Dirigeants d'entreprise et managers sont gagnés par la vogue du journal perso sur le Net. Utile pour dire ce qu'on a sur le coeur, dialoguer et, surtout, soigner son réseau professionnel.
Rêves et cauchemars d'un entrepreneur » : cela faisait plusieurs années que Pascal Leurquin, le patron d'Evadix, société belge spécialisée dans l'imprimerie, le marketing direct et la logistique, voulait raconter dans un livre qui porterait ce titre son histoire de chef d'entreprise, avec ses moments de rêve et surtout ses cauchemars. Mais, par manque de temps, le projet en était resté au titre. Jusqu'à ce que ce dirigeant de 43 ans qui emploie 350 personnes découvre les blogs, ces carnets de bord sur Internet qui font fureur aux Etats-Unis et au Japon, et qui débarquent en France.
Plus de 900 000 personnes dans le monde ont créé le leur au cours des derniers mois. « Le format du blog m'a permis d'écrire mon histoire de manière fractionnée. Au final, j'ai été surpris du nombre de personnes qui lisent ce que j'écris, réagissent, me demandent conseil », explique Pascal Leurquin. Si les premiers accros aux blogs ont d'abord été les geeks, ces technophiles indécrottables, le virus atteint aujourd'hui les cadres et les chefs d'entreprise.
« Le phénomène est encore marginal chez les entrepreneurs, mais il ne fait aucun doute que cela va se développer », analyse Guillaume du Gardier, blogger averti qui a créé PR Planet, une des premières agences de relations publiques françaises à proposer des blogs à ses clients. Il en veut pour preuve le succès de l'outil auprès des dirigeants anglo-saxons, dont certains communiquent directement sur leur site. Dernièrement, le patron de Sun Microsystems, un des leaders mondiaux du logiciel et du service informatique, n'a pas hésité à polémiquer avec un de ses homologues par blogs interposés.
Un contact direct avec les lecteurs
Comme la plupart des défricheurs, Pierre Alzon, l'ancien patron de Dégriftour, un voyagiste en ligne racheté par Lastminute.com, en est encore à la période d'essai. Cela fait seulement quelques mois qu'il jauge l'outil. « Comme beaucoup, j'ai essayé pour voir, et, rapidement, j'y ai pris goût. »
Contrairement aux « pages perso » sur Internet, qui demandent de vraies connaissances techniques, « le blog est un outil simple à utiliser et peu gourmand en temps, deux atouts susceptibles de séduire les chefs d'entreprise qui ont envie de s'exprimer, de partager, mais qui sont toujours très occupés, poursuit Pierre Alzon. L'autre particularité intéressante, c'est la capacité de l'outil à créer d'emblée une proximité avec le lecteur. » L'interactivité est sans aucun doute une des raisons du succès du blog. Les visiteurs peuvent laisser des commentaires sur le site avec la même facilité que l'auteur écrit. Un système qui permet de fédérer assez rapidement un cercle d'habitués, mais aussi de se rendre accessible. « Dans cette optique, le blog peut être utilisé dans le simple but d'échanger avec des personnes qui ont les mêmes centres d'intérêt, mais aussi de manière très professionnelle - relation client, recherche de prospects...», explique Pierre Alzon, qui préfère parler moto, voyage et tourisme, un secteur dans lequel ce quadra dynamique a évolué pendant plus de douze ans. L'entreprise n'est qu'une thématique parmi d'autres sur son blog, même si les habitués sont pour beaucoup des confrères.
Quel que soit le propos, le blog crée du réseau et, quand on est entrepreneur, apporte inévitablement son lot d'opportunités. En quatre mois, Pierre Alzon, qui a lancé en juin dernier avec des associés SOS Alerte, une société commercialisant une plate-forme multimédia pour la gestion des risques naturels, a eu trois propositions de partenariat sur des projets d'entreprises ou d'investissement.
« Pas étonnant, les bloggers fonctionnent en communauté, explique Guillaume du Gardier. Ils échangent avec des gens qui ont les mêmes préoccupations, renvoient leurs lecteurs sur des sites d'autres bloggers qui traitent de la même thématique qu'eux. » Les entrepreneurs n'échappent pas à ce réflexe tribal. Dans l'océan des sites, ils font comme tout le monde. Ils se regroupent et finissent par parler de leurs lubies : financements, nouveaux marchés, partenariats, stratégie marketing, etc. Les conversations sur Internet se poursuivent parfois dans la vie réelle.
Car c'est une autre constante du blog : les gens de la même communauté finissent souvent par se rencontrer, notamment lors de dîners organisés au fil des discussions. « On éprouve très rapidemment le besoin de voir les gens qui vous lisent de façon régulière, qui font des commentaires », avoue Bruno Couly, créateur d'une société de conseil en développement des entreprises après avoir dirigé Sefar, un grand groupe d'exploitation de radios privées et l'un des premiers opérateurs de télécommunications à Paris.

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