En veillant à la bonne gestion des deniers publics et au respect des libertés et de la loi depuis les instances qu'ils dirigent, ces serviteurs de l'Etat peuvent faire éclater des scandales et tomber des têtes.
Le grand public ne les connaît pas. Pourtant, la presse se fait régulièrement l'écho de leurs rapports, des sanctions qu'ils infligent et des têtes qu'ils font parfois tomber. Ces incorruptibles de la République sont chargés de faire respecter la loi, de préserver les libertés ou de contrôler l'utilisation de l'argent public. Ces inquisiteurs des temps modernes peuvent débarquer dans n'importe quelle administration, organisation ou entreprise et tout retourner pour rendre (leur) justice. Eminents serviteurs de l'Etat, pour la plupart nommés par le président de la République, ils sont à la tête des inspections générales des grands ministères, d'autorités administratives indépendantes ou encore de prestigieuses cours de contrôle.
Jean-Pierre Jouyet en est le parfait exemple. Cet énarque de 51 ans, anticonformiste mais loyal, dirige depuis mi-novembre l'Inspection générale des finances (IGF), le redouté corps de contrôle du ministère de l'Economie. Intime de François Hollande et camarade de promotion de Dominique de Villepin, il connaît l'administration comme sa poche. Il a par le passé exercé de multiples hautes responsabilités : directeur de cabinet de Jacques Delors à la présidence de la Commission européenne, no 2 de celui de Lionel Jospin à Matignon, directeur du Trésor, récemment président de Barclays-France... Son rôle ? Diriger les 70 agents de son inspection, contribuer à une gestion rigoureuse et efficace des deniers publics ainsi qu'à la modernisation de l'administration. Il conduira lui-même les enquêtes délicates, la plupart du temps à la demande du ministre de l'Economie.
Ses équipes travailleront avec celles de Marie-Caroline Bonnet-Galzy , la responsable de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas). Cette diplômée d'HEC de 47 ans connaît elle aussi son métier. A sa sortie de l'ENA, en 1984, elle choisit l'Igas avant de passer deux ans au Caire comme conseiller commercial, de prendre les rênes de la Direction de l'administration générale et de la modernisation des services (Dagemo) du ministère de l'Emploi, puis d'être appelée, en octobre 2000, à la tête de l'Igas. Un parcours qui crédibilise sa relation avec les directeurs opérationnels qu'elle inspecte. « Je viens de chez eux et ils savent que je ne suis pas qu'une contrôleuse. » Les 120 « pompiers du social » qu'encadre « MCBG » conduisent 200 missions par an dans tous les services sociaux (délégation à l'emploi, hôpitaux, maisons de retraite...) et contrôlent depuis 1996 les organisations faisant appel à la générosité publique. A leur crédit : la mise au grand jour des scandales de l'ARC, de l'association Raoul-Follereau de lutte contre la lèpre ou, plus récemment, d'un vaste trafic de médicaments recyclés. Ses agents travaillent aussi avec leurs homologues de l'Inspection générale de l'administration (IGA), dépendant du ministère de l'Intérieur et dirigée depuis cinq ans par Daniel Limodin .
Ce passionné d'histoire de 61 ans, ancien préfet de Mayotte, a débuté sa carrière comme inspecteur des douanes avant de faire l'ENA. Ce marin dans l'âme a été conseiller de Pierre Joxe au ministère de l'Intérieur et secrétaire général de la préfecture de Paris. C'est lui qui a été chargé en 1999 de réaliser le rapport relatif à l'organisation et au fonctionnement de la chaîne de commandement en Corse, à la suite de l'incendie de la paillote Chez Francis. Les champs d'intervention des 73 membres de son corps sont immenses. Ils contrôlent les finances des communes et la gestion des fonds structurels européens par les régions, réalisent actuellement une quinzaine d'audits de modernisation de l'administration (services rattachés au Premier ministre, police aérienne de Roissy...) et évaluent plusieurs politiques publiques (radars électroniques, fourrières publiques...).
Pierre Mazeaud et Philippe Séguin sont plus connus. Ces « grandes gueules », comme ils se caractérisent, président deux institutions prestigieuses : respectivement le Conseil constitutionnel et la Cour des comptes. « Nous sommes une institution reconnue et respectée, à l'indépendance affirmée, dont les décisions sont peu critiquées », se félicite Pierre Mazeaud. L'ancien ministre, député et président de la commission des Lois de l'Assemblée nationale, héritier d'une lignée de deux siècles de juristes, veille aujourd'hui à la constitutionnalité des lois et au respect des principes fondamentaux. Ce gaulliste provocateur de 76 ans n'hésite d'ailleurs pas à censurer si nécessaire, non sans un certain plaisir, les textes des ministres et des parlementaires. « Les lois que l'on nous soumet sont d'une longueur inadmissible, avoue-t-il. On mêle au normatif des bavardages qui peuvent faire l'objet d'une simple circulaire. »


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