Lycées privés le vrai coût des études

 

L'école privée n'a jamais été autant sollicitée. « L'Expansion » lève le voile sur les tarifs pratiqués dans toute la France.

En ce mois de septembre, comme à la rentrée dernière, 12 000 nouveaux élèves prendront le chemin d'un établissement privé. Et comme l'année dernière, 40 000 à 50 000 candidatures ont été éconduites ces derniers mois, faute de place. Echaudées par les grèves massives du printemps 2003, et surtout sceptiques sur la capacité du public à faire réussir leurs enfants, des milliers de familles tournent le dos à l'école publique et choisissent de payer pour les études de leurs enfants. Le fait n'est certes pas nouveau. Le zapping scolaire est un sport national, rassurant bien des parents convaincus qu'un passage - même éclair - dans le privé remettra en selle leurs têtes blondes en perdition : en France, c'est plus d'un élève sur quatre qui passe un jour ou l'autre par le privé. Mais l'engouement de ces dernières années est d'une autre nature. Alors que la tendance démographique générale est à la baisse des effectifs, la population inscrite dans l'enseignement privé affiche, elle, une stabilité curieusement anachronique. Et l'on a vu, depuis la rentrée 2002, la lame de fond émerger dans des proportions jamais rencontrées jusqu'alors.

Mais combien coûte-t-il au juste, ce choix ? Dans quelle mesure la désaffection du public ponctionne-t-elle les budgets familiaux ? L'école privée est-elle une école de riches, forcément élitiste ? Combien y coûtent la scolarité, la cantine, les activités « hors programme », à Paris, Marcq-en-Baroeul ou Strasbourg ? Pourquoi certains établissements facturent-ils plus de 3 000 euros par an quand d'autres n'en demandent que 300 ? Et ces « boîtes » privées, qu'apportent-elles donc de plus que leurs homologues du public pour susciter un tel emballement ? L'Expansion a réalisé une enquête inédite sur les 670 lycées d'enseignement général privés sous contrat avec l'Etat afin de dresser le tableau d'une réalité qui concerne aujourd'hui, tous niveaux confondus, 2 millions d'élèves, soit 17 % de la population scolaire française.

Premier enseignement, Paris et l'Ile-de-France dans son ensemble décrochent sans surprise la palme des frais de scolarité les plus élevés. La moyenne s'élève à 1 485 euros par an et par enfant pour l'académie de Paris, à 1 468 euros et 1 267 euros pour celles de Versailles et Créteil. Si l'on exclut en revanche ces trois zones, la moyenne nationale est de 653 euros annuels, soit 217 euros par trimestre ou encore 72 euros par mois et par élève. Les moyennes les plus faibles se trouvent dans les académies de Rennes (399 euros par an) et Nantes (499 euros).

Plus homogènes, bien qu'un peu supérieurs en région parisienne, les frais de cantine tournent autour de 650 euros annuels : une somme non négligeable qui double les frais d'une inscription dans le privé. Alors que les collectivités locales subventionnent la cantine des établissements publics, dans le privé, le coût du repas repose intégralement sur les familles. Trois prestataires (Avenance, Sodexho et Scolarest) se partagent le marché et facturent dans l'ensemble le repas entre 3 et 4 euros.

Mais ce tableau général masque une très grande variété de situations. 20 % des lycées interrogés pratiquent le quotient familial, permettant ainsi aux familles de régler les frais de scolarité selon leurs revenus. Un seul lycée privé affiche des frais égaux à zéro : le lycée Diwan de Carhaix-Plouguer, dans le Finistère, qui a la particularité d'enseigner en breton. Plus classique, le Lycée industriel et commercial de Tourcoing, dans le Nord, pratique le tarif le plus bas : 130 euros par an et par élève.

A l'autre bout de l'échelle, l'un des lycées privés les plus chers de France n'est pas exactement là où on l'attend : situé dans un quartier populaire de la capitale parisienne, rue du Faubourg-Poissonnière, le Cours Edgar-Poe demande 3 700 euros par an et par élève. Une somme à laquelle il faut ajouter 960 euros pour la demi-pension. Christian Clinet, le directeur de ce petit établissement de 230 élèves, ne s'émeut guère de se retrouver à la tête de notre palmarès ! Quelle est la raison de ce coût exorbitant de prime abord ? « Essentiellement le personnel », répond-il posément. « En plus des heures de cours comprises dans le programme officiel, Edgar-Poe délivre beaucoup plus d'heures de soutien et de tutorat aux élèves que la plupart des établissements privés. Or, précise-t-il, ces "heures sup hors contrat" sont payées aux enseignants par l'établissement lui-même. » Réputé pour son caractère familial, Edgar-Poe n'est pas un établissement d'élite à proprement parler. Il s'est fait une spécialité d'accueillir des élèves « inadaptés » au système scolaire. Edgar-Poe affiche chaque année des résultats très honorables au bac (autour de 80 % de réussite), mais on y propose aussi aux élèves une palette originale d'activités périscolaires, qui contribuent à gonfler le montant de la scolarité : les premières ont assisté cette année à des conférences d'Hubert Reeves à la Sorbonne, dans le cadre de la découverte de l'astronomie, d'autres classes suivent des cours à la Cinémathèque. Voilà ce que paient les familles : ces plus en matière d'encadrement, de soutien et d'activités extrascolaires.

 
 
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Commentaires - (2)
M2M 3/2/2009 Recommander 0

"Alors que les collectivités locales subventionnent la cantine des établissements publics," ce n'est pas entièrement vrai, seules les familles les plus défavorisées ont une subvention, a priori il n'y en a pas dans le privé donc pas de subvention.

ripolin 10/9/2008 Recommander 0

Tout ceci est très instructif, mais il serait vraiment intéressant de connaitre la répartition des couts entre les différents acteurs. Si les parents paient, en moyenne, 150 euros par mois de frais de scolarité, combien verse la région et l'état ?

 
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