Pour lui succéder à la tête du syndicat, Marc Blondel soutient un apparatchik radical lié à une organisation trotskyste.
Marc Blondel le répète depuis des mois : entre les deux candidats à sa succession à la tête de Force ouvrière, il n'a pas de favori : « Ils sont comme mes frères. » Mais en fait le coeur du secrétaire général n'a jamais balancé. Entre les deux, sa préférence va à celui qui fut son assistant personnel pendant près de vingt ans, témoin de son mariage en 1996, et surtout allié des trotskystes lambertistes : Jean-Claude Mailly, 50 ans, le secrétaire confédéral chargé de la communication (depuis 2000). Il le lui a promis à la veille de l'annonce de sa candidature : « Laisse-moi faire et je te ferai élire. » Un véritable coup de poignard dans le dos pour l'autre candidat : Jean-Claude Mallet, 56 ans, l'ami de toutes les batailles et l'actuel secrétaire confédéral chargé de la protection sociale.
Mis à part leur soutien indéfectible à Marc Blondel et leur appartenance à la franc-maçonnerie, les deux « JCM » ne se ressemblent pas du tout. Jean-Claude Mallet se définit comme un « rural pragmatique tout en rondeur ». Agent des PTT, l'ex-président de la Caisse nationale d'assurance-maladie (entre 1991 et 1996) est un homme de terrain. Il a adhéré à FO en 1969 et a dirigé pendant quinze ans l'union départementale de la Mayenne, avant d'entrer au bureau confédéral en 1989. « J'ai plus de trente-quatre ans d'expérience militante, et presque autant de pratique de la négociation, confie ce fumeur de pipe. Je suis le contraire d'un idéologue, et on ne m'apporte pas le secrétariat général sur un plateau. »
Une pierre dans le jardin de son adversaire, Jean-Claude Mailly, un homme au profil d'apparatchik : fils et arrière-petit-fils de militants FO, agent de la Sécurité sociale dont l'adhésion remonte à 1978. A part cinq années passées au Conseil économique et social et son rôle à la tête du journal maison, FO Hebdo, le principal fait d'armes de cet accro aux Philip Morris est d'avoir été, de 1981 à 2000, l'assistant personnel de Blondel. « C'est un homme d'appareil, intelligent mais sans charisme, qui ne s'est jamais présenté à une élection et qui a pour légitimité celle que Marc Blondel lui a donnée », ironise un opposant.
Quel que soit le vainqueur, FO ne changera pas
Question programme, les différences entre les deux Jean-Claude sont inexistantes. Tous deux ont soutenu les combats menés par Marc Blondel depuis 1989 (contre les réformes des retraites de Balladur et Fillon, contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale, contre la libéralisation des services publics ou l'ouverture du capital des entreprises publiques, contre les trente-cinq heures, contre les réformes de l'Unedic, etc.), faisant de FO une organisation arc-boutée sur les acquis sociaux et qui dit toujours non. « Je n'ai jamais eu de problème d'orientation et je me suis toujours senti bien à FO », confirme Mallet. « J'assume pleinement les orientations passées de l'organisation », assure Mailly.
Tous deux se proclament néanmoins « réformistes » et affirment vouloir poursuivre l'oeuvre du chef, fondée sur « l'indépendance syndicale, la défense des droits des salariés, la laïcité, les valeurs de la République et... la pratique contractuelle ». Blondel, Mailly, Mallet, même combat ! « Même s'il est plus réformiste et moins antieuropéen que Mailly, Mallet ne défend pas une ligne alternative parce qu'il n'en a pas et parce qu'il ne serait pas suivi par les militants », décrypte un ancien de la maison.
Et pour cause ! Cela fait près de quinze ans que FO a ancré son action dans la contestation et le rejet du « syndicalisme d'accompagnement » pratiqué par la CFDT. Les « modernistes » - qui plaidaient pour un syndicalisme plus ouvert aux réalités du monde moderne - ont quitté FO ou sont rentrés dans le rang. Et tous les nouveaux adhérents soutiennent la ligne très « radicale » de l'actuel secrétaire général. Difficile, voire suicidaire, pour un candidat, de proposer aujourd'hui une orientation différente.
Jacques Mairé, actuellement secrétaire général adjoint de l'Union nationale des syndicats autonomes, en a fait l'amère expérience en 1997. Il avait alors proposé une orientation rompant avec les pratiques contestataires de FO, et il fut battu à plate couture par Marc Blondel. Il n'eut d'autre choix que de quitter l'organisation, un an plus tard.
Les durs du public roulent pour Mailly
Pour l'heure, chacun des deux candidats fait campagne pour rallier les indécis. Et, sur ce point, l'avantage va à Jean-Claude Mailly, qui dispose, outre le soutien implicite du grand chef, de l'appui des trotskistes lambertistes (du nom de leur principal dirigeant, Pierre Lambert). Ces derniers - qui pèsent 15 % des voix - restent de fervents partisans de la lutte des classes et militent au sein du Parti des travailleurs.


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