Entre le manitou des transferts en or et l'experte en cession de droits, c'est à qui agacera le plus l'univers éditorial français.
Dans les hangars de la Foire internationale du livre de Francfort se disputera en 2006 une bataille d'un nouveau genre : l'élection du meilleur agent littéraire. Signe que cette profession, intermédiaire obligé entre l'auteur et l'éditeur dans le monde anglo-saxon, débarque en Europe. S'ils sont encore peu nombreux, les agents littéraires commencent à bousculer les milieux discrets de l'édition française, où parler d'argent reste tabou. Les deux principaux sont anglo-saxons. François Samuelson, dit « l'Américain », a organisé en 2004 le transfert de Michel Houellebecq de Flammarion à Fayard pour, dit-on, 1 million d'euros. La Britannique Susanna Lea, elle, a notamment fait la fortune de l'écrivain Marc Levy. Face-à-face entre un ancien maoïste formé aux méthodes américaines et une chasseuse de coups au visage de porcelaine.
1/ Le poids dans l'édition
Avantage Susanna Lea
Dans un pays où la relation entre l'écrivain et son éditeur est sacrée, la percée des agents littéraires dérange. Avec eux, c'est l'économie de marché qui déboule à Saint-Germain-des-Prés. Trouver le meilleur éditeur - quitte à faire de la surenchère -, négocier au mieux les traductions et les droits cinématographiques, orchestrer une campagne de marketing... tel est le travail de l'agent en échange d'une commission de 10 % sur les ventes de livres. « Les éditeurs y sont très hostiles, car ils ont le sentiment d'être dépossédés. En France, ils ont pris l'habitude de materner leurs auteurs », raconte une éditrice. Encore marginal en France, le business des agents commence à compter. Fondé en 2000 et basé à Paris, Susanna Lea Associates a engrangé l'an dernier 1,6 million d'euros de chiffre d'affaires. « A un moment où il est plus que jamais d'être publié mais plus facile difficile que jamais d'être lu, notre rôle est essentiel », constate Susanna Lea.
François Samuelson et sa société Intertalents pèsent plus lourd - 1,8 million d'euros -, mais l'édition ne compte que pour 20 % du chiffre d'affaires. François Samuelson a diversifié son activité en travaillant pour le cinéma, plus rémunérateur, et gère la carrière de stars comme Juliette Binoche ou Carole Bouquet. En matière de prix, Samuelson a récolté trois Femina, un Renaudot, et l'Interallié 2005 avec Houellebecq, à défaut du Goncourt. Susanna Lea collectionne plutôt les best-sellers. Fin août, quatre de ses auteurs étaient en tête des ventes. Marc Levy (Vous revoir) et Marcel Rufo (Détache-moi!) en France, Stephen Clarke en Angleterre (A Year in the Merde) et Somaly Mam (Le Silence de l'innocence) en Allemagne.
2/ Les auteurs
Avantage François Samuelson
Philippe Djian, Michel Houellebecq, Emmanuel Carrère, Pierre Assouline, Alexandre Jardin, Fred Vargas (pour les droits audiovisuels)... François Samuelson veille sur une impressionnante écurie d'auteurs. Dernier arrivé, l'écrivain Tahar Ben Jelloun. Celui qui fut un des piliers du Seuil en y publiant 22 livres en vingt-huit ans a, sur les conseils d'Intertalents, rejoint Gallimard. Un peu plus tôt, c'est Alexandre Jardin que Samuelson a fait passer de Gallimard à Grasset.
De son bureau, rue Jacob, en plein coeur du quartier des éditeurs, Susanna Lea, 36 ans, privilégie les oeuvres confidentielles et les premiers romans. Lorsqu'elle a jeté son dévolu sur Marc Levy, en 1999, celui-ci était un illustre inconnu. Son critère n'est pas tant la notoriété des écrivains que la valeur ajoutée qu'elle peut apporter : « J'adore prendre un roman à ses débuts et parcourir avec l'auteur le chemin qui va l'amener à sa publication. » Jean-Christophe Rufin, Marek Halter, Jean-Claude Lattès, Alexandra Lapierre, Pierre Haski et l'essayiste Tzvetan Todorov font partie de ses valeurs sûres et lui ont confié l'exploitation de leurs droits.
3/ Le carnet d'adresses
Avantage François Samuelson
Susanna Lea ne manque jamais la Foire de Francfort. Lors de la dernière édition, elle a vendu dans quinze pays les droits de ce qu'elle pense être son prochain best-seller, un premier roman. Susanna Lea a ses entrées à Hollywood, où elle est proche de Robert Bookman, de la célèbre Creative Artist Agency. En France, elle travaille en relation étroite avec XO, fondé par Bernard Fixot, avec les Editions Anne Carrère et Robert Laffont, là où elle a appris ce qu'un compte d'exploitation veut dire pour un livre.
François Samuelson, lui, a fait le voeu de ne plus mettre les pieds à la Foire de Francfort, qu'il appelle la « Foire aux vanités ». Il préfère la fréquentation assidue du Salon du livre de Paris, où il retrouve Antoine Gallimard, Olivier Nora (Grasset) et, plus généralement, tous les mandarins de l'édition. Pourtant, François Samuelson n'a pas que des amis. Il y a un an, il s'est fait casser le nez par le producteur Thomas Langmann, fils de Claude Berri, pour avoir fait monter les enchères du comédien Benoît Magimel : « Je ne suis pas aimé car pas aimable. Mais c'est normal, je suis indépendant et je dis ce que je veux. »


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Les agents littéraires n'ont pas fini de faire couler de l'encre. Je suis auteur-jeunesse, mon éditeur a déposé le bilan et je n'ai pas touché mes droits. J'ai un roman pour enfants sur le thème de l'eau en Provence, et je cherche un nouvel éditeur. J'ai assisté au CRL d'Aix en Provence à une table ronde très intéressante avec POL,Actes-Sud,Samuelson,Pierre Astier, Zoé Valdes et Del Pappas. Chacun a débattu avec de très bons arguments. A méditer. http://les-mots-de-mi.mabulle.com
Bravo pour cet article! Il est vrai que ce métier est nécessaire pour les auteurs peu connus. Le métier d'écrivain est une chose, la vente en est une autre. A chacun son job et cette profession d'agent littéraire est fondamentale pour permettre à de bons auteurs de percer dans cette véritable jungle qu'est le monde de l'édition. Emmanuel de Careil (un auteur peu connu) http://de.careil.free.fr