupart de ces pays.

Vers la construction d'un réel espace économique

Le mouvement général de désarmement douanier est le signe le plus tangible de l'ouverture et de la mutation économiques de la zone. Seul Israël, qualifié de pays émergent, avait jusqu'ici établi progressivement un véritable libre-échange avec l'Europe et les Etats-Unis. La Turquie, géant économique de la région, a décidé de franchir elle aussi le pas le 1er janvier 1996 : Ankara a annulé ses droits de douane pour les produits industriels en provenance de l'Union européenne (avec quelques exceptions temporaires) et s'est engagé sur le principe d'une union douanière. Le pays appliquera donc bientôt les tarifs extérieurs pratiqués par l'Union vis-à-vis du reste du monde. Cette décision a déjà stimulé les importations, en hausse de 25 % en 1996. Elle va aussi contribuer à la modernisation d'un appareil productif qui bénéficie d'un encadrement de qualité et d'une forte demande intérieure, alimentée par 60 millions de consommateurs. En dépit de la persistance d'une inflation très élevée (80 % par an), toutes les prévisions tablent sur un rythme de croissance de 5 à 6 % jusqu'à l'an 2000.

D'autres pays s'engagent peu à peu dans la même voie. Une série de négociations bilatérales entre l'Union européenne et les pays du sud de la Méditerranée a commencé. La Tunisie et le Maroc ont d'ores et déjà signé avec Bruxelles un accord progressif de libre-échange. Il met fin au vieux système asymétrique qui, en permettant à ces pays de conserver une importante protection commerciale, contribuait insidieusement à leur marginalisation. L'Egypte résiste encore, mais elle a déjà singulièrement diminué ses droits de douane et devrait finalement s'entendre avec l'Europe. Comme sans doute, un peu plus tard, l'Algérie, la Jordanie et la Syrie. Mais il y a plus important encore : des négociations ont aussi commencé ces derniers mois entre Israël et la Turquie, l'Egypte et la Jordanie, le Maroc et la Tunisie, la Libye et le Maroc. Autant de démarches inédites et indispensables pour voir émerger un véritable espace économique. Dans la péninsule arabique, les cinq monarchies (l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Oman, Qatar et Bahreïn) travaillent également à un rapprochement commercial.

 
 
Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires

Suivre le sujet
 

Pour être alerté lors de prochaines publications sur le même sujet, veuillez saisir votre email dans le champs ci-dessous :

Citer dans votre blog
 
Déjà membre : vous pouvez commenter l'actualité en direct
Vous n'êtes pas membre, laissez votre commentaire, avec votre pseudo et email. Il apparaîtra après modération.
 
VEILLE STRATÉGIQUE
  • High Tech - 8/2/2010 - L'Expansion.com

    Pourquoi Google s'est offert un spot pendant le Super Bowl

    Google a diffusé sa première pub TV à grande échelle lors de la grand-messe télévisuelle américaine. C'est la deuxième grande incursion publicitaire de la firme, après une campagne d'affichage remarquée pour son navigateur Chrome. Le moteur de ce revirement stratégique : Microsoft.

  • Entreprises - 8/2/2010 - L'Expansion.com

    Comment réduire le stress des salariés dans les transports?

    Plus stressés, moins performants... Les salariés souffrent de plus en plus des galères dans les transports en commun. L'explication de Jean-Claude Delgènes, président de Technologia et auteur d'un manifeste sur le Stress et le Transport.

  • Silicon Valley - 8/2/2010 - L'Expansion.com

    Pogoplug met le cloud computing à la portée de tous

    Avec Pogoplug, inutile de passer des heures à mettre vos photos et vidéos sur Flickr ou Youtube pour pouvoir les partager avec vos proches et y accéder de n'importe où. Cloud Engines vous propose de créer votre propre "nuage". Et ça marche même depuis un téléphone mobile ou une console de jeux.

  • Start-up - 8/2/2010 - L'Expansion.com

    Ijenko utilise l'Internet des objets pour économiser l'énergie

    Une box connectée au modem ADSL, des capteurs qui transforment les appareils électriques en objets communicants, et le tour est joué. La solution proposée par Ijenko permet de maîtriser en temps réel et à distance la consommation d'énergie dans la maison.

  • High Tech - 5/2/2010 - L'Expansion.com

    Pourquoi la publicité sur mobile va vraiment décoller

    Grâce aux smartphones et aux applications iPhone, la publicité sur mobile est enfin parée au décollage. L'efficacité est au rendez-vous et la croissance atteint 30%. Le grand mercato des régies a démarré, le marché se structure à l'aide de standards et d'outils de mesure d'audience.

  • Entreprises - 5/2/2010 - L'Expansion.com

    Le PDG de Toyota peine à convaincre

    Empêtré dans une crise sans précédent, le PDG du premier constructeur mondial, Akio Toyoda, a présenté des excuses publiques et tenté de rassurer les consommateurs américains. Mais critiques et mauvaises nouvelles continuent de s'accumuler pour Toyota.



publicite
librairie en ligne
L'annuaire du pouvoir 2008
 
fermer
 
Inscrivez-vous
Pourquoi devenir membre ?

Devenir membre de la communauté LExpansion.com vous permet d’accéder à un ensemble de services :

  • Commenter les articles en direct
  • Participer aux débats « Pour/contre » et proposer de nouveaux sujets
  • Recevoir, si vous le souhaitez, les newsletters : actu éco, conjoncture hebdo, high-tech ou carrière/management

C’est entièrement gratuit !

 
newsletters et alertes
 
inscrivez vous aux flux rss
 

Avec ces lecteurs:

Ou copiez le lien rss :

connexion
 

Votre adresse email n'est pas correcte

Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires