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MAGHREB - PROCHE-ORIENT

La manne pétrolière mieux utilisée

Daniele Oliveau-Licata -  01/01/2006  - L'Expansion 
 
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La flambée des cours du brut remplit les caisses et favorise les investissements. Mais le risque politique demeure, particulièrement en Iran.

Attentats en Irak, assassinat d'un ancien Premier ministre au Liban, victoire électorale des intégristes musulmans en Iran, création d'un parti pour la paix en Israël... Cette année encore, la politique a occupé le devant de la scène et occulté les belles performances économiques du Moyen-Orient, pourtant le meilleur remède aux crises sociales qui le menacent. Sans grande surprise, ce sont les producteurs de pétrole qui se portent le mieux. Grâce aux records atteints par les cours du brut, les pétrodollars affluent dans les caisses publiques. Les pays du Golfe ont amassé 120 milliards de dollars supplémentaires grâce à la hausse des prix en 2005, après une soixantaine de milliards en 2004. Presque 20 % de leur PIB !

L'Arabie saoudite, premier producteur mondial, profite de cette manne (35 % du PIB, 75 % des recettes de l'Etat) pour financer de grands projets d'infrastructures. Notamment des lignes de chemins de fer. Les pétrodollars se déversent aussi sur une Bourse de Riyad en ébullition et sur l'immobilier. Les réformes engagées pour libéraliser des secteurs entiers de l'économie semblent porter leurs fruits. Signe supplémentaire d'ouverture, le royaume va faire son entrée dans l'Organisation mondiale du commerce après douze ans de négociations, et deux femmes ont été élues au conseil d'administration de la chambre de commerce et d'industrie de Djedda : une première !

La même euphorie s'est emparée du Koweït. Là aussi, l'économie flambe, les prix de l'immobilier s'envolent, encouragés par les prêts accordés à tout-va par le gouvernement, et l'indice boursier local vient de franchir pour la première fois de son histoire les 8 000 points. Outre le pétrole, Bahreïn peut compter sur sa filière aluminium, obligée d'accélérer les cadences pour satisfaire l'appétit du très gourmand client chinois. Les Emirats arabes unis misent également sur la diversification. Abu Dhabi, le plus riche en pétrole des sept émirats, devient même, dans le sillage de Dubaï, pénalisé par des loyers exorbitants, un important pôle des affaires et du tourisme en lançant des réformes législatives et des travaux gigantesques estimés à 300 milliards de dollars d'ici à 2013. Les stations balnéaires poussent comme des champignons, avec l'ambition d'accueillir 3 millions de touristes en 2015, contre 1,3 aujourd'hui. Le Qatar, de son côté, a décidé de tout miser sur les nouvelles technologies en se proclamant « émirat high-tech ».

Elle aussi grosse productrice de gaz et de pétrole, l'Algérie n'a jamais connu une telle aisance financière : plus de 50 milliards de dollars de réserves de change accumulées, une dette extérieure réduite de moitié depuis 1999 et plus de 10 milliards de recettes non prévues pour l'Etat en 2005. De quoi alimenter le fonds spécial destiné aux générations futures, financer la politique de réconciliation nationale du président Abdelaziz Bouteflika et, surtout, soutenir et consolider la croissance, seul remède contre le chômage, qui frappe toujours 17 % des Algériens. Deux fois moins, toutefois, qu'en 1999.

La Turquie réussit enfin à calmer son inflation

Même pour les pays beaucoup moins riches en matières premières, 2005 a été une bonne année. La Turquie, poids lourd de la zone, accumule les performances, tant en matière de croissance que de lutte contre l'inflation. La hausse des prix s'est assagie à 8 % l'an, du jamais-vu depuis trente ans (125 % en 1994 !). Même l'étau du surendettement public se desserre. Une performance bienvenue alors que les négociations entre Bruxelles et Ankara pour l'adhésion du pays à l'Union européenne ont débuté le 3 octobre dernier.

En Israël, la fin de l'Intifada a contribué à éclaircir le climat des affaires. La Bourse a bondi, les investissements étrangers ont dépassé les 10 milliards de dollars, les entreprises high-tech engrangent les contrats, et le chômage est tombé à 9 % des actifs, contre 10,5 % en 2004. Le résultat des législatives anticipées prévues début 2006 ne sera pas neutre pour les chefs d'entreprise. Même s'ils se réjouissent de l'accord israélo-palestinien sur l'ouverture des frontières de la bande de Gaza par le terminal de Rafah, susceptible de relancer la coopération économique.

Leurs homologues égyptiens sont, de leur côté, rassurés par les réformes libérales que Hosni Moubarak, qui vient de remporter de manière certes peu démocratique son cinquième mandat de président, compte poursuivre. Avec le retour de la croissance, les investisseurs étrangers reviennent et la livre s'est refait une santé après l'effondrement de 2003. Seuls points noirs : le déficit budgétaire et la dette publique (115 % du PIB), que la baisse des recettes douanières, à la suite des accords de libre-échange, risque d'amplifier. L'embellie est encore fragile.

La Tunisie, qui a longtemps profité de la mondialisation, en mesure aujourd'hui la violence. La suppression des quotas sur les textiles d'exportation chinois a porté un sérieux coup à cette industrie, qui pèse 20 % de la production du pays, 15 % des emplois, et n'a pas su évoluer. Heureusement, le pays du jasmin peut compter sur d'autres sources de revenus comme le tourisme (6 % du PIB) ou les nouvelles technologies. Idem pour le Maroc : les 6 millions de touristes qui l'ont visité en 2005 rapporteront pour la première fois davantage que les transferts d'argent des immigrés. La croissance n'a toutefois pas été flamboyante en 2005, à cause de la sécheresse qui a pénalisé l'agriculture, et de la flambée des prix du pétrole.

Les principales inquiétudes dans la zone viennent d'abord d'Irak, où sabotages, pillages et attentats hypothèquent les espoirs de redressement économique. Mais c'est surtout l'Iran qui fait peur. L'indice de la Bourse de Téhéran est passé sous la barre des 10 000 points fin 2005, pour la première fois depuis l'accession surprise au pouvoir de l'ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad en juin. Depuis un an, le recul atteint 30 %. Chacun des deux millions et demi d'actionnaires iraniens a perdu en moyenne 4 000 dollars, et la Bourse est entrée dans un état de semi-coma. Les capitaux fuient. Une dangereuse spirale est à l'oeuvre. La menace pour la stabilité de la région est réelle.

L'Iran et les dégâts de l'intégrisme

Le nouveau président Mahmoud Ahmadinejad fait fuir les investisseurs, effrayés par les déclarations populistes des musulmans intégristes au pouvoir. Résultat, tous les projets de développement économique sont arrêtés. Et la Bourse de Téhéran, après avoir été ces dernières années l'une des places mondiales où les valeurs progressaient le plus vite, est devenue en quelques mois la moins rentable.

 
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