Qui mieux que les récents Prix Nobel de la discipline pouvait désigner, à la demande de « L'Expansion », le meilleur économiste de l'histoire ? Trois « matheux » américains du xxe siècle se partagent le podium.
Qui est le meilleur économiste de tous les temps ? L'Expansion a la réponse. Subjective, bien sûr. Contestable sans doute. Mais livrée par le jury le plus prestigieux qu'on puisse imaginer pour mesurer les avancées d'une science économique encore jeune : les 34 lauréats vivants du prix Nobel de la discipline. Quelques-uns, comme John Nash (qui se considère plus mathématicien qu'économiste) ou le très libéral Gary Becker, ont refusé de répondre. Mais une vingtaine d'entre eux ont joué le jeu. Leur verdict : Paul Samuelson, un Américain né en 1915. Déjà, lors de la remise de son prix Nobel, en 1970, la vénérable Académie royale des sciences de Suède le félicitait pour « avoir élevé le niveau de la science économique ».
« Avant lui, l'économie ressemblait à un club de fumeurs de pipe. Il en a fait une discipline scientifique », note en souriant Robert Solow, un de ses collègues au mythique Massachusetts Institute of Technology (MIT), nobélisé en 1987. Aussi carré que ses inimitables lunettes, son raisonnement a traduit la littérature économique en équations mathématiques longues comme le bras. « Le dernier généraliste de l'économie », selon ses propres termes, a ouvert de nouvelles pistes de réflexion dans une multitude de domaines. Notamment en matière de politique économique, lorsqu'il parvient à réconcilier l'approche keynésienne de soutien à la croissance par la dépense publique et la vision plus libérale en période de vaches grasses. « Cette analyse diagnostic-remède reste toujours au coeur des politiques économiques actuelles », insiste le très pragmatique financier Robert Merton, Nobel 1997. Au chapitre du commerce international, là encore sans présupposé idéologique, il conteste le conte de fées promondialisation raconté par les premiers penseurs Adam Smith et David Ricardo. Il met en évidence l'importance du coût du travail. Assez prophétique en cette période de délocalisations.
Irving Fisher (1867-1947) n'a pas eu le même instinct divinateur. L'économiste américain jugeait dans le New York Times, deux jours avant le krach boursier d'octobre 1929, « le cours des actions encore trop bas »... Et pourtant, les Nobel le plébiscitent. Ils retiennent sans doute son article de rattrapage, « The Debt-Deflation Theory » (1933), publié en pleine dépression. Une brillante analyse des mécanismes de la déflation, un processus où s'auto-entretiennent la baisse des prix et celle de l'activité, souvent provoquée par la nécessité de digérer les excès d'endettement commis dans les phases d'euphorie financière. Ce sombre scénario vécu par l'Amérique de la Grande Dépression, les Japonais y goûteront dans les années 90, après l'éclatement des gigantesques bulles boursière et immobilière. « Fisher distingue très vite le rôle central des investisseurs de celui des entrepreneurs », précise Myron Scholes, auteur d'une formule financière utilisée en permanence sur les marchés. Maurice Allais, seul Français nobélisé, lui reconnaît un rôle fondateur dans la modélisation de l'économie. Fisher était d'ailleurs devenu, en 1930, le premier président de la prestigieuse Société internationale d'économétrie.
Au côté d'Irving Fisher sur la deuxième marche du podium, les Nobel placent le mathématicien Kenneth Arrow, né en 1921 et auteur, avec Gérard Debreu, du théorème de... l'impossibilité. Pour ce New-Yorkais issu d'une famille modeste, l'Homo oeconomicus - l'homme ultrarationnel cher aux économistes - n'existe pas. Qu'à cela ne tienne. Il va s'employer, sur des centaines de pages de calculs, à prouver la rationalité d'un marché gouverné par des « irrationnels ». « En s'interrogeant sur le choix des individus qui ne disposent jamais des mêmes informations, il scelle l'économie au réel, non à un idéal. Et ouvre ainsi la voie à toute l'économie de l'information », s'emballe Joseph Stiglitz, Prix Nobel 2001. La leçon de ce trio de tête ? « Ils ont tous préparé le terrain de l'économie mathématique, la branche devenue reine de toute la discipline », explique Lawrence Klein, lauréat en 1980. Les Nobel préfèrent effectivement les pères modélisateurs aux grands-pères fondateurs britanniques Adam Smith (1723-1790) et David Ricardo (1772-1823), tout de même bien placés.
Le très libéral James Buchanan, primé en 1986, avoue un faible pour le premier : « Personne ne lui arrive à la cheville. » Agir dans son propre intérêt oeuvre pour l'intérêt général, grâce à la fameuse « main invisible » du marché : le capitalisme prend racine dans cette géniale formule, que tous les économistes, matheux ou littéraires, n'ont pas fini de discuter à l'infini. Quant à Ricardo, il bénéficie d'un allié de poids en la personne de Kenneth Arrow : « Son concept d'avantages comparatifs, montrant l'intérêt de la spécialisation et de l'échange entre des entreprises ou des pays, représente peut-être la mère de toutes les idées en économie. »

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2 noms se détachent du lot des économistes de tous les temps: J.M.Keynes qui est de fait l'inspirateur de la macroéconomie, de la comptabilité nationale, de l'éconmétrie, de l'effet des croyances collectives en matière d'investissement et de l'opérationalité de la probabilité subjective, et in fine des fondements méthodologiques de la politique économique. K. Marx comme étant un initiateur de la dynamique économique d'ensemble et de la théorie évolutionniste. P.A. samuelson est beaucoup plus un formalisateur de certains énoncés économiques déjà connus. Pour moi un von neummann vaut mieux que samuelson en matière d'économie mathématique. Les travaux de debreu, arrow et hilbrand ont mieux circonscrit les conditions de validité de la théorie de l'équilibre général et par là-même son imcompatibilité formel avec la politique économique.