MÉDICAMENTS

Le business des produits miracles

Laurent Barbotin et Gilles Lockhart, Stéphanie Delmas -  01/12/2004  - L'Expansion 
 

Pour satisfaire la demande toujours plus forte de nouveaux médicaments, les laboratoires sont lancés dans une folle course à l'innovation. Enquête sur une frénésie économique et sur les risques qui l'accompagnent.Dossier coordonné par Christian David et Vincent Giret

Vingt-cinq milliards de dollars évaporés en quelques heures. L'incroyable sanction boursière infligée au groupe américain Merck après l'annonce du retrait d'un seul de ses médicaments, le Vioxx, a révélé la fragilité des grands laboratoires, en dépit de leurs performances financières. Qu'une seule molécule vous manque et tout le monde est paniqué ! Depuis une dizaine d'années, l'industrie pharmaceutique se focalise sur une soixantaine de produits vedettes, capables de générer plus de 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires. On les appelle des blockbusters, à l'instar des grands succès du cinéma hollywoodien. Les dix médicaments les plus vendus dans le monde pèsent près de 50 milliards de dollars. Soit environ 10 % d'un marché mondial évalué à 490 milliards de dollars par le cabinet IMS Health. Leur poids dans l'activité des plus grands groupes est encore plus lourd. Pfizer, n° 1 mondial, tire les deux tiers de ses revenus de neuf médicaments. Son anticholestérol Lipitor (Tahor en France) a réalisé 9,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2003, soit 20 % des ventes du groupe. Pour s'offrir cette pépite, le laboratoire américain a consacré un montant record de 90 milliards de dollars au rachat de son concurrent Warner-Lambert. Dans une industrie où les marges peuvent atteindre 30 %, les profits attendus de la commercialisation d'un blockbuster sont colossaux. Mais les risques sont en proportion : la perte d'un seul produit peut mettre en péril la survie du laboratoire. Il subit les assauts de fabricants de produits génériques toujours plus entreprenants, et les patients devenus consommateurs n'hésitent plus à porter plainte. Avec l'affaire Vioxx, c'est tout le modèle d'une industrie bâtie sur l'innovation, mais aussi sur le risque, qui se trouve ébranlé.

Ce qui est arrivé à Merck peut arriver à n'importe quel laboratoire, estime Jean-François Dehecq, le patron de Sanofi-Aventis. Aucun médicament n'est anodin, et avant un usage massif on a du mal à comprendre ce qui arrive. » Les produits vedettes sont en effet vendus dans le triangle d'or Etats-Unis-Europe-Japon, qui concentre 90 % du marché mondial. Testées sur quelques milliers de personnes, ces molécules sont absorbées par des dizaines de millions d'individus ! Les laboratoires tiennent un compte très rigoureux de tous les incidents : plus de 14 000 rapports médicamenteux sont adressés chaque année aux autorités françaises de pharmaco-vigilance. Avec parfois à la clef le retrait du produit. Au cours de l'été 2001, l'allemand Bayer a retiré du marché son anticholestérol Baycol, mis en cause dans le décès d'une trentaine de patients. « C'est le risque n° 1 pour un laboratoire », déclare Jean Escande, directeur de Sageris, filiale de maîtrise des risques de Gras Savoye.

Outre l'effondrement du chiffre d'affaires, l'entreprise s'expose à une avalanche de plaintes et de demandes d'indemnisation. « Aux Etats-Unis, le système des class actions associe automatiquement à la plainte toutes les victimes potentielles, démultipliant les dommages et intérêts », précise l'avocat Pierre Servan-Schreiber, du cabinet Skadden Arp. L'ardoise peut atteindre des montants fabuleux : le laboratoire Servier aurait constitué entre 1997 et 2000 une provision de 13 milliards de dollars pour régler les litiges survenus dans la commercialisation aux Etats-Unis de deux traitements amincissants. Rares sont les assureurs qui acceptent de supporter pareils risques. « Sur ce marché, il reste AIG, un ou deux groupes allemands, et les réassureurs », résume Jean-Pierre Ogus, du cabinet de conseil Eurogroup. « Difficile pour un laboratoire de s'offrir une couverture excédant 500 millions de dollars », confirme Dieter Kohl, du réassureur XL Re Europe. Le Vioxx ne serait assuré qu'à hauteur de 650 millions de dollars quand les actions en justice pourraient coûter à Merck près de 18 milliards.

« Le médicament, c'est un peu comme la musique ou le logiciel. Le coût de fabrication industriel est négligeable : ce que vous achetez, c'est de la science, des tests, de la sécurité », explique Claude Le Pen, professeur de sciences économiques à Paris-Dauphine. Mais, pour le laboratoire, il faut faire vite. La vie commerciale d'un médicament n'excède pas une dizaine d'années. La molécule est protégée pour vingt ans par un brevet, mais environ la moitié de cette période est consacrée aux tests. A l'échéance de son brevet, le blockbuster attirera la convoitise des « génériqueurs » produisant une copie à prix cassé. En France, où les autorités de santé tentent de développer ce marché, celle-ci coûtera 30 % de moins en moyenne, mais jusqu'à 80 % de moins aux Etats-Unis, où le prix des médicaments est environ quatre fois plus élevé. « Sur le marché américain, c'est 80 % du chiffre d'affaires de la molécule qui peuvent disparaître en quelques mois », assure un consultant spécialisé.

 
 
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Commentaires - (1)
Kiriam 27/11/2007 Recommander 0

Mais il existe des produits miracles qui marchent !! http://forum.01men.com/01men/libre__divers/detente/les_produits_miracles-1882/messages-1.html Faut juste un peu d'humour :D

 
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