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Les réseaux d' Anne-Marie Idrac

Stéphanie Benz -  01/11/2006  - L'Expansion 
 
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Promue à la tête de la SNCF, cette ex-Juppette voudrait faire oublier son incursion en politique pour asseoir sa légitimité.

Prendre la tête de la SNCF a, pour Anne-Marie Idrac, un petit air de déjà-vu. Comme lors de sa nomination à la RATP, en 2002, elle est la première femme à diriger une entreprise de transport réputée compliquée. Comme à la RATP, elle succède à un patron consensuel et respecté de tous. Comme à la RATP encore, son arrivée inquiète les syndicats : sera-t-elle la femme de l'ouverture à la concurrence, du démantèlement de l'entreprise, voire de sa privatisation ? Comme à la RATP, enfin, elle doit s'imposer, alors que son n° 2, Guillaume Pépy (qu'elle connaît depuis les années 90, quand elle était directrice des transports terrestres au ministère de l'Equipement et lui, patron de la stratégie à la SNCF), aurait pu prétendre à son fauteuil.

La comparaison est toutefois de bon augure, car son parcours à la régie francilienne a été un sans-faute. Elle a su limiter les conflits sociaux, instaurer un service minimal en cas de grève, gagner des marchés en France et à l'étranger, consolider les résultats de l'entreprise (56 millions d'euros de bénéfice en 2005). Sauf que la SNCF est un sujet autrement compliqué. « Des dossiers chauds l'attendent, en tête desquels le redressement et la mise en concurrence du fret, qui font peur aux cheminots », prévient le sénateur UMP Hubert Haenel, administrateur de la société depuis dix ans, qui a déjà travaillé avec Anne-Marie Idrac quand elle était secrétaire d'Etat aux Transports, puis à l'association Mouvement européen, qu'elle a présidée. Symbole des défis qu'elle devra relever : la CGT l'a accueillie en juillet par un vote négatif de deux de ses représentants au conseil d'administration - du jamais-vu - et prépare déjà une grève pour le 8 novembre.

Pour l'aider, Anne-Marie Idrac ne s'est fait accompagner que d'une seule collaboratrice : Laurence Eymieu. Cette proche du maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, était déjà sa directrice de cabinet à la RATP. Soucieuse de se mettre dans le sillage de son prédécesseur, Louis Gallois, Anne-Marie Idrac veut en effet surtout s'appuyer sur Bernard Emsellem, directeur de la communication depuis 2002, et sur Guillaume Pépy. « Ils sont d'accord sur les objectifs et travaillent en complémentarité », assure Laurence Eymieu. Pas si simple, de l'avis d'un connaisseur de la maison : « Le tandem Gallois-Pépy fonctionnait bien. Guillaume doit prendre de nouvelles marques. »

Une bonne connaissance du secteur des transports

Pour asseoir sa légitimité, cette énarque (de la promotion Simone Veil, où elle a rencontré son mari, Francis Idrac, préfet d'Aquitaine) mise sur sa connaissance du secteur. En 1995, elle est directrice des transports terrestres quand Alain Juppé l'appelle au secrétariat d'Etat aux Transports - une nomination soufflée par Marie-Hélène Descamps, ancienne du cabinet de Michel d'Ornano, comme elle. Après avoir affronté les grèves de 1995 avec l'actuel patron d'Eurotunnel, Jacques Gounon, comme directeur de cabinet, cette « Juppette » portera deux réformes : la régionalisation du rail et la création de Réseau ferré de France (RFF, dont elle connaît bien le président, Michel Boyon, autre ancien conseiller de d'Ornano). Des chantiers menés avec Hubert du Mesnil, son successeur à la Direction des transports terrestres, devenu n° 2 de RFF, et avec son second dircab, Olivier Grunberg, aujourd'hui directeur général adjoint de Veolia Eau.

Ce dernier continue de la conseiller discrètement, tout comme son vieil ami Claude Martinand, un proche du ministre communiste des Transports Charles Fiterman, qui avait appuyé sa candidature à la tête de l'Etablissement public d'aménagement de Cergy-Pontoise quand tous deux étaient à l'Equipement. Auteur en 1996 d'un rapport sur le ferroviaire, l'actuel vice-président du Conseil général des ponts et chaussées a aussi présidé RFF.

Pour apparaître comme une chef d'entreprise à part entière, cette fille de ministre (André Colin, un des pères du MRP) voudrait faire oublier son incursion en politique. L'ex-députée UDF des Yvelines et conseillère régionale d'Ile-de-France y garde pourtant des liens étroits. Avec François Bayrou, dont elle a été la porte-parole pour la présidentielle de 2002. Avec Gilles de Robien, alors directeur de campagne, qui fut son ministre de tutelle à la RATP. Ou avec Pierre Méhaignerie, breton comme elle. Sans oublier des amitiés à gauche, avec Elisabeth Guigou, copine de promo de l'ENA, ou le président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon. Un réseau qu'elle entretient en assistant aux réunions du discret club Vauban, fondé par Antoine Veil (le mari de Simone, dont elle se dit proche).

Mais c'est son carnet d'adresses dans le monde de l'entreprise qu'Anne-Marie Idrac préfère mettre en avant. Administratrice du Siècle (un club de réflexion où l'a introduite son amie l'écrivain et énarque Françoise Chandernagor), elle fréquente beaucoup de patrons. Parmi ses relations de longue date : Pierre Graff (Aéroports de Paris), comme elle ex-haut fonctionnaire, ou encore Henri Proglio (Veolia) et Pierre Richard (qui l'a fait entrer au conseil d'administration de Dexia), rencontrés quand elle était à Cergy-Pontoise. C'est aussi à cette époque qu'elle a connu le ministre de l'Economie, Thierry Breton, qui aurait largement appuyé sa nomination à la SNCF.

SES COLLABORATEURS À LA SNCF

Sa directrice de cabinet était déjà sa plus proche collaboratrice à la RATP. A la SNCF, Anne-Marie Idrac compte aussi s'appuyer sur les hommes forts de la maison, le directeur général exécutif et le directeur de la communication.

SES PARRAINS ET MARRAINES

L'écrivain énarque l'a recrutée au ministère de l'Equipement. Le vice-président du Conseil général des ponts et chaussées a contribué à sa nomination à l'Etablissement public d'aménagement de Cergy-Pontoise. La députée européenne a soufflé son nom pour le secrétariat d'Etat aux Transports.

SES RELAIS POLITIQUES

Choisie par le premier comme porte-

parole de l'UDF en 2002, elle a beaucoup travaillé avec le deuxième. Ses liens

avec le dernier datent des années 90.

SES CONTACTS FERROVIAIRES

Elle était au cabinet de Michel d'Ornano

avec le président de RFF, dont l'adjoint lui a succédé à la Direction des transports terrestres. Le patron d'Eurotunnel a été son premier dircab.

SES COPAINS PATRONS

Les patrons d'Aéroports de Paris et de Veolia sont de vieilles connaissances, comme le cofondateur de Dexia.

Anne-Marie Idrac en cinq dates

- 1951 : Naissance à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor).

- 1974 : sortie de l'ENA.

- 1997 : députée UDF.

- 2002 : présidente de la RATP.

- 2006 : présidente de la SNCF. Troisième au classement du magazine « Fortune » des femmes d'affaires les plus influentes du monde.

 
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