Ce qui manque à la politique de l'emploi, on le voit bien aujourd'hui, n'est pas tant l'imagination que l'audace - c'est-à-dire des mesures d'une ampleur suffisante pour avoir un impact significatif. La plupart des dispositions que contiennent les programmes des gouvernements européens vont dans le bon sens. C'est notamment le cas de la récente loi quinquennale française. Mais elles restent dans l'ensemble bien timides, compte tenu de la dimension du déséquilibre qu'il s'agit de résorber.
Prenons comme exemple le coût du travail. La réduction de ce coût en période de chômage élevé est une bonne mesure. Dans une telle conjoncture, en effet, le coût privé du travail - celui que paient les entreprises - diffère, en raison des systèmes fiscaux et sociaux, de ce que l'on pourrait appeler son coût social - celui que supporte réellement la société du fait de l'emploi d'un travailleur supplémentaire. Pour prendre un cas très simple, le coût de l'emploi d'un chômeur, qui conserverait comme rémunération son indemnité de chômage, serait en fait négatif, puisque son travail donnerait lieu à une production supplémentaire. Si l'on envisage l'ensemble de la population active, il est possible de mesurer l'écart entre le coût privé et le coût social du travail. Pour la plupart des pays de la Communauté européenne, le premier est environ le double du second.
Ce qui signifie que le coût d'un travailleur supplémentaire, envisagé du point de vue de la collectivité, est inférieur de moitié à ce qu'il représente pour l'entreprise, parce que son embauche engendre des économies (indemnités de chômage) et des recettes (cotisations, impôts). Ce déséquilibre est considérable, et les mesures qui ont déjà été prises ou celles qui sont envisagées ne le réduisent que marginalement.
Le chômage concerne essentiellement les catégories les moins qualifiées de la population active. Or c'est précisément au bas de l'échelle des rémunérations que la divergence entre coût privé et coût social du travail est maximale. C'est donc là qu'il faut agir par une mesure énergique : supprimer toute cotisation patronale sur le smic, et réduire cette exemption au fur et à mesure que l'on s'élève dans la grille des salaires. Il faut évidemment financer cette disposition pour ne pas rompre de façon trop brutale, au moment où elle serait appliquée, l'équilibre des comptes sociaux. Cela implique que l'on augmente d'autres prélèvements - tels que la CSG ou la taxe intérieure sur les produits pétroliers - ou que l'on en crée de nouveaux - par exemple une taxe sur la pollution ou un impôt libératoire sur les revenus financiers.
L'avantage de cette proposition, qui revient à une légère restructuration du système fiscal, réside en ce qu'elle permet de réduire le coût du travail peu qualifié de plus de 30 %, réduction bien plus importante que celle que l'on serait en droit d'attendre d'une plus grande flexibilité des salaires. Elle pourrait même s'accompagner d'une augmentation du salaire net des catégories concernées, ce qui est désirable en soi, mais aurait de plus le mérite, en cette période de récession, de soutenir la consommation.
Pour traiter aujourd'hui le problème de l'emploi, tout est affaire de dimension : la thérapie du chômage de masse ne peut pas être la même que celle du chômage modéré.


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