Des boutiques climatisées exposent des sacs en cuir, copies de modèles à la mode. Des articles fabriqués dans des ateliers exigus à 100 mètres de là, au fond de venelles malodorantes et au milieu d'une invraisemblable fourmilière humaine. Nous sommes au coeur de Bombay, à Dharavi, dans le plus grand bidonville d'Asie : 1 million de personnes vivent sur 175 hectares, une densité rarement égalée, dans des bicoques de tôle et de carton, à la fois maison et lieu de travail.
Bombay, ville de la démesure, concentre tous les superlatifs en son coeur, car Dharavi, c'est aussi la plus vaste fabrique de cuir de l'Inde, constituée de milliers d'ateliers individuels. C'est aussi une formidable usine de recyclage où sont triés, compactés et revendus les bidons de métal ou de plastique. Tout ce qui peut se récupérer est stocké sur les toits. Ici, le mot bidonville prend tout son sens. Sous des amoncellements déroutants, c'est une ville dans la ville, où l'on fabrique de tout : vêtements, savons, bijoux... autant d'articles qui se retrouvent ensuite sur les marchés du pays. On y copie tout.
Surexploités pour 40 euros par mois
Au royaume de la libre entreprise, tout est possible, au mépris des lois et règlements officiels. Plus de 5 000 mini- entreprises font tourner une économie parallèle dont le chiffre d'affaires annuel est évalué à 400 millions de dollars (314 millions d'euros) !
Dans l'atelier d'Ahmed Bashir, onze hommes assis par terre s'emploient à couper, assembler et coudre des sacs en cuir. Des perles de sueur gouttent du front de Radha, venu faire fortune à la ville. Pas de climatisation pour ces ouvriers qui gagnent 2 000 roupies (40 euros) par mois pour douze heures de travail quotidien, dorment entre la machine à coudre et un amoncellement de peaux et tirent un réchaud pour se préparer le riz du soir. Les sacs sont vendus autour de 700 roupies en boutique à Dharavi, le double dans les magasins du centre de Bombay, mais c'est en exportant vers l'Afrique du Sud, le Kenya, les pays du Golfe ou le Royaume-Uni que le profit est maximal. « Nous passons par un agent », disent les exportateurs à l'anglais bancal.
Des tensions entre communautés
Depuis les débuts de Dharavi, au début du XXe siècle, quand des terres ont été reprises sur les marais pour y installer des tanneries, c'est la perspective de trouver du travail qui a attiré du monde. Les tanneries ont déménagé, mais une ville dans la ville est née, avec vingt-sept temples, onze mosquées et six églises. Une ville de migrants, avec le dynamisme parfois explosif que cela représente. « Les tensions sont récurrentes quand les nouveaux arrivés, d'une région différente, d'une religion différente, acceptent des salaires encore plus bas que ceux pratiqués d'habitude », raconte la journaliste Kalpana Sharma, auteur de Rediscovering Dharavi (Penguin). Ici, hommes, femmes et enfants travaillent sans arrêt pour quelques roupies. Ce travail constitue leur fierté, même s'il s'agit de trier les déchets.
Un coin de rêve pour spéculateurs
Paradoxalement, les habitants de Dharavi sont assis sur une mine d'or que lorgnent les spéculateurs. L'immobilier atteint des sommets à Bombay et, en lisière de Dharavi, le quartier moderne de Bandra-Kurla, avec sa Bourse aux diamants et ses immeubles d'affaires, fait monter les enchères. Les plans de réhabilitation se succèdent. Mais les habitants des bidonvilles, habitués à travailler au niveau de la rue, ne savent que faire d'habitations en étage où les voisins ne passeraient plus devant leur maison-atelier-boutique. Quelques immeubles de béton fraîchement sortis de terre sont encore vides de locataires. Des associations, comme la National Slum Dwellers Federation (NSDF), s'occupent de tels projets. « Nous espérons une amélioration d'ici à 2010, dit un responsable de la NSDF. Pour l'instant tout l'argent est allé dans l'amélioration des routes, peu a été fait pour les habitations. »
Tandis que la bureaucratie indienne freine les projets, des individus, parfois des cols blancs du bidonville, montrent leur dynamisme. Mais, à cause de la promiscuité, il n'est pas facile de sortir du lot. Comme le dit Stanley Rodriguez, de la NSDF : « Dharavi ressemble à une boîte de crabes. Quand l'un d'entre eux monte, les autres le tirent par les pinces et il retombe. »

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Je ne suis pas dacort avec tout je dis bien tout ce qui est écrit JE VOUS AIME <3