Enquête sur les cercles de réflexion et les réseaux qui tournent déjà à pleine puissance pour alimenter les programmes des présidentiables.
Ce mercredi matin, rue de Solférino, c'est Martine Aubry qui planche devant les « éléphants » membres de la commission nationale chargée d'élaborer le programme que les socialistes proposeront aux Français en 2007. La maire de Lille expose son projet d'arme antichômage - nom de code : EVA -, en quatre parties, chiffres et calculs d'impact à l'appui. Au bout d'une heure et demie d'exposé, l'auditoire est démoralisé par « cette usine à gaz étatique », selon l'expression d'un des membres de la commission. Excédé, Henri Emmanuelli lui reproche d'avoir recréé « le Gosplan ». Furieuse, Martine Aubry repart pour le Nord, son EVA sous le bras. Autre mercredi, autre débat - sur la fiscalité, cette fois -, autre impasse. Après la présentation du projet de fusion de l'impôt sur le revenu avec la CSG, Jack Lang s'emballe : « Ce texte est verbeux. La fusion IR-CSG est un serpent de mer qui remet en cause le quotient familial, une mesure politiquement très risquée. »
Que sortira-t-il vraiment de ces huis clos ? « Le programme du Parti socialiste ressemblera à la synthèse du congrès du Mans : l'alliance de tous les compromis », regrette Arnaud Montebourg. Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, qui en a vu d'autres, se veut plus philosophe : « Il sera de toute façon largement amendé par le candidat choisi en novembre. Et ce ne sera pas la première fois. En 1988, François Mitterrand n'avait utilisé qu'une partie du projet socialiste durant sa campagne. »
Plus cacophonique encore que l'orchestre socialiste : la chorale des Verts. Depuis un an, neuf commissions de travail ont élaboré Le projet des Verts 2007, catalogue de mesures d'une soixantaine de pages... déjà largement amendé par le conseil national interrégional, le « parlement » des écolos. Fait nouveau : ce projet s'accompagne de propositions de lois. « Une façon pour nous de répondre aux critiques sur notre capacité opérationnelle », explique Jacques Archimbaud, proche conseiller de Dominique Voynet. Mais qu'en fera le futur candidat, choisi parmi les cinq en lices ? Cécile Duflot, porte-parole des Verts depuis un an, commençait récemment sa campagne dans un café parisien, à deux pas de la gare de l'Est. « Nous ne sommes pas là pour servir d'appoint au PS », assène la benjamine des candidats écolos. Dans la salle, les fans, chauffés au vin bio et à la musique tsigane, acquiescent : « Avec Voynet, le programme vert va perdre toute sa substance. » Et si c'était José Bové, comme le souhaitent certaines pétitions demandant l'organisation d'un référendum au sein du parti afin que les Verts puissent le soutenir ? Yves Cochet voit rouge : « Quelqu'un essaie manifestement de nous saborder ! »
En comparaison, l'UMP prend des airs de fanfare militaire, menée par un Nicolas Sarkozy martial. Responsable de la réflexion officielle du parti, Emmanuelle Mignon dirige les études de l'UMP. Cette conseillère d'Etat, véritable « usine à idées » de la pensée sarkozienne, est chargée d'animer les Conventions pour la France d'après, grand-messes ouvertes à la société civile au cours desquelles des experts viennent dialoguer devant les militants et les cadres du parti. « Ces conventions constituent l'humus idéologique du programme et le socle du projet présidentiel », explique cette travailleuse acharnée.
Mais celui-ci jaillira aussi des groupes de travail plus discrets dirigés par une quinzaine de personnes chargées de faire le tri dans les propositions. Cet aréopage comprend notamment les conseillers politiques du président de l'UMP (comme Patrick Devedjian ou Gérard Longuet, de plus en plus influent), les membres de son bureau (dont Jean-Claude Gaudin et Pierre Méhaignerie), les porte-parole du mouvement (dont Valérie Pécresse) et ses proches collaborateurs de la Place Beauvau. Leur mission ? Définir avant l'été les dix mesures phares que Nicolas Sarkozy défendra cet automne devant les militants. Des mesures simples, qui parlent aux gens, « comme les trente-cinq heures ou les emplois-jeunes, qui ont permis à la gauche de gagner les législatives de 1997 », estime Marc-Philippe Daubresse, ancien ministre du Logement.
« Nicolas a mis tous les groupes de travail en concurrence, et nous choisirons les meilleures idées », explique François Fillon, l'ancien ministre de l'Emploi, homme-clef du dispositif, dont Sarko voudrait faire son directeur de campagne. C'est lui qui organise et anime les réunions du staff politique le mardi soir - la première s'est tenue le 14 mars - et qui reçoit les notes de synthèse de tous les groupes de travail. L'un des principaux est conduit par Alain Lambert, ministre du Budget entre 2002 et 2004. « Nicolas m'a donné carte blanche pour présenter une ébauche de programme économique », confirme le sénateur de l'Orne. Mais beaucoup des barons de l'UMP, qui peinent à cacher leur frustration, sont convaincus que le projet sera finalement rédigé par la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant en tête. Directeur de cabinet au ministère de l'Intérieur, sans fonction officielle à l'UMP, ce fidèle se transforme en chef de campagne après 21 heures, recevant lui aussi une pléiade d'experts dans son bureau de la place Beauvau.


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