La déflation, c'est dur (surtout au début)

Laurence Ville -  29/08/1996  - L'Expansion 
 

Alain Juppé et Jean Arthuis, son ministre de l'Economie, ont beau pronostiquer le retour de la croissance et annoncer de timides baisses d'impôts, les Français n'y croient pas. L'activité est en quasi-stagnation, la reprise recule, le chômage et les faillites augmentent, les revenus ne progressent plus. Et l'Insee vient d'annoncer la deuxième baisse consécutive des prix à la consommation (­ 0,2 % en juillet).

C'est cet indicateur qui inquiète particulièrement les économistes. Certains y voient l'amorce d'une sorte de crise de la demande, une spirale dépressive que le monde occidental a déjà connue à au moins deux reprises, à la fin du siècle dernier et dans les années 30 : la déflation, c'est-à-dire un dégonflement des prix et des salaires se traduisant par une brusque contraction de l'activité et un chômage massif. Est-ce bien de cette maladie que souffre la France ? Et quels seraient les traitements appropriés ?

Sommes-nous vraiment en déflation ?

Le spectre de la grande dépression des années 30 est certes encore loin. Il n'empêche que d'importantes pressions à la baisse des prix s'exercent dans les pays industrialisés, alors que les zones à forte croissance d'Asie, ou les nations d'Europe de l'Est qui font marcher la planche à billets, continuent de connaître l'inflation : la déflation semble être une maladie de pays riches... Si l'on s'en tient à la définition des manuels d'économie ­ la déflation est une diminution de la masse monétaire en circulation, qui s'accompagne d'une baisse du niveau général des prix ­, seul le Japon serait atteint par le mal, puisque l'Europe et les Etats-Unis affichent encore, en tendance, des prix à la consommation en hausse. Mais ces indices des prix seraient nettement surévalués, notamment en France. « L'inflation est aujourd'hui nulle », n'hésite pas à affirmer l'économiste Henri Lepage, délégué général de l'Institut Euro 92. Et demain les prix à la consommation peuvent baisser véritablement, ajoute-t-il.

C'est d'autant plus vraisemblable que la dépression affecte déjà des pans entiers de l'économie. La valeur des actifs, de l'immobilier aux oeuvres d'art, ne cesse de diminuer. L'industrie est victime d'un trou d'air, comme vient de le prouver la baisse des chiffres d'affaires des entreprises les plus importantes au premier semestre 1996. Quant aux prix industriels, hormis une courte embellie au début de l'année dernière, ils chutent depuis six ans.

« Auparavant, l'objectif était de minimiser les hausses de prix, explique Max-Henri Pollack, directeur des achats de l'équipementier automobile Bertrand Faure. Maintenant, il faut des baisses. » Le fameux Ignacio Lopez, directeur des achats de Volkswagen, qui s'était illustré par sa brutalité envers les sous-traitants, a fait des émules dans toutes les entreprises. « Il y a une pression terrible de la part des clients », confirme Patrick Findeling, président du directoire de Plastivaloire, un sous-traitant en plasturgie. L'engrenage est irréversible. Une entreprise qui accepte une fois de baisser ses prix pour décrocher un marché ne pourra plus les remonter. Cette guerre des tarifs se révèle vite meurtrière.

Comment

en est-on arrivé là ?

Pour les tenants de l'« autre politique », c'est la faiblesse de la demande qui est responsable des difficultés des entreprises, de la baisse des prix et du fléchissement de la croissance. En fait, le recul de la demande joue bien un rôle dans la spirale, mais il n'est probablement pas la cause première. Il y a eu tout d'abord la volonté d'éradiquer la grande inflation des années 70, qui s'est traduite par un virage spectaculaire des politiques monétaires au début de la décennie 80. Les taux d'intérêt ont été relevés dans tous les pays industrialisés, et l'inflation, qui en 1980 dépassait les 10 % annuels dans la plupart des pays d'Europe et aux Etats-Unis, a été divisée par deux en l'espace de cinq ans, et par plus de quatre en dix ans.

Parallèlement, la mondialisation des échanges et des marchés financiers dans ces mêmes années 80 a créé un environnement « incroyablement concurrentiel », selon l'expression de l'économiste Roger Bootle, auteur d'un récent ouvrage sur la mort de l'inflation (voir page 88). Les producteurs, qui pouvaient fixer librement leurs prix, se sont soudain trouvés en concurrence avec des entreprises du monde entier, notamment des pays émergents d'Asie, dont les coûts de production et les prix étaient bien inférieurs. Dans l'automobile, par exemple, pour contrer la poussée des fabricants asiatiques, les constructeurs occidentaux n'ont d'autre choix que de réduire leurs tarifs, en répercutant à leur tour cette contrainte sur toute la chaîne de leurs fournisseurs. Renault vient ainsi d'annoncer une baisse de ses coûts de production de 3 000 francs par voiture.

 
 
Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires

Suivre le sujet
 

Pour être alerté lors de prochaines publications sur le même sujet, veuillez saisir votre email dans le champs ci-dessous :

Citer dans votre blog
 
Déjà membre : vous pouvez commenter l'actualité en direct
Vous n'êtes pas membre, laissez votre commentaire, avec votre pseudo et email. Il apparaîtra après modération.
 
VEILLE STRATÉGIQUE
  • Entreprises - 18h27 - L'Expansion.com

    "Toyota rappelle les voitures au delà du nécessaire"

    Après le rappel de 8 millions de véhicules, Toyota vient de procéder à celui de 400.000 voitures hybrides. Une série noire pour le constructeur, qui a pourtant intérêt à jouer la carte de la prudence. L'explication de Bernard Jullien, directeur du Gerpisa.

  • High Tech - 17h36 - L'Expansion.com

    Les opérateurs télécoms doivent revoir leur modèle

    A quelques jours de l'ouverture du Mobile World Congress, le salon des produits et des technologies mobiles qui se déroulera du 15 au 18 février à Barcelone, Lexpansion.com fait le point sur les grands enjeux auxquels font face les opérateurs mobiles.

  • High Tech - 8/2/2010 - L'Expansion.com

    Pourquoi Google s'est offert un spot pendant le Super Bowl

    Google a diffusé sa première pub TV à grande échelle lors de la grand-messe télévisuelle américaine. C'est la deuxième grande incursion publicitaire de la firme, après une campagne d'affichage remarquée pour son navigateur Chrome. Le moteur de ce revirement stratégique : Microsoft.

  • Entreprises - 8/2/2010 - L'Expansion.com

    Comment réduire le stress des salariés dans les transports?

    Plus stressés, moins performants... Les salariés souffrent de plus en plus des galères dans les transports en commun. L'explication de Jean-Claude Delgènes, président de Technologia et auteur d'un manifeste sur le Stress et le Transport.

  • Silicon Valley - 8/2/2010 - L'Expansion.com

    Pogoplug met le cloud computing à la portée de tous

    Avec Pogoplug, inutile de passer des heures à mettre vos photos et vidéos sur Flickr ou Youtube pour pouvoir les partager avec vos proches et y accéder de n'importe où. Cloud Engines vous propose de créer votre propre "nuage". Et ça marche même depuis un téléphone mobile ou une console de jeux.

  • Start-up - 8/2/2010 - L'Expansion.com

    Ijenko utilise l'Internet des objets pour économiser l'énergie

    Une box connectée au modem ADSL, des capteurs qui transforment les appareils électriques en objets communicants, et le tour est joué. La solution proposée par Ijenko permet de maîtriser en temps réel et à distance la consommation d'énergie dans la maison.



publicite
librairie en ligne
L'annuaire du pouvoir 2008
 
fermer
 
Inscrivez-vous
Pourquoi devenir membre ?

Devenir membre de la communauté LExpansion.com vous permet d’accéder à un ensemble de services :

  • Commenter les articles en direct
  • Participer aux débats « Pour/contre » et proposer de nouveaux sujets
  • Recevoir, si vous le souhaitez, les newsletters : actu éco, conjoncture hebdo, high-tech ou carrière/management

C’est entièrement gratuit !

 
newsletters et alertes
 
inscrivez vous aux flux rss
 

Avec ces lecteurs:

Ou copiez le lien rss :

connexion
 

Votre adresse email n'est pas correcte

Envoyer par mail
 

Envoyez cette page par email en renseignant les champs suivants

Votre adresse email n'est pas correcte

*Tous les champs sont obligatoires