Le faux nez des « alter »

 

Abien des égards, l'altermondialisme pourrait être identifié à un nouveau syndicalisme : il représenterait les intérêts des « victimes » de la mondialisation, comme les syndicats représentaient les victimes de la révolution industrielle et du capitalisme. D'ailleurs, on pourrait imaginer qu'après une phase d'opposition frontale, les altermondialistes en viendraient à composer pour rendre la mondialisation plus équitable, de même que les syndicalistes sont passés du mythe du grand soir à la culture de la négociation. Au demeurant, la galaxie altermondialiste est loin d'être homogène. A côté d'une mouvance influencée par la gauche souverainiste ou par l'extrême gauche, il y a un grand nombre d'associations réformistes qui critiquent avant tout le fait que les pays riches ne s'appliquent pas à eux-mêmes les règles qu'ils prônent pour les autres en matière d'ouverture des marchés. C'est la grande différence qui sépare Attac de l'ONG britannique Oxfam, par exemple.

Pourtant, malgré les apparences, l'altermondialisme est fort éloigné du syndicalisme : il n'est pas un mouvement social, mais une nébuleuse idéologique. Pourquoi ? Parce que le profil sociologique des altermondialistes n'a rien à voir avec leur degré d'exposition à la compétition mondiale. En effet, les trois catégories sociales les plus exposées à cette compétition sont les agriculteurs, les ouvriers et les artisans. Or, si l'on regarde la sociologie des militants d'Attac, par exemple, on constate que les agriculteurs, les ouvriers et les artisans y sont notablement sous-représentés. A Attac, le groupe socioprofessionnel le plus massif est celui des professions intellectuelles, celles précisément qui ont le moins à craindre de la mondialisation.

Ce paradoxe montre que la contestation de la mondialisation est moins sociale qu'existentielle. Autrement dit, l'hostilité à la mondialisation n'est pas mécaniquement liée au degré d'exposition à l'ouverture des marchés. Face à elle, les attitudes des individus résultent de plusieurs critères. On peut dire que quatre facteurs entrent en ligne de compte. L'âge : plus on vieillit, plus on est inquiet. La qualification : plus on est qualifié, plus on est optimiste. L'idée que l'on se fait du risque que l'on court : un jeune de 18 à 24 ans risque plus de perdre son emploi qu'une personne ayant entre 50 et 65 ans ; pourtant, les études montrent que son regard sur la mondialisation sera plus positif que celui de son aîné. Enfin, les conditions dans lesquelles on a été socialisé : les militants de gauche socialisés par le Programme commun et par les nationalisations des années 70 se retrouvent massivement représentés à Attac, non parce que leurs emplois sont menacés, mais parce qu'ils nourrissent une hostilité culturelle vis-à-vis du capitalisme. C'est la grande différence qui sépare le syndicalisme de l'altermondialisme. Le premier défend les intérêts d'un groupe social ; le second exprime les inquiétudes plus idéologiques de personnes relativement protégées. Cela explique que l'altermondialisme soit loin d'être un mouvement de masse.

 
 
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