A la veille des élections régionales, « L'Expansion » a mené l'enquête sur les comptes des élus locaux. Surprise : les petites régions tirent leur épingle du jeu.
Honneur aux petites régions ! Les vainqueurs de notre classement ne sont pas les grandes collectivités urbanisées et industrielles du nord de l'Hexagone ou de la façade méditerranéenne, mais des zones à dominante rurale : Champagne-Ardenne, Centre, Pays de la Loire et Poitou-Charentes sont distingués pour leur bonne gestion. Les élus de ces régions ont su trouver l'équilibre entre une fiscalité modérée, une dette raisonnable et des investissements honorables. A l'inverse, les derniers du classement, Nord-Pas-de-Calais et Languedoc-Roussillon, signent des performances décevantes : endettement élevé ou réalisations insuffisantes par rapport aux besoins de leurs administrés. Les élus nordistes ou languedociens pourront rétorquer que la gestion d'une région dépend au moins autant de ses caractéristiques socio-économiques que de la qualité de ses gestionnaires. Or ceux des deux régions en cause doivent multiplier les dispositifs coûteux pour leur population, jeune et fragilisée, alors même qu'ils disposent d'une richesse fiscale modeste.
A quelques semaines des élections régionales des 21 et 28 mars, L'Expansion a réédité le classement publié à la veille du précédent scrutin de mars 1998, en reprenant la même méthodologie (voir ci-contre) afin de pouvoir comparer les performances et les stratégies de chacun. Les données utilisées cette fois sont tirées des comptes de gestion 2001, les derniers exploités à ce jour par les trésoriers-payeurs généraux. Comparé au précédent, ce palmarès révèle quelques surprises notables. Le lauréat, Champagne-Ardenne, gagne treize places en six ans ! La Picardie et Rhône-Alpes, cinquième et sixième en 1998, se retrouvent quatorzième et treizième. Lanterne rouge la fois précédente, Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) gagne quatre rangs, laissant sa place peu enviable au Nord-Pas-de-Calais. Principale région française pour la population, l'Ile-de-France se maintient en milieu de classement (huitième en 1998, onzième cette fois-ci). La couleur politique semble, en revanche, peu influer sur la gestion. Si le Nord-Pas-de-Calais et la région Paca, dirigés par la gauche, sont endettés, la Bourgogne, de droite, l'est autant. La Basse-Normandie, UMP, et la Haute-Normandie, PS, sont fiscalement aussi gourmandes l'une que l'autre.
Si le scrutin régional apparaît d'abord comme une élection locale, à l'image des cantonales qui se dérouleront aux mêmes dates dans la moitié des cantons, les élections de mars revêtiront une dimension politique évidente. Ce sera le premier test national depuis le choc du 21 avril 2002 et le raz-de-marée de l'UMP aux législatives de juin 2002. Un échec de la majorité, avec la perte de régions comme le Languedoc-Roussillon, la Bretagne ou le Poitou-Charentes, signifierait immanquablement la fin du gouvernement Raffarin. La gauche, de son côté, espère faire de ces régionales la première étape de la reconquête du pouvoir après l'échec de Lionel Jospin. Mais, pour François Hollande et l'actuelle direction du PS, une contre-performance - la perte de Paca ou du Nord-Pas-de-Calais, sans gain pour les contrebalancer - est loin d'être exclue, et créerait des turbulences dangereuses dans un parti encore convalescent.
Les élus désignés le 28 mars prochain administreront en tout cas des régions qui auront une physionomie toute nouvelle. Le projet de loi Raffarin relatif aux responsabilités locales, voté en première lecture cet automne par le Sénat, et qui devrait l'être définitivement ce printemps, leur donnera au 1er janvier 2005 de nouveaux pouvoirs en matière de transports, de formation, de culture et d'éducation (voir encadré p. 92-93). Leurs grands rivaux, les conseils généraux, en seront les principaux bénéficiaires, récupérant 8 des 13 milliards d'euros de compétences transférées (avec le RMI et les routes nationales), mais les conseils régionaux, qui gèrent actuellement plus de 15 milliards d'euros de budget par an (soit déjà 40 % de mieux qu'en 1998), vont obtenir 4 milliards de dépenses supplémentaires.
Cette nouvelle étape de la décentralisation va pourtant intervenir dans un contexte financier extrêmement tendu. Les élus locaux soupçonnent l'Etat de vouloir leur transférer des compétences à bon prix, c'est-à-dire sans les financements correspondants, comme cela fut le cas pour les lycées en 1986. Ils affirment qu'ils y seront de leur poche et qu'ils devront donc augmenter les impôts locaux pour boucler leur budget. A en croire le gouvernement, le transfert d'une part de la Taxe intérieure sur les produits pétroliers (3 à 3,5 milliards d'euros sur les 25 milliards que la Tipp rapporte annuellement) ainsi que de la taxe sur les contrats d'assurances devrait suffire à compenser les 4 milliards d'euros censés correspondre aux nouvelles compétences des régions. Celles-ci obtiendraient de surcroît le pouvoir de moduler la taxe dans une fourchette de 2 centimes par litre - si du moins Bruxelles donne son accord. Mais l'annonce par le président de la République de la suppression à terme de la taxe professionnelle renforce un peu plus les inquiétudes des élus.

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