Tenir son journal perso sur le Net peut être une bonne vitrine pour attirer les recruteurs. A condition de soigner le fond et la forme.
Le succès a été immédiat. Un mois après sa mise en ligne, le site Internet abritant le CV d'Alexandre Guéniot avait déjà reçu plus de 500 000 visites. Ce jeune développeur en passe de sortir d'une école d'ingénieurs a eu la bonne idée de faire chanter son CV par un personnage dans un petit dessin animé. Le bouche-à-oreille a fait le reste.
L'adresse du site a atterri dans les boîtes électroniques de recruteurs. Alors que ces derniers ne passent en général pas plus d'une minute sur un CV, beaucoup ont pris le temps de regarder ce petit clip de trois minutes. Au bout du compte, Alexandre Guéniot a décroché un stage de quatre mois avec promesse d'embauche au siège américain de Microsoft, à Redmond. « Je travaille sur la suite Office, explique-t-il. Preuve qu'on peut trouver un poste sérieux en faisant preuve d'originalité. » Encore faut-il avoir la possibilité de laisser libre cours à son imagination. « J'ai la chance d'être dans un secteur où ce genre de fantaisie passe bien », reconnaît-il.
C'est certainement la première question à se poser si on veut s'afficher sur Internet : jusqu'où aller ? Tout le monde n'a pas les compétences techniques pour concevoir un CV animé. Par contre, les blogs, ces blocs-notes personnels qui pullulent sur Internet, permettent de tenter sa chance dans la course à la cybercélébrité. Il suffit de quelques minutes pour ouvrir son site ou l'alimenter (voir encadré). Mais aussi de quelques posts (des interventions écrites, en langage blog) pour se griller.
Sortir du lot tout en restant crédible
« Très peu de recruteurs recherchent des profils directement sur la Toile. En revanche, la pratique qui consiste à taper le nom du candidat sous un moteur de recherche pour vérifier des informations ou faire un contrôle de référence tend à se développer », explique Gérald Roffat, chargé du recrutement pour une filiale de Groupama et lui-même « blogueur ». « Dans cette optique, le blog peut être un bon moyen de contrôler son image. Cela en dit plus long qu'un CV ou qu'une lettre de motivation. Mais c'est aussi à double tranchant : la régularité des posts, l'orthographe, le style du candidat, sa capacité à synthétiser, à argumenter, à ne pas dépasser certaines limites... cela fait beaucoup d'indications pour un recruteur. »
Paul Mercier, directeur du développement chez Michael Page, un grand cabinet de recrutement, va plus loin. Pour lui, mieux vaut s'abstenir si l'on n'a rien à dire. « Le blog doit démontrer des capacités professionnelles, une curiosité intellectuelle », note le professionnel. Inutile de plaquer son CV sans apporter de plus-value. Mieux vaut aussi ne pas afficher au grand jour vices et passions inavouables : propension à la collection de boîtes de camembert, appartenance au fan-club d'un groupe de hard-rock, par exemple. Le « blogueur » doit trouver la ligne éditoriale qui lui permettra de sortir du lot sans pour autant mettre en danger sa crédibilité. Toute la difficulté est là.
« C'est un vrai travail, qui peut prendre pas mal de temps », explique Patrice Malaurie. Quadra en quête d'un emploi dans les ressources humaines, il a commencé à « bloguer » en janvier dernier. « J'écris principalement sur ma recherche d'emploi, en adoptant un ton un peu décalé. Quel que soit le thème du post, j'essaie de laisser transparaître des traits de ma personnalité, de mettre en avant certaines compétences, explique-t-il. L'objectif, c'est de dire : Regardez, j'apprécie les outils efficaces, simples et pas chers. »
Reste que, à la longue, il n'est pas toujours évident de tenir en haleine le lecteur en parlant boulot et en veillant à ne pas dépasser les limites. « Le blog, c'est un bon moyen de démontrer qu'on est actif, explique Frédéric Crespo, qui cherche un poste de chef de projet et tient, lui aussi, un journal en ligne. Mais on a vite fait d'être fade si l'on n'y prend pas garde. »
Pour éviter la panne d'inspiration, certains font un travail de veille et d'analyse en pariant sur l'intérêt d'un point de vue original et novateur. « Si quelqu'un vient nous voir avec trois ans de blog derrière lui, qui démontrent une vraie expertise dans le secteur où il évolue, cela jouera forcément en sa faveur », explique Paul Mercier, qui reste plus sceptique quant à l'efficacité des autres démarches.
Avocat spécialisé dans le droit des affaires et des nouvelles technologies, Olivier Sanviti, 30 ans, a changé de cabinet grâce au site qu'il a créé en octobre dernier. « Au départ, j'ai commencé à "bloguer" afin de diffuser un article écrit pour l'ESC-Paris, explique le juriste. Et, petit à petit, je me suis pris au jeu. Je n'écrivais pas dans l'optique de changer de travail, même si j'avais envie de faire plus de pénal et moins de conseil. » Au fil des mois et des posts, son blog a acquis une notoriété dans la communauté juridique. « Un jour, un confrère m'a demandé de préciser ma pensée, poursuit l'avocat. Nous avons échangé des mails. Finalement, il m'a proposé de rejoindre son cabinet. »

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