Ils consacrent leur énergie à faire connaître et aimer le coin de France qui les a vus grandir. Rencontre avec de grands mordus de terroir.
Porté par ses souvenirs d'enfance, David Sarrado a créé un site Internet entièrement dédié à sa région, la Bourgogne. Ce professeur de lycée, amoureux des paysages du Morvan, où il venait en vacances chez ses grands-parents, ne manque pas de motivation : « Au début, mon site était consacré aux vins de Bourgogne, puis je l'ai élargi à d'autres domaines, comme l'histoire ou le patrimoine bourguignons. »
Comme lui, d'autres passionnés, cadres ou employés, consacrent leurs loisirs à défendre et à faire connaître leur région. Un point commun les réunit : l'attachement à leurs racines, qui constitue la base de leur engagement dans des domaines aussi divers que le sport, l'environnement ou le terroir.
En congé de paternité, David Sarrado habite désormais Nancy, mais revient en Bourgogne toutes les deux ou trois semaines. Aujourd'hui, sa région est une bouffée d'oxygène nécessaire à son équilibre, tout comme le sont les calanques de Marseille pour Laurence Chaletut, agent hospitalier et militante d'une association de protection de ces sites naturels en bord de mer. « Au cours de mes promenades, raconte-t-elle, je témoigne en photographiant les constructions illégales. Les calanques sont des lieux uniques qui doivent être préservés. Aucune autre cause ne me motive autant. »
Faire vivre un sport collectif ancestral
Fort enracinement local, volonté de partager des valeurs, des traditions, des souvenirs : les motivations qui poussent à se battre pour sa région sont proches, mais les parcours sont parfois étranges. « J'essaie de défendre les valeurs picardes à travers mon sport - où l'esprit d'équipe est primordial - en favorisant l'expression d'une culture tiraillée entre Lille et Paris », explique René Cazier, directeur industriel à Carbone Lorraine. Sa marotte, c'est le ballon au poing, un sport collectif vieux de plusieurs siècles, dérivé du jeu de paume. Le principe : deux équipes se renvoient une balle de la taille d'un ballon de football en la frappant du poing, sur un terrain de 65 mètres de long. « C'est très physique et très technique », précise celui qui est aussi le président de la Fédération française de ballon au poing.
Rémi Soulié, lui, est intarissable sur son Aveyron d'origine. Ce haut fonctionnaire consacre ses loisirs à la défense et illustration de la culture aveyronnaise. « La mise en valeur de ce patrimoine est passionnante : le Rouergue possède une tradition artistique forte, et pas seulement folklorique, avec des personnalités comme l'écrivain Jean Boudou ou le peintre Pierre Soulages. » Rémi Soulié organise chaque année le Salon du livre rouergat, à Rodez. Son dernier ouvrage, Le Vieux Rouergue (Paris-Max Chaleil, 13 euros) est évidemment consacré à l'Aveyron. Son départ pour la capitale, où il vit depuis quelques années, ne l'a pas éloigné de ses racines, bien au contraire : « J'ai appris l'occitan à Paris, alors que je ne l'avais jamais parlé auparavant », plaisante-t-il.
Marc Chatry, lui, a décidé d'oeuvrer pour sa Vendée natale après un coup de foudre survenu lors d'une représentation nocturne du Puy-du-Fou, au début des années 80 : « J'ai été ébloui. Depuis, je participe à toutes les éditions », raconte ce chef de cabine à Air France, devenu l'un des pyrotechniciens du spectacle. Quoique bénévole et autodidacte, son équipe est quasi professionnelle : « Nous sommes tous homologués en matière de sécurité. D'ailleurs, un pyrotechnicien du Puy-du-Fou est souvent présent lors des grands feux d'artifice tirés dans le monde. »
Quel que soit le domaine choisi, s'engager pour sa région est une aventure dans laquelle on ne se lance pas à la légère. Il ne faut pas compter ses heures : « Je travaille la moitié de mon temps à l'étranger, explique René Cazier, mais j'essaie pourtant de rendre visite à la fédération un jour sur deux, sans compter la réunion hebdomadaire du bureau. L'été, lors de la saison de ballon au poing, je lui consacre tous mes week-ends. »
Marc Chatry est au Puy-du-Fou pendant presque tous ses week-ends et toutes ses vacances. « Entre les spectacles et le travail administratif, je ne vois pas le temps passer. Il m'arrive d'assister à des réunions alors que je suis en plein jet lag... » Car outre son activité de pyrotechnicien, Marc Chatry préside le conseil d'administration du Grand Parc du Puy-du-Fou.
Un impact sur la vie familiale
Il n'est pas le seul à cumuler les responsabilités : un premier engagement régional en entraîne souvent d'autres. Rémi Soulié collabore ainsi à une revue littéraire aveyronnaise ainsi qu'à diverses associations culturelles de sa région. David Sarrado, pour sa part, profite de son statut de professeur pour faire découvrir la région à des jeunes : il appartient à un comité de jumelage entre collèges de Bourgogne et du Land allemand de Rhénanie-Palatinat.

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