Petits et grands avantages sortent de la clandestinité. L'Etat les traque enfin, pendant que le privé multiplie les cadeaux. Plongée dans un pays de 60 millions de privilégiés.
Un vieux tabou français vole enfin en éclats : une ribambelle de privilèges, d'avantages en nature chatoyants, de ristournes multiples, de passe-droits singuliers, sortent de la clandestinité un peu honteuse dans laquelle ils étaient maintenus depuis des lustres. Dans le secteur public comme dans le privé, un vent de transparence souffle soudain sur ces à-côtés qui font rêver, sur ces cadeaux qui changent souvent la vie : primes royales, vacances prépayées, réductions généreuses sur le téléphone, voitures de fonction...
Nul ne s'en étonnera : les ressorts de cette petite révolution sont diamétralement opposés dans le public et dans le privé. Peu à peu soumis aux exigences nouvelles de l'opinion publique, l'Etat a commencé un nettoyage de ces fameux privilèges, souvent gravés dans le marbre des « avantages acquis ». Il les avait abondamment distribués à ses fonctionnaires tout au long de son histoire, en vertu de vieilles coutumes ou pour compenser une grille des salaires très contrainte. Avec l'aide tenace de la Cour des comptes et des corps de contrôle, comme l'Inspection générale des finances, il tente de les reprendre aujourd'hui, ou en tout cas de les remettre à plat, parce qu'ils génèrent des iniquités devenues insupportables à l'intérieur même de l'administration. Le système des primes a été mis au jour, tandis que les privilèges accordés aux agents français à l'étranger, et notamment aux diplomates, sont actuellement dans l'oeil du cyclone... L'ouverture du capital de certaines entreprises publiques, réalisée ou programmée, a aussi donné le signal d'une inéluctable remise en cause d'avantages multiples.
Dans le privé, la logique est tout autre. Les entreprises ont déployé ces derniers temps une grande créativité pour retenir leurs meilleurs éléments ou pour les débaucher chez leurs concurrentes. Il était dans leur intérêt même de le faire savoir... La crise n'a rien changé, bien au contraire : les avantages en nature compensent souvent le blocage des salaires. Et les DRH enragent de ne pas pouvoir en donner plus : la législation et la vigilance nouvelle des Urssaf limitent leurs marges d'action. Ainsi, les entreprises françaises sont en retard par rapport à leurs concurrentes étrangères... Cette évolution à fronts renversés dans le public et dans le privé ne manquera pas de susciter un débat de société passionné comme les Français les adorent !

Plus le grade est élevé, plus les indemnités pèsent dans la rémunération des fonctionnaires.
Les avantages en nature restent encore l'apanage des agents du service public.
Seule une minorité de cadres bénéficie d'avantages en nature, certains étant substantiels.
Le logement ou la voiture sont, et de loin, les avantages les plus prisés.

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