Faux : les sociétés naissent en nombre dans l'Hexagone. Mais elles peinent à croître et à créer des emplois.
Tous les jours, en France, une cinquantaine de sociétés mettent la clef sous la porte. Parmi les 200 000 entreprises créées entre 1998 et 2003, environ la moitié n'existent plus. Faillites et sondages ravageurs sur le moral des ménages viennent ainsi nourrir le complexe entrepreneurial français, notamment face aux Américains. Or une étude du Commissariat général du plan remet les idées en place : la France ne manque pas de créateurs d'entreprise, du moins en comparaison avec les Etats-Unis.
« Les statistiques américaines comptabilisent les "boîtes de papier", créées sans employés et sans fonds. Elles surestiment d'une certaine manière la densité de leurs entreprises », explique Olivier Passet, chef du service économique et financier du Plan. Les vraies US companies ne fleurissent pas à tous les coins de rue. Pour 10 000 habitants, l'Oncle Sam compte 201 entreprises d'au moins un salarié. Contre 247 pour la France, soit une densité managériale supérieure de 23 %. Nos petites sociétés (de 1 à 20 salariés) poussent comme des champignons : par habitant, l'étude du Plan en trouve 31 % de plus qu'aux Etats-Unis. Et le rythme des créations s'accélère : 320 000 entreprises sont nées pour la seule année 2004, une fécondité en hausse de 18 % sur deux ans.
« Mais il existe en France un déficit de groupes de taille moyenne. Le problème ne vient pas de la création, mais de leur développement », précise Olivier Passet. Selon l'OCDE, le taux de mortalité des entreprises en France, cinq ans après leur création, tourne autour de 50 %, assez voisin de celui des jeunes pousses américaines (60 %). En fait, les jeunes survivent en France, mais restent trop souvent petites. Dans le compartiment intermédiaire des entreprises comptant entre 20 et 500 salariés, la France est largement distancée par les Etats-Unis. D'après les statistiques de l'OCDE, quatre ans après leur création, nos SARL créent deux fois moins d'emplois que leurs homologues américaines.
Cette difficulté à franchir un seuil de développement tient d'abord aux politiques économiques des Etats. En France, les pouvoirs publics mettent le pied du jeune entrepreneur à l'étrier via des aides, des exonérations fiscales ou des procédures administratives allégées. La loi Dutreil, votée en août 2003, développe tous ces mécanismes avec un certain succès. Mais, une fois sur les rails, l'entreprise perd largement le soutien de l'Etat et subit la pression des grands groupes. Une espèce d'écosystème empêche l'émergence des structures intermédiaires. Dans beaucoup de secteurs fraîchement déréglementés, il existe des barrières à l'entrée, capables de dissuader tout challenger. Air Lib, dans le transport aérien, peut en témoigner. Et quand, malgré tout, le « petit » parvient à faire son trou, un gros finit par le racheter.
Très régulièrement, un poids lourd national s'empare de sociétés régionales. « Dans l'édition de logiciels, les chaînes de restaurants ou les salons de coiffure, ce type d'opération est courant », constate Damien Noël, associé de Fusacq, portail spécialiste des fusions-acquisitions. « Les mariages entre PME sont plus répandus aux Etats-Unis, et les créations d'emplois suivent très souvent », complète Olivier Passet. Petits entrepreneurs, unissez-vous !

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