BANQUE

FERRERO, LE FONCEUR DU LYONNAIS

PASCAL HÉNISSE -  08/11/2001  - L'Expansion 
 

Un sacré caractère, une certaine ambition. Depuis deux ans, le directeur général du Crédit lyonnais mène la réorganisation de la banque tambour battant. En attendant mieux.

A peine nommé directeur général du Crédit lyonnais, en novembre 1999, Dominique Ferrero a fait place nette. « Je n'aurais pas pu vivre avec tous ces vestiges de l'ère Haberer, ce cadre trop pompeux », explique le n° 2 de la banque depuis deux ans. Exit le mobilier Empire, les tentures rouges et le marbre vert. Pour son bureau, Dominique Ferrero a opté pour des couleurs claires et du bois blond. Net, solide et sans fioritures. A son image. Carrure de rugbyman, tout en rondeurs, ce Niçois de 54 ans est en fait quelqu'un de plutôt carré, pas un adepte de la demi-mesure.

Successeur de Pascal Lamy, parti à Bruxelles à la Commission européenne, Dominique Ferrero ne s'est pas contenté de refaire la décoration. Six mois après son arrivée, les premières décisions sont tombées. Tout d'abord, l'état-major de la banque a été remanié. Départs, arrivées, promotions se sont succédé à un rythme accéléré. « Au fil des ans, certaines directions, comme les activités de marché ou la banque d'entreprise en France, étaient devenues des Etats dans l'Etat. Ils n'ont pas survécu à l'arrivée de Dominique Ferrero », décrypte Daniel Sigriest, plus de trente ans de Lyonnais et représentant CFDT au comité central d'entreprise. Sauvée in extremis de la faillite, la banque doit se remettre en ordre de bataille. « Le Lyonnais redressé, il faut maintenant relancer la machine, réinvestir, retrouver un esprit de conquête. C'est pour cela que je l'ai appelé », explique Jean Peyrelevade. Vu sous cet angle, personne ne doute que ce banquier atypique, normalien et ancien professeur d'histoire, soit l'homme de la situation.

De son passage à la Banque française du commerce extérieur (BFCE) puis à Natexis (fruit de la fusion entre la BFCE et le Crédit national), Dominique Ferrero a en effet hérité une solide réputation de meneur d'hommes, efficace mais aussi très ambitieux. « Il a une carrure, une présence, une capacité à motiver les troupes assez exceptionnelles », se rappelle un des anciens cadres de Natexis, qui a conservé un souvenir amer de la façon dont Dominique Ferrero a piloté le rapprochement des deux établissements. Cette fusion est un cas d'école, un modèle de reverse take over où, en définitive, c'est l'entreprise acheteuse, en l'occurrence le Crédit national, qui s'est fait phagocyter par la BFCE, sa supposée proie. Après un passage au cabinet d'Edith Cresson au ministère du Commerce extérieur de 1983 à 1986, Dominique Ferrero était revenu au sein de ce modeste établissement spécialisé dans le financement des entreprises, où il avait fait ses premières armes en 1978. Entre-temps, la situation financière de la BFCE ne s'était pas améliorée ; la solution d'un adossement s'imposait. Dominique Ferrero, en mélomane averti, en sera le compositeur avant d'en devenir le chef d'orchestre, une fois la partition publiée. Le souvenir d'un cadre de la banque est moins harmonieux : « C'était Rambo au Crédit national », se souvient-il. Dépassé par la « tornade Ferrero », le président de l'époque, Emmanuel Rodocanachi, devra vite se contenter d'un rôle de second plan. Sans surprise, Dominique Ferrero prendra à nouveau le taureau par les cornes lorsqu'il s'agira cette fois d'adosser Natexis au Groupe Banques populaires, en 1998. « A Natexis, Dominique tirait les ficelles », se rappelle Philippe Dupont, un des principaux artisans de cette opération au sein du réseau mutualiste. Officiellement, entre les deux hommes, le courant passe bien. La cohabitation durera dix-huit mois, jusqu'à ce que Jean Peyrelevade propose à Dominique Ferrero de le rejoindre au Lyonnais. « Je crois que Dominique Ferrero a longtemps hésité avant d'accepter la proposition, mais sa décision ne m'a pas surpris. Il a vocation à être le n° 1, ce qu'il n'aurait jamais pu être au sein des Banques populaires, croit savoir Philippe Dupont, élu président du groupe début 1999, coupant la route à Dominique Ferrero. Il se sentait bien chez nous, mais son parcours prouve qu'il a toujours ressenti le besoin d'aller plus loin, plus haut. »

Pour beaucoup de ses proches, c'est dans ses origines modestes - un père chauffeur routier, une mère caissière - qu'il faut chercher cette volonté d'être le premier. S'y ajoute la satisfaction de réussir sans pour autant appartenir à un grand corps. « Je n'ai pas de préjugés et pas beaucoup d'inclination pour le conformisme social », affirme Dominique Ferrero, qui cultive tranquillement sa différence. Alors que la plupart de ses pairs, énarques ou polytechniciens, affichent leur préférence pour les beaux quartiers de la capitale, lui a choisi d'élire domicile à Ménilmontant, dans le xxe, un des arrondissements populaires de Paris. « Lorsqu'on occupe une fonction de ce genre, il n'est pas inutile de replonger dans le monde réel », s'amuse le directeur général du Crédit lyonnais, qui fuit les dîners en ville. « Je sui peu porté vers la vie sociale. Cela explique peut-être le caractère assez lent de ma carrière », avance-t-il, faux modeste. Ce sentiment de ne rien devoir à sa naissance le rapproche très certainement de Jean Peyrelevade. Leur engagement à gauche au début des années 80 aussi. « Il était au cabinet d'Edith Cresson lorsque j'étais à Matignon », se rapelle le président du Lyonnais, qui avait tenté une première fois de le débaucher en 1997, sans succès. « Je ne l'ai jamais totalement perdu de vue. » Deux ans plus tard, Peyrelevade le nomme directeur général.

 
 
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Commentaires - (1)
Paul Hignac 28/12/2008 Recommander 0

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