Malversations financières, gestion désastreuse ou naïve : les dirigeants des fédérations sportives sont dans le collimateur de la Cour des comptes. « L'Expansion » passe en revue les cinq turpitudes du sport français.
D ans quelques semaines, la Cour des comptes doit publier un rapport sur les relations entre l'Etat et le milieu sportif à travers l'étude des grandes fédérations. Les magistrats de la rue Cambon se réjouiront sans doute des avancées récentes : la loi NRE, qui oblige toutes ces associations relevant du statut 1901 à déclarer les conventions impliquant leurs élus (avantages en nature, intérêts dans des entreprises partenaires...), et la loi de sécurité financière, qui impose le regard d'un commissaire aux comptes dès que le montant des subventions atteint 150 000 euros. Mais le rapport de la Cour des comptes devrait aussi livrer sa litanie de dérives. Car le sport français, qui absorbe chaque année plus de 10 milliards d'euros de fonds publics, est encore souvent géré par les fédérations de manière très artisanale. Radiographie des cinq maux qui l'affaiblissent.
1 Escroqueries et détournements de fonds
En matière de détournement de fonds, partir avec la caisse reste le nec plus ultra, alliant simplicité et efficacité. La Ligue promotionnelle de volley l'a appris à ses dépens. En 1993, un cadre s'est volatilisé avec 300 000 euros, l'équivalent de son budget annuel. L'indélicat a été condamné en juillet 2000 à rembourser sa dette au rythme de... quelques dizaines d'euros par mois ! Mais l'intéressé a interrompu ses versements en octobre 2001. Rebaptisée Ligue nationale, l'association a fini par jeter l'éponge sur le plan juridique. La leçon a tout de même été tirée. « Le service juridique a été étoffé pour ne plus connaître de mauvaises surprises », raconte Pierre Coquand, le fondateur de la ligue.
A l'instar de la Ligue de volley, la plupart des fédérations se protègent aujourd'hui juridiquement : « Tous nos contrats fédéraux sont assortis de garanties en responsabilité civile pour les dirigeants et mandataires sociaux », précise Richard Terzan, directeur du département Sports, événements et risques spéciaux du courtier Gras Savoye.
Cependant, les fédérations restent mal armées pour lutter contre les procédés retors émanant parfois de leurs propres responsables. Dans le monde hippique, par exemple, tous les coups sont permis, à la hauteur des enjeux (la filière pèse plus de 600 millions d'euros par an). Le Groupement hippique national (GHN), qui gère la convention collective de la filière cheval, est le théâtre d'un véritable « détournement d'association à OK Corral » depuis l'été 2000. Un opposant interne a créé de toutes pièces une nouvelle commission paritaire, copie conforme de celle qui existait depuis 1996 et qui collectait des fonds prélevés sur les salaires. Il a ensuite viré plus de 340 000 euros du compte de l'ancienne structure vers la sienne. « Un détournement de fonds », s'insurge Jean-Marc Lassus, le délégué général du GHN. Le contestataire a aussitôt multiplié les attaques préventives contre le GHN, allant jusqu'à porter plainte quatre fois au pénal. Du coup, après avoir été très patient, le GHN et les partenaires sociaux du secteur répliquent coup pour coup.
2 Trains de vie dispendieux
« Des hauts responsables fédéraux ont pris quelques libertés pour s'assurer des avantages n'allant pas de soi. » C'est un véritable atémi que les dirigeants du karaté français reçoivent de l'Inspection générale du ministère des Sports, dans un rapport de 2001. Visé, notamment, le directeur technique national Francis Didier, devenu président depuis. Le document relève « l'importance des frais » liés à ses allers-retours entre Paris et sa résidence héraultaise et la prise en charge du voyage à la Réunion de sa fille, lors d'un voyage de l'équipe de France (remboursé à la suite du rapport). Le principal intéressé proteste : « Tous nos comptes sont validés par un commissaire aux comptes. » C'est maintenant la Direction générale des impôts qui s'intéresse au karaté.
Le train de vie des hiérarques de la Fédération française de football (FFF) a provoqué la grogne des petits présidents de clubs. Le rapport de la Cour des comptes de 2001 dénonçant, entre autres, le recours abusif aux avions privés (pour près de 100 000 euros en deux ans) avait déjà entamé leur patience. Mais l'ardoise de 55 662 euros (révélée par Le JDD) laissée par le président Claude Simonet durant la Coupe du monde 2002 - dont 4 800 euros pour une bouteille de romanée-conti - les a fait exploser. Les clubs amateurs ont obtenu de la FFF un audit interne. Mais ses conclusions ne devraient fâcher personne. « Tout l'aspect financier, on le laisse à la Cour des comptes », prévient Jean-Claude Hazeaux, président de la ligue de Champagne-Ardenne et membre du groupe d'audit. Le rapport annoncé au printemps prochain, devrait simplement pointer des problèmes de... « communication ».

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