Immigration : ces vérités qui dérangent

Benjamin Neumann -  01/06/2004  - L'Expansion 
 

Chômage, aides sociales, clandestins... « L'Expansion » démêle le vrai du faux dans un débat ravivé par l'élargissement

Le spectaculaire élargissement de l'Union européenne à dix pays au niveau de vie presque trois fois inférieur à celui des quinze anciens membres a brutalement remis le sujet de l'immigration sous le feu des projecteurs. Dans une France abonnée à la croissance lente et au chômage de masse, qui apprend chaque matin de nouvelles fermetures d'usines, qui voit se creuser jour après jour le gouffre de la Sécurité sociale, se dégrader la vie dans ses banlieues, augmenter partout l'insécurité et se lézarder les uns après les autres ses fameux avantages acquis, la perspective de voir s'installer dans l'Hexagone toujours plus d'étrangers inquiète, voire angoisse. Prudents, les Quinze ont d'ailleurs soigneusement fermé leur marché du travail aux ressortissants des anciennes démocraties populaires. Tant redoutée par les uns, l'immigration est souvent présentée par d'autres comme le remède aux maux dont souffre notre pays : vieillissement de la population, équilibre des systèmes de retraite, pénuries de main-d'oeuvre dans de plus en plus de secteurs, langueur économique en général. Pour démêler le vrai du faux, le fantasme de la réalité, L'Expansion répond sans tabous aux questions qui dérangent.

La France accueille-t-elle toujours des immigrés ?

Oui, mais peu

En 2002, 156 000 nouveaux étrangers ont été autorisés à vivre en France de façon permanente, dont plus de 70 % dans le cadre de la politique de regroupement familial. Et la tendance est à la hausse. Depuis 1999, l'immigration à caractère permanent augmente de 10 % par an environ, selon le dernier rapport de la Direction des populations et des migrations du ministère des Affaires sociales. Encore ces chiffres ne prennent-ils pas en compte les demandeurs d'asile, de plus en plus nombreux (51 000 demandes en 2002, deux fois plus qu'il y a dix ans), et les clandestins. Si, par définition, il est impossible de compter les étrangers qui passent illégalement les frontières, le nombre des régularisés en donne un aperçu. Ainsi, les « amnisties » de 1982 et 1997 ont fait sortir de l'ombre respectivement 132 000 et 90 000 sans-papiers. Si l'Institut national d'études démographiques (Ined) conclut à une entrée de clandestins qui ne dépasserait pas 13 000 personnes chaque année, le ministère de l'Intérieur en compterait plutôt 60 000. « Reste que le nombre de nouveaux immigrés représente chaque année à peine plus de 0,2 % de la population française », relativise Jean-Pierre Garson, le spécialiste des migrations internationales auprès de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « C'est deux fois moins qu'au Royaume-Uni ! », complète Xavier Thierry, chargé de recherche à l'Ined. « La France est certes un vieux pays d'immigration, mais il y a déjà vingt-cinq ans qu'elle n'est plus un pays d'immigration massive », assure le directeur de l'Ined, François Héran, qui s'est attaqué en début d'année à ce sujet (Population et sociétés, n° 397). La preuve : depuis 1974 et la fin officielle de l'immigration de travail organisée, la proportion des immigrés est stable, elle s'élève à 7,4 % de la population française métropolitaine.

Les immigrés prennent-ils le travail des Français ?

Non

C'est une thèse ressassée par le Front national, qui rend les immigrés responsables du chômage. La réalité est tout autre. On a en effet tendance à l'oublier, mais, depuis 1974, une entreprise ne peut théoriquement embaucher un étranger que si elle ne trouve pas de Français qualifié pour le même poste. Loin de prendre le travail des Français, les 2,3 millions de travailleurs étrangers présents dans l'Hexagone occupent souvent des emplois délaissés par la main-d'oeuvre nationale. « L'immigration est depuis longtemps une solution commode au manque d'attractivité de certains métiers », rappelle Gérard Chemouil, responsable des questions d'immigration à la CGT. Dans le secteur du « nettoyage des surfaces », près d'un salarié sur cinq est une femme immigrée. Celles-ci sont également très recherchées pour garder les enfants ou s'occuper des personnes âgées. Quant aux hommes, ils sont surreprésentés dans les postes peu qualifiés : presque un sur deux est ouvrier, contre un sur quatre pour l'ensemble des salariés. Conséquence : ils sont en première ligne lors des crises économiques. Après les brutales restructurations industrielles qui ont secoué la France au lendemain du choc pétrolier de 1973, c'est plus d'un ouvrier étranger sur trois qui est resté sur le carreau. En 1999, un quart des licenciements collectifs ont concerné des immigrés.

 
 
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