PRISE DE PARTICIPATION

L'ENCERCLEMENT D'HAVAS

Hedwige Chevrillon -  17/02/1994  - L'Expansion 
 

Les grandes manoeuvres semblent se préciser sur un coin de l'échiquier du capitalisme français. Au coeur du jeu : la prise de pouvoir au sein du géant de la communication Havas. Les protagonistes : la Compagnie générale des eaux (CGE), France Télécom et le Belge Albert Frère, associé à Jean-Marc Vernes et au Canadien Paul Desmarais. Le 10 février, la CGE a remporté une première manche en signant avec Havas et la Société générale un pacte d'actionnaires à hauteur de 48,7 % sur le capital de Canal +, principale filiale d'Havas mais surtout son principal actionnaire. L'équilibre du pouvoir semble donc enfin scellé à Canal +, entre la CGE et Havas, les deux ex-frères ennemis. Il reste néanmoins à connaître l'exact contenu du pacte, fort d'après des sources proches, en ce qui concerne la pierre angulaire du système : la nomination des dirigeants de Canal +, et donc par ricochet d'Havas.

Quant à la phase finale, elle portera sur la prise de pouvoir chez Havas. La démission du conseil d'Havas d'André Rousselet - l'empêcheur de tourner en rond , selon l'expression d'un des protagonistes - prouve qu'elle est imminente. Guy Dejouany, PDG de la CGE, pourrait ainsi réaliser son ambition de constituer un groupe multimédia. Mais tout dépendra également de l'attitude de l'homme d'affaires Albert Frère, qui lui aussi a des visées directes sur Havas (voir page 62), même s'il ne conteste pas le rôle de la CGE.

Car si Guy Dejouany a affûté ses armes, Albert Frère n'est pas resté inactif. Incontournable dans la CLT, la maison mère de RTL, source de profits substantiels pour Havas, il pratique un encerclement de sa proie. Il s'est ainsi rapproché de la SCI de Jean-Marc Vernes, qui détient 3,8 % d'Havas (voir graphique ). Il cherche par ailleurs à asseoir sa position dans Paribas, le deuxième actionnaire de la CLT, et à prendre place dans la Compagnie de navigation mixte pour mettre la main sur des munitions de 3,5 milliards de cash, sans compter des participations enviables.

Cette affaire de la Mixte est elle-même source d'une délicate partie de billard. Les vues prêtées à Albert Frère et Jean-Marc Vernes sur la Mixte supposent l'accord de Paribas, lui-même premier actionnaire du groupe de Marc Fournier. Or on imagine mal la banque applaudir à une telle intrusion. En outre, depuis trois ans, les participations de la Mixte et d'Albert Frère (via Parfinance) sont regroupées, avec celle de l'assureur Axa (8,6 %), dans une société de portefeuille : la société en participations Axa-Mixte-Parfinance. Celle-ci contrôle aujourd'hui 20 % du capital de Paribas. Mais les trois associés, à l'occasion de la mise en commun de leurs intérêts, ont dû prendre des engagements clairs. Il existe notamment une obligation de transparence qui passe par l'interdiction de détenir d'autres actions Paribas (en dehors de celles gérées par la société) par l'intermédiaire d'un tiers ou dans des sociétés parkings. Toutes les précautions ont été prises dans ce sens. Ainsi, à l'intérieur des participations gérées en commun, d'éventuelles rectifications de frontières doivent respecter certaines limites. En revanche, Paribas pourrait entrer directement dans le capital d'Havas. La route pour contrôler le pouvoir chez Havas est loin d'être rectiligne.

 
 
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