Le grand écart des rémunérations

Benjamin Neumann, Sabine Syfuss-Arnaud -  01/03/2004  - L'Expansion 
 

L'hôpital public, c'est près de 80 métiers. Du grand ponte à l'ambulancier, zoom sur une grille de salaires ultracomplexe.

La fresque des rémunérations des 80 métiers de l'hôpital est pleine de contrastes : des infirmières plutôt mieux payées à l'hôpital que dans le privé ; des médecins de plus en plus tentés de quitter le public pour accroître enfin leurs revenus dans le privé ; des cadres administratifs et des directeurs, longtemps délaissés, qui ont vu leurs métiers fortement revalorisés au fil des années.

Mais il faut entrer dans le détail pour comprendre les différentes logiques de ces grilles de rémunérations. Si les infirmières sont en moyenne mieux payées dans le public que dans le privé, l'évolution de leurs salaires est plutôt limitée : à peine 1 000 euros net par mois séparent une débutante d'une infirmière en fin de carrière.

En haut de l'échelle, les revenus des médecins hospitaliers ont sensiblement augmenté depuis quinze ans, ainsi que leur pouvoir d'achat (+ 16,9 % entre 1996 et 2001). La mise en place récente des trente-cinq heures a permis de facto une revalorisation de leurs rémunérations, eux qui avaient pris l'habitude de travailler cinquante heures par semaine. Tous les mois s'ajoutent des revenus non négligeables (certains doublent même leurs salaires) grâce aux gardes et aux astreintes de week-end, payées chacune entre 250 et 350 euros net.

Ce rattrapage ne change pourtant pas vraiment la donne : un chef de clinique ou un professeur d'université praticien hospitalier ont toujours intérêt financièrement à partir dans le privé. Ils pourront y doubler leurs revenus. Même si pour une profession sans actes techniques, comme la pédiatrie, ce n'est pas le cas.

Cet écart entre public et privé amène certains médecins à justifier le développement d'une clientèle privée au sein de l'hôpital. Ils représentent un quart des praticiens hospitaliers et près de la moitié des 3 700 professeurs d'université, praticiens hospitaliers. En principe, il s'agit d'une pratique plafonnée, qui ne doit pas occuper plus de 25 % du temps hebdomadaire, soit deux demi-journées par semaine. Les autres touchent une prime de « service public exclusif », de 462,85 euros brut par mois.

De leur côté, les 3 000 directeurs d'hôpital ont bénéficié d'une valorisation significative de leur profession. En vingt ans, ces chefs d'orchestre de la santé ont presque atteint le sommet de la fonction publique, en obtenant le statut de haut fonctionnaire. S'ils restent moins bien payés que les médecins, l'écart n'est plus que de 20 à 30 %, sachant que, il y a une vingtaine d'années, un directeur d'hôpital gagnait à peine la moitié du salaire d'un praticien hospitalier. Aujourd'hui, un directeur général d'un des 31 CHU de France perçoit l'équivalent de 6 800 euros net par mois, salaires, primes et logement de fonction compris.

Source : ministère de la Santé
Salaires pratiqués à la Générale de santé, 17 000 salariés, leader européen des cliniques privées. Rémunérations nettes mensuelles, en euros. Source : Générale de santé

Gérard Champion Pédiatre aux urgences d'Angers 5 594 Euro(s) net par mois.

Ce praticien de 52 ans est responsable des urgences pédiatriques au CHU d'Angers. Il perçoit en plus de son salaire entre 250 et 600 euros net par mois pour des gardes et des astreintes de week-end, et une indemnité de service public exclusif de 383 euros net par mois, car il a choisi de n'exercer aucune activité libérale.

Agnès Charlot-Robert Directrice adjointe du CH de Valenciennes 2 545 Euro(s) net par mois

(primes comprises). Cette cadre dirigeante de 32 ans au statut de directeur d'hôpital est directrice adjointe chargée des affaires médicales au centre hospitalier de Valenciennes. A son salaire s'ajoute le logement de fonction.

Marie- Thérèse Pellé Interne à Créteil 1 860 Euro(s) net par mois

(avec deux week-ends d'astreintes et deux gardes de nuit).A 26 ans, cette interne effectue au service immunologie du CHU de Créteil son premier semestre d'internat sur les dix semestres qu'elle doit accomplir dans différents services.

Eric Vibert Jeune chirurgien au CHU d'Amiens 3 500 Euro(s) net par mois

(gardes comprises). Ce chirurgien de 33 ans mène aussi une activité de recherche à l'hôpital Cochin dans la thérapie génique antitumorale en vue d'obtenir une thèse de science.

Fabrice Chaix Chef de clinique à Créteil 2 800 Euro(s) net par mois

(avec une astreinte d'un week-end par mois).Ce chef de clinique assistant de 33 ans officie dans le service d'immunologie clinique, spécialisé dans la prise en charge des patients atteints du sida, au CHU de Créteil, l'hôpital Henri-Mondor.

Guillaume Laurent Elève directeur à Tours 1 650 Euro(s) net par mois.

Cet « élève directeur » d'hôpital de 25 ans sera nommé à partir du 1er avril directeur financier adjoint du CHU de Tours. A son salaire s'ajoutent une prime de responsabilité de 4 600 euros net par an, une prime de service de 1 980 euros net par an, et un avantage en nature, le logement de fonction.

Marie-Claire Dufy Infirmière aux urgences du CHU de Rennes 2 076 Euro(s) net par mois.

Infirmière diplômée d'Etat, elle a fait ses trente-quatre ans de carrière aux urgences. Au CHU de Rennes, elle travaille au sein de l'unité d'accueil et d'orientation des urgences, où elle reçoit en moyenne 65 personnes par tranche de huit heures.

En clinique, une tout autre logique

Si, à l'hôpital, tout le monde a un bulletin de salaire, dans les cliniques deux situations bien distinctes cohabitent. Les personnels techniques et soignants y sont salariés, les médecins, libéraux. Longtemps, les infirmières ont eu tendance à quitter le privé pour le public, attirées par la sécurité de l'emploi et un avancement automatique. En créant des pénuries favorables aux blouses blanches, les trente-cinq heures ont changé la donne. Pour se rendre plus attrayant, le privé a négocié en 2002 une convention collective qui garantit au personnel soignant une meilleure prise en compte de l'ancienneté et des augmentations de salaires régulières (au moins 1 % par an).

La rareté du personnel a permis aux infirmières spécialisées, telles celles de bloc opératoire, de dialyse ou d'anesthésie, de très bien défendre leurs intérêts : leurs salaires ont flambé.

Les médecins ont longtemps bénéficié d'un système de rémunération qui tend à se raréfier. Traditionnellement, plusieurs praticiens étaient copropriétaires de leur clinique, et le principal actionnaire en était le directeur. Tous en tiraient un double revenu : celui de leur part dans le capital et celui de leur travail. Aujourd'hui, les médecins actionnaires sont plus rares. Mais la quasi-totalité d'entre eux continuent d'être payés à l'acte. Ainsi, à la Générale de santé, presque tous les médecins sont libéraux.

En contrepartie des honoraires touchés en direct, les praticiens versent à la clinique une redevance, négociée au cas par cas. Il s'agit parfois d'une indemnité forfaitaire, mais le plus souvent d'un pourcentage sur leur chiffre d'affaires (de 5 à 7 %). La plupart des praticiens paient en outre un loyer à l'établissement, mais rémunèrent eux-mêmes leur secrétaire.

Le système du médecin directeur ayant conduit à des faillites retentissantes, beaucoup de patrons de clinique sont aujourd'hui des managers salariés issus du monde de l'entreprise. S.S.-A.

 
 
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