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Des pharmaciens bien portants. Voire trop...

Stéphanie Benz -  01/10/2006  - L'Expansion 
 
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Les officines affichent une belle santé. Mais les finances de la Sécu et des malades coutumiers de l'automédication souffrent. Explications et démontage d'un système coûteux.

Quels sont les professionnels de santé les mieux payés ? Les généralistes ? Les spécialistes ? Perdu. Avec 102 000 euros de revenu annuel net moyen, ce sont les pharmaciens. A cela il faut ajouter le pactole touché lors de la revente de leur enseigne (1 million d'euros en moyenne), avec des prix de cession qui progressent bon an mal an de 6,9 % depuis 1999. Tant mieux pour eux, direz-vous. La plupart des Français ont une officine près de chez eux, les gardes garantissent l'accès aux médicaments à toute heure, auprès de professionnels à même d'en expliquer l'usage. Quelle importance si les pharmaciens en tirent un large bénéfice, puisque le service est de qualité ? Ce serait oublier que notre système de distribution du médicament « engendre des coûts significatifs » pour la Sécu, comme l'a rappelé un rapport du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie sorti discrètement cet été. La rémunération des officines représente en effet 26,5 % du prix des médicaments remboursables, contre 22 % en moyenne en Europe.

Avec 23 207 points de vente, la France est le pays européen le mieux doté en croix vertes. Chacune dessert 2 500 habitants en moyenne, contre 3 300 ailleurs. Cette densité se paie au prix fort : « Plus elles sont nombreuses, plus leur chiffre d'affaires moyen est faible. Et plus leur taux de marge, fixé par l'Etat, doit être élevé pour qu'elles couvrent leurs coûts fixes », explique le consultant Jean-Michel Peny, spécialiste du secteur. Les pharmaciens ne seraient pas contre une réduction du réseau. Mais seulement là où l'on compte une officine pour moins de 2 000 habitants, comme à Paris. « La concurrence y est trop forte, certains ne s'en sortent plus », souligne Jean-Pierre Lamothe, vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). « Il faudrait des aides fiscales pour faciliter les regroupements, mais Bercy s'y oppose », regrette Jean Parrot, le président de l'ordre des pharmaciens. Reste que les blouses blanches refusent d'aller au-delà du seuil de 3 000 habitants par pharmacie : ce serait, selon eux, dangereux pour la santé publique.

Autre facteur de surcoût : le mode de rémunération des pharmaciens (le taux de marge sur les produits). Quand les prix et la consommation de médicaments augmentent, comme ces dernières années, leur marge brute s'envole (5,5 milliards d'euros en 2005, contre 4,2 milliards en 1996). Les Pays-Bas, la Suisse et l'Allemagne ont jugé ce système trop inflationniste : leurs pharmaciens touchent désormais un forfait par ligne d'ordonnance ou par boîte de médicaments. Une réforme que leurs homologues français refusent, au motif que leurs coûts seraient proportionnels aux prix des remèdes. Faux, rétorque le Haut Conseil : « Il n'y a guère que le coût de gestion des stocks qui évolue, et, des stocks, les officines en ont peu. »

Certes, les mesures prises par le gouvernement pour freiner les dépenses de médicaments (déremboursements, accords avec les médecins pour maîtriser les prescriptions, baisses de prix...) n'ont pas épargné les pharmaciens. Sur les sept premiers mois de l'année, leurs marges brutes sur les produits remboursés ont reculé de 3,4 % par rapport à la même période l'an passé. « Pour autant, ils ne sont pas descendus dans la rue : ils savent que ces mesures, notamment les baisses de prix, sont conjoncturelles », souligne un expert.

La manne des médicaments non remboursables

Et ils ont échappé au pire : fin 2005, Xavier Bertrand avait décidé de rembourser les médicaments de marque sur la base du prix de leurs copies. Sous la pression des professionnels, qui y voyaient un risque de baisse des ventes de génériques, le ministre y a renoncé. Pour les inciter à en vendre, le gouvernement leur avait en effet octroyé des marges plus élevées, tandis que les laboratoires leur versaient des « remises arrière » (360 millions d'euros en 2005). Officiellement plafonnées à 20 % du prix des boîtes depuis le 1er janvier, ces dernières resteraient d'ailleurs plus importantes : « 37 %, contre 60 % auparavant », affirme, sous le sceau de l'anonymat, une pharmacienne.

A l'avenir, les comptes des officines pourraient en outre être dopés par les médicaments non remboursables (Humex, Alka-Seltzer...), dont le gouvernement veut encourager la consommation - une mission ad hoc doit remettre des propositions en ce sens à l'automne. En berne depuis des années, les ventes de ces produits représentent à peine 7 % de l'activité des pharmaciens. Mais au fil des déremboursements, la tendance s'inverse : en 2006, le chiffre d'affaires de l'automédication a crû de 5 % d'après l'Afipa, l'association des laboratoires fabriquant ces produits. Les consommateurs devront rester vigilants : les prix de ces remèdes sont libres et varient selon les endroits (de 2 à 3,50 euros pour du Nurofen, par exemple). « Certaines grandes officines achètent en gros aux laboratoires et obtiennent des remises. Les autres passent par des répartiteurs, au tarif normal », explique Danièle Paoli, pharmacienne à Nice et membre de la FSPF. On pourrait donc imaginer que les pharmaciens qui se regroupent pour avoir des ristournes affichent des prix similaires. Erreur : « L'écart peut atteindre 30 % », confirme Pascal Louis, le président du groupement Giphar. De fait, tous ne rétrocèdent pas leurs remises aux clients, comme en témoigne la patronne d'une grosse officine : « Mes prix sont identiques quel que soit le mode d'approvisionnement. Si un labo me fait 50 % de rabais, je garde la différence. »

Pour l'instant, aucune réforme en profondeur du réseau n'est toutefois en vue. Mais une idée fait son chemin : « Confier de nouvelles tâches aux officines, à défaut d'en baisser le coût », résume l'économiste de la santé Gérard Viens. C'est le sens de la convention signée début 2006 entre la Sécu et les pharmaciens : à terme, ils s'assureront par exemple que les médicaments ne sont pas remboursés à 100 % si les malades n'y ont pas droit. Certains imaginent aussi de plus les impliquer dans le conseil aux assurés ou dans la prévention. L'ordre s'y prépare, avec le lancement en 2007 d'un dossier pharmaceutique en complément du dossier médical personnel. D'autres, comme Pascal Louis ou Gilles Bonnefond, de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine, aimeraient obtenir le droit de prescrire des médicaments. Mais, pour ces services, ils réclament déjà... une nouvelle rémunération.

 
Commentaires - (8)
crocqfer laurent 25/10/2006 Recommander 0

ne tirez plus sur l'ambulance. je ne suis pas issu de classe superieure. a ce titre, j'ai du mettre toute mes economies dans l'achat de mon officine ; je ne suis plus propriétaire d'un logement mais locataire. mon revenu pour le devouement , mes 45h d'ouverture et mes gardes est de 2000 euros. aucune banque ne finance une pharmacie en trente ans comme un logement. imaginez-vous rembourser votre maison en cinq ans .vous arriveriez a vivre ??et je vous direz alors que vous gagnez tres bien votre vie : salaire +echeance.paradoxal non? ok si je touche un pactole a la revente,c'est pas sur...mais pourrais-je au train de la sécu assurer mes echéances de pret sans diminuer mon"train de vie ou pire celui de mes employers car nous sommezs aussi des employeurs.

cocodazur 20/10/2006 Recommander 0

Devrait on avoir honte de gagner 7000 euros par mois quand on à fait six ans d'études, passé un concours selectif (10 a 20 %d'admis), qu'on s'est endetté 12 ans ou plus pour l'achat d'une pharmacie!! Ajoutez à cela 60 h de travail par semaine, une equipe à manager, des clients malades (donc pas toujours faciles) qui ne viennent souvent pas chez nous par plaisir mais par nécéssité!! Il me reste quand meme la fierté de delivrer des médicaments et de contribuer par mes conseils à l'amélioration de la santé et du bien etre des hommes..

djaffar 17/10/2006 Recommander 0

etant etudiant en pharmacie, je constate qu'il ya beaucoup de points qui ont été negligés. Les stocks on en a des tonnes car on ne peut pas vivre sans. En plus de cela, on se tape tout le boulot de l'assurance maladie outre notre travail à savoir ranger ts les ordo, les envoyer, insister 1000 fois pour réclamer le remboursement de certaines ordo vu que les codes prefectoraux changent, faire les invendus, les périmés etcc ON NE MANIFESTE PAS CAR ON EST TELLEMENT OCCUPE ET Q'ON ES CREVE APRES LE BOULOT

civalleri 10/10/2006 Recommander 1

La parution de votre article a rapidement fait le tour de la profession et je viens d'en prendre connaissance. J'ignore si vous revendiquez une certaine rigueur pour vos articles, vos sources et un certain niveau d'exigence pour vos journalistes, mais force est de constater que dans ce cas précis cet article ne tient pas la route. Tout d'abord vos chiffres sont anciens et vos conclusions fausses car dans les professions de santé, il y a au moins les radiologues, les orthodontistes et les biologistes qui ont une rémunération supérieure à celle du pharmacien. De plus, vu la répartition quasi sans faute , le service rendu, les responsabilités et le dévouement des pharmaciens, celle ci ne parait pas usurpée en comparaison de ce que touchent nombre de ces "grands patrons" qui doivent avoir grâce à vos yeux et qui pourtant coulent leurs entreprises, licencient et se servent en stock-options. De plus les remises arrière sur les génériques sont très cadrées et les dépasser sans rétroceder est passible de trop lourdes sanctions pour qu'un pharmacien ne s'y aventure. La difference de prix sur les médicaments non remboursés est effectivement libre d'une pharmacie à l'autre mais vous ne pouvez ignorer que ce marché s'est auto régulé en grande partie et que si une boite de "nurofen" vaut le double d'une pharmacie à l'autre, c'est peut être que l'une des officine privilégie le générique "ibuprofène" et non le "nurofen", donc dans les deux cas le consommateur n'est pas lésé s'il sait écouter le conseil du professionnel en face de lui. Si vous vouliez faire un jour un véritable article économique sur les dépenses de sécu, vous oseriez reconnaitre que si des choses peuvent être améliorées dans le domaine du médicament, il represente malgré tout une faible part de ces dépenses, que la façon de gérer de tous les gouvernements est inappropriée. On ne peut pas espérer réduire un déficit si on dépense par avance les économies liées aux génériques pour augmenter par trois fois le

Jean-Pierre ANTOINE 9/10/2006 Recommander 0

Stephanie Benz confond remise arrière (plafonnées à 20%,et à 15% au 1er Janvier prochain, sous le contrôle très présent de la DGCCRF ) et les remises officiellement accordées sur les génériques pour promouvoir leur usage (de l'ordre de 10 à 20% sur le prix de vente officiel des grossistes).20+20 en cascade, celà fait bien environ 35 à 37 %,(C'est Là rémunération sur les génériques:personne ne travaille gratuitement, la substitution par les génériques est un réel travail en plus d'une responsabilité nouvelle, et ce système permet à certains pharmaciens, en travaillant plus et mieux, de faire économiser des dépenses à l'assurance maladie) mais là aussi la pharmacienne interrogée s'est probablement laissée "enfumer" par un représentant très enthousiaste car si l'on creuse, de nombreux médicaments génériques ne bénéfiecient plus de cette remise (en gros lorsque le gouvernement estime n'avoir plus à payer au pharmacien un effort pour en faire la promotion) . Donc l'auteur de l'article est soit partisane, soit mal informée. De même, votre pharmacienne " propriétaire d'un grosse pharmacie" ne peut pas être "dans le marché" si elle ne répercute pas tout ou partie des remises sur les médicaments OTC qu'elle achète en direct, et ça m'étonnerait beaucoup qu'elle ne le fasse pas sur ne nombreux produits, mais en a t'elle conscience?. Là aussi nous sommes en plein fantasme et on ne peut pas vendre n'importe quoi à n'importe quel prix! Les pharmaciens n'ont pas été formés par leurs études universitaires(6 années purement scientifiques) à la gestion/vente et sont beaucoup plus la proie des labos que vous ne semblez le penser.

Cal 8/10/2006 Recommander 0

Je suis très étonné du chiffre de 102000 euros nets que vous avez avancé sans argumentaire aucun alors que vous êtes précis sur le fait que ce chiffre est net d'impôts. En faisant un calcul dans le sense inverse : le fait d'avoir 102000 euros nets veux dire que le revenu brut est de l'ordre de 160000 euros (il faut ajouter les impôts = 33.5%). Si on considère que le résultat brur d'une officine est de l'ordre de 6 à 7% (voire moins), la pharmacie moyenne devrait faire un chiffre d'affaire de 2285000 à 2666000 (vous en connaissez beacoup des pharmacies qui font ces chiffres d'aafaire ?). Pour mémoire, le chiffre d'affaire moyen d'une en france pharmacie est de l'ordre de 1 million d'euros soit des revenus nets d'impôts de 39600 à 46200 euros, soit 3300 à 3850 euros par mois pour l'équivalent de 50 à 60 heures de travail par semaine gardes et astreintes comprises (soit l'équivalent de 16,5 à 20 euros par heure. Savez vous combien demande un plombier pour une heure de main d'oeuvre ? mon expérience très récente m'a fait payer 38,5 euros l'heure brute, soit 25,08 euros net. Sur la base de ce calcul rapide, je suis assez d'accord pour dire qu'il y a des pharmacies qui se portent très bien et d'autres beaucoup moins bien, voire très mal. Il est donc prudent de ne pas tirer des conclusions hatives sur un sujet très sensible.

brau 7/10/2006 Recommander 0

votre article ne reflète pas la réalité de la moyenne des officines.comme dans beaucoup de métiers, il y a des smicards( et oui) et des très riches(tant mieux pour eux).je pense que vous incluez la plus value de vente des officines ( 20à 25% en 6 ou 7ans)dans le calcul du revenu ( c'est une erreur).(1000 à 1200 cessions par an) il y a eu developpement de nouveaux marchés non remboursés par la secu ( diététique par exemple), un ryrhme de travail éffréné, des responsabilités, peu de congés dans l'année, pourquoi dire du mal de tout ça ? à l'inverse, je vous pose la question, quelqu'un qui a acheté un appartement il y a 7 ans pour le revendre aujourd'hui avec 70% de plus value sans travailler, trouvez vous ça normal ?

poinsignon 30/9/2006 Recommander 0

Cet article est partisan. Il ne reflete pas la situation exacte de la pharmacie d'officine, ne site pas le nombre de dépots de bilan, de pharmacien qui se suicident, ... . J'ai déjà lu des chiffres comparables dans des études mal argumentées ou l'on confond les revenus d'un foyer avec les revenus de la profession d'un des conjoints!! . S'il vous plait veuillez faire paraïtre un article de fonds qui donne une vision exacte de la profession. Sans réaction de votre part ...

 
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