Russie

Le gaz et l'héritage soviétique menacent les nomades nenets

Madeleine Vatel, à Nadym -  01/05/2005  - L'Expansion 
 

L'hélicoptère aura tourné trois quarts d'heure : il n'est pas facile de trouver un troupeau de rennes, leurs éleveurs et leur camp dans cette immense étendue de neige parsemée de petits lacs. Non loin du cercle polaire, en pleine toundra et par moins 25 degrés, la transhumance touche pourtant à sa fin. Dans cette contrée qui s'étend à perte de vue, les nomades ne restent jamais plus de huit jours au même endroit, à la recherche de lichen pour nourrir le troupeau.

Peuple dont l'économie repose entièrement sur l'élevage des rennes, les Nenets sont aujourd'hui 35 000 en Russie, pour la plupart établis dans la région du Iamal. Ils ont gardé une existence nomade, ce qui a des conséquences dommageables pour leur santé. D'où le programme d'accès aux soins développé sur place par Médecins du monde, afin de traiter la tuberculose, l'hypertension et l'alcoolisme, dont beaucoup meurent encore.

Exploités par les « barons rouges »

Mais, avant tout, les Nenets souffrent de la persistance des anciennes structures communistes. Pour s'en convaincre, il suffit de se rendre sur le petit marché de Nadym, une ville encore fermée aux étrangers, à 5 000 kilomètres de Moscou. Macha, 22 ans, et son mari Alexis, 25 ans, sont venus vendre de la viande de renne. Une partie seulement, celle que veut bien leur autoriser le directeur du sovkhoze, c'est-à-dire 30 bêtes sur 1 500.

Car les Nenets, s'ils sont libres de poser leur tchoum (une sorte de tipi couvert de peaux de rennes) où bon leur semble, sont étroitement surveillés par cet ancien apparatchik qui récupère la viande et la revend dix fois plus cher. Il met un vétérinaire à leur disposition mais tient d'une main ferme les cordons de la bourse. « Le directeur, on le voit une fois par an. Et l'argent de nos troupeaux, on ne le touche pas toujours », se résigne Macha. Parfois, les Nenets échappent à l'emprise de ces vieux « barons rouges ». Et cela grâce à la complicité des... Chinois. En juillet, par exemple, ces derniers sont venus directement en hélicoptère chercher leur petit trésor : des bois de rennes réduits en poudre, merveilleux aphrodisiaque dont ils feront chez eux un commerce lucratif.

Mais jusqu'à quand les autorités russes ménageront-elles ces peuples nomades ? Les Nenets vivent en effet sur une des terres les plus convoitées de la planète. Le Iamal fournit 80 % du gaz russe, exploité par Gazprom, le n° 1 mondial du secteur. Et, malgré les oeuvres sociales et les logements en dur que l'entreprise se targue de leur fournir, il se pourrait qu'un jour les élèves nenets n'aient plus envie de chanter en choeur « Merci Gazprom »...

 
 
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