Cette plante sait tout faire, même séduire les bobos écolos aussi bien que les géants de l'industrie et de la grande distribution.
Quel matériau est à la fois écolo, facile à produire, résistant, pratique et exotique ? Le coton, le chanvre ? Perdu. C'est le bambou, devenu en quelques mois le produit branché par excellence. Une visite dans les Yvelines, à la propriété de Florence Bouillon, la présidente pour la France de l'Association européenne du bambou, aide à comprendre l'engouement pour cette plante miracle. Son jardin est une véritable bambouseraie de 1 200 mètres carrés. Dans son salon, les meubles sont en bambou. Et, dans sa cuisine, elle mitonne ses meilleurs plats avec du turion, la jeune pousse de bambou. « On le prépare en salade ou en omelette », explique-t-elle. Mais son végétal favori se prête à des emplois plus étonnants encore : il sert à la confection de vêtements très confortables, à la fabrication d'ordinateurs ou de produits de beauté tendance.
C'est dans les rayons des jardineries que le bambou a connu ses premiers succès auprès du grand public. A Jardiland comme chez Truffaut, ses ventes ont explosé de près de 30 % en cinq ans. « L'engouement s'est encore accru depuis 2005 », précise François Pauly, le responsable des végétaux de Jardiland. « Le bambou véhicule de l'exotisme et correspond à la vogue du zen. » Une analyse partagée par Dominique Buisson, auteur de L'Esprit du bambou au Japon (Editions Philippe Picquier) : « A l'opposé des plantes sophistiquées, ce matériau évoque un retour à la simplicité. Il s'intègre naturellement chez les gens. »
De fait, le bambou pousse sur tous les terrains, nécessite peu d'arrosage, résiste à la sécheresse comme au gel et croît à une vitesse étonnante : jusqu'à 1 mètre par jour dans certaines régions d'Asie, et quelques centimètres en France. Idéal pour dresser rapidement une haie devant sa maison : c'est la principale motivation des clients des Jardins d'ombre et lumière, un pépiniériste indépendant dont l'insolite bambouseraie pousse à proximité de la ligne du RER, à Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne. « Les bambous les plus demandés coûtent environ 70 euros, mesurent de 1,50 à 2,50 mètres à l'achat et grimpent à 6 mètres une fois plantés », précise Jean-Jacques Brice, responsable du service clients. Ce distributeur se fournit notamment auprès du domaine de Prafrance, à Générargues-Anduze (Gard), la première bambouseraie d'Europe.
Repousse instantanée sans pesticide ni engrais
Son patron, Simon Crouzet, a parmi les premiers compris que l'emballement des Français pour le bambou allait vite dépasser le cadre du jardin pour investir les salons. En 2004, il a donc créé Ekobo afin de commercialiser des bols, des verres et des assiettes en lamelles de bambou. Ces produits fabriqués au Vietnam dans le respect d'une charte éthique font fureur auprès des bobos parisiens. Simon Crouzet double ses ventes chaque année depuis trois ans. Même succès pour les parquets « écochics » de la marque soeur, Ekozen, vendus entre 45 et 60 euros le mètre carré, « plus résistants que le chêne ou le teck ». Nec plus ultra : c'est une plante écolo puisqu'elle repousse quasi instantanément sans pesticide ni engrais chimique.
Evelyne et Alain Spilet ont, eux, popularisé le bambou dans le textile. Au printemps 2005, Spilan, leur petit atelier du quartier du Sentier, à Paris, lance une gamme de tee-shirts et de pulls en fibre de bambou. Une idée rapportée de Tokyo, où ils ont découvert que les infirmières portaient des blouses en fibre de bambou. Grâce à une campagne de communication orchestrée par l'agence Irina Henry auprès de la presse féminine et textile, un écho médiatique impressionnant escorte les premiers pas de la collection. Antibactériens, antitranspirants, doux, luisants, résistant aux ultraviolets... les vêtements en bambou se parent de toutes les vertus. Emballés, la Camif et Carrefour proposent en rayon les vêtements Spilan à des prix raisonnables (de 15 à 25 euros). A l'automne 2005, Spilan ouvre même une boutique de luxe dans la très cossue rue Bonaparte, à Paris. Ici, les pulls s'arrachent autour de 75 euros. Pour enfoncer le clou, la société investit 1 million d'euros en pub, soit 5 % de son chiffre d'affaires ! En un an, Spilan est définitivement sacré roi des vêtements en bambou.
Bensimon, Ralph Lauren, Petit Bateau et même le fabricant de chaussettes DD (Doré-Doré) lui ont depuis emboîté le pas. Le succès est indéniable. « Au-delà des propriétés du tissu, on trouve aujourd'hui de vrais vêtements de mode », précise Pascaline Wilhelm. La directrice de la mode de Première Vision - premier salon mondial des tissus d'habillement - nuance toutefois certains propos dithyrambiques : « Le coton reste plus résistant. Et la capacité d'absorption de l'humidité du bambou est plutôt handicapante pour un tee-shirt. » Elle est en revanche très précieuse pour les serviettes et les draps de bain que Carrefour commercialise sous sa marque, Tex (200 000 pièces en 2005). « Cela permet de répondre à des besoins spécifiques de notre clientèle », explique Jean-Christophe Bonhomme, responsable du développement des ventes textiles pour Carrefour. A Lestra, le spécialiste de la literie, 10 à 15 % des couettes et oreillers vendus ont déjà une enveloppe en bambou.

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Article offrant effectivement une bonne synthèse de ce qui se fait et se dit sur le bambou actuellement, mais, en tant que consommatrice cherchant à acheter intelligent (si possible), je suis tombée sur la page ci-dessous, qui le contredit totalement. http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/2301/104/ Quelqu'un saura t'il éclairer ma lanterne sur ce qu'il en est en réalité?