En quelques années, l'Ecureuil a beaucoup changé, et beaucoup grossi. Au point que l'image qu'il cultive et la réalité n'ont plus grand-chose à voir.
C'est peut-être la plus belle success story bancaire française. Le petit livret lancé en 1818 à Paris par Benjamin Delessert et le duc de La Rochefoucaud-Liancourt, les deux créateurs de la Caisse d'épargne, s'est transformé en une énorme cash machine. Près de deux cents ans plus tard, la banque gère 24 millions de livrets A, pour un encours de 64 milliards d'euros, et défend farouchement son monopole de distribution, qu'elle ne partage qu'avec La Poste.
Mais ce fromage ne lui suffit plus. Car la Caisse d'épargne veut jouer dans la cour des grands. Et, pour ce faire, elle s'est diversifiée tous azimuts et au pas de charge. En moins de six ans, on est passé du vieil Ecureuil de papa à un groupe de dimension internationale : 543 milliards d'euros d'actifs gérés, ce qui en fait le vingtième banquier mondial.
Une révolution culturelle qui ne s'est pas faite sans dérapages. La course à la croissance et à la rentabilité impulsée par Charles Milhaud, président de la Caisse nationale des caisses d'épargne (CNCE) depuis 1999, a entraîné des excès et un sérieux malaise parmi les salariés, tiraillés par le double jeu d'une banque assez cynique qui dissimule ses objectifs commerciaux derrière ses missions d'intérêt général.
Tout a commencé en 1999, avec la modernisation des statuts de la Caisse d'épargne. L'Ecureuil, pris alors d'une fringale, croque tout ce qui passe à sa portée : le Crédit foncier, puis Entenial (l'ex-Comptoir des entrepreneurs-La Hénin), la banque d'investissement Ixis et sa très rentable clientèle de caisses de retraite et de collectivités locales, la banque Sanpaolo et son fonds de commerce de PME, hérité des maisons Vernes et Morin-Pons. Il s'est même payé le luxe de s'offrir, début 2005, 10 % de Lazard, la banque d'affaires la plus prestigieuse du monde. Objectifs affichés : s'ouvrir la clientèle du CAC 40, autrement dit rivaliser avec les princes de la haute finance. Désormais, la banque d'investissement représente le quart du chiffre d'affaires du groupe.
Au plan interne, l'Ecureuil s'est réorganisé pour se donner les moyens de ses ambitions. Il s'est doté d'un bras armé, la CNCE. C'est l'organe central du groupe, c'est elle qui pilote les acquisitions et à qui sont rattachées les nouvelles filiales. Mais elle ne dirige pas les caisses d'épargne régionales. Au contraire. Il s'agit d'une filiale des caisses régionales, qui possèdent 65 % de son capital, les 35 % restants étant détenus par la Caisse des dépôts.
Toutes ces grandes manoeuvres ont des conséquences internes considérables. La reprise de la Sanpaolo, rebaptisée Banque Palatine, a entraîné une grève de quatre jours en février dernier dans le service affacturage de la Caisse d'épargne de Paris, menacé de réorganisation par la nouvelle filiale. Jusqu'à ce que la direction cède. « Les entreprises commençaient à envoyer les huissiers pour faire payer leurs factures », raconte Jean-Paul Halgand, le leader pour la Caisse d'épargne du syndicat SUD, une émanation de l'aile gauche de la CFDT. Il est vrai que l'ambiance sociale est explosive. Selon une étude de SUD conduite auprès de 5 000 employés dans 20 caisses d'épargne, 58,9 % des salariés estiment que l'entreprise n'a aucune reconnaissance de leur travail. Et 62,1 % jugent mauvaise la politique mise en place par la CNCE en matière de salaires et de classifications. Il faut dire que les réformes entreprises en 2001 et 2002 ont taillé dans le lard social. En deux ans, l'Ecureuil a liquidé son régime de retraite spécifique, dont le déficit menaçait d'engloutir les fonds propres à l'horizon 2015. Il a laminé les avantages salariaux en supprimant par exemple les augmentations automatiques à la naissance de chaque enfant. Et il a sérieusement rogné le droit syndical. S'en est suivi une radicalisation de la base. Aux dernières élections syndicales de juin 2005, le syndicat SUD, parti de zéro en 2001, atteint 22,5 % des suffrages. La CGT est montée de 8,8 à 11 %. Quant aux syndicats moins radicaux, CFDT et SU, ils ont perdu respectivement 16,5 et 9 points. La NAO (négociation annuelle obligatoire) qui va démarrer en novembre promet.
Pour autant, l'image de l'Ecureuil n'a jamais été aussi bonne à l'extérieur. Ses publicités télévisées font un carton, au point que le groupe prépare des produits dérivés autour du sympathique rongeur qui l'incarne. En outre, la Caisse d'épargne dispose d'un boulevard de popularité avec ses missions d'intérêt général, fixées par la loi de 1999. En 2004, elle a injecté 50,66 millions d'euros dans 2 350 projets d'économie locale et sociale (Pels). Seulement, n'est pas Robin des bois qui veut. Dans son désir effréné d'être une banque comme les autres, l'Ecureuil envoie parfois la « veuve de Carpentras » au casse-pipe. Ses fonds de placement boursier Ecureuil Europe 2003 et 2004 se sont fait épingler par une association de consommateurs, l'Acab, pour défaut de conseil et d'information, des épargnants ayant cru de bonne foi que leur capital était garanti. Une Association des victimes de la Caisse d'épargne (Avice) s'est même créée. L'été dernier, elle a assigné l'organisme devant les tribunaux d'instance dans une vingtaine de régions. La réaction de l'Ecureuil a manqué de classe. Une seule caisse régionale a accepté de transiger. Les autres, selon Jean-Jacques Defaix, président de l'Avice, « font de l'obstruction au niveau de la procédure et la CNCE n'a jamais répondu aux courriers ».

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J'ai placé mon argent dans le cadre d'un PEA en Octobre 2000 à la Caisse d'Epargne.Tout ce que j'ai entrepris a été voué à l'échec : Ecureil Europe 2004 (dont le taux de 5,7 % était garanti !). J'ai appris après coup que le capital ne l'était pas ! Ensuite DOUBL O dont le capital était garanti, lui, mais qui n'a rien rapporté du tout, malgré son nom.Enfin, cerise sur le gateau NATIXIS, dont mes 350 actions ne valent plus rien. Merci la Caisse d'Epargne !!