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Diagnostic

Croissance désynchronisée dans la zone euro

Emmanuel Lechypre, responsable du Centre de prévision de L'Expansion -  01/03/2007  - L'Expansion 
 
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L'Allemagne redevient une locomotive. L'Espagne et l'Italie vont baisser de régime et la France se maintiendra.

L'année 2006 restera comme une date charnière pour la zone euro. D'abord parce que la croissance a réservé de bonnes surprises, tant sur le plan de la quantité que sur celui de la qualité. La progression du PIB a atteint 0,9 % au quatrième trimestre par rapport au troisième, et 2,7 % sur l'ensemble de l'année, du jamais-vu depuis six ans. Elle aurait même pu frôler 3,5 % si la flambée du pétrole (20 % en euros) n'avait pas prélevé sa dîme. Autre bonne nouvelle : l'inflation se maintient sous les 2 % en ce début d'année, malgré la hausse de la TVA allemande, passée de 16 à 19 % le 1er janvier.

Ces performances reflètent des changements structurels positifs dans l'économie européenne. Grâce aux restructurations et aux investissements dans les nouvelles technologies, la productivité augmente, tandis que les réformes rendant les marchés du travail plus flexibles permettent davantage de créations d'emplois. Résultat : le chômage a reculé à 7,5 % de la population active, son plus bas niveau depuis 1993 (les statistiques ne remontent pas au-delà), et n'a sans doute pas fini de reculer.

Mais, surtout, s'est amorcé en 2006 un changement de moteurs géographiques au sein de la zone euro. Jusqu'en 2005, l'Espagne caracolait en tête du peloton, la France suivait, tandis que l'Allemagne et l'Italie fermaient la marche. Or l'an dernier, l'économie allemande a enregistré sa meilleure performance depuis 2000 (2,7 %). Et il est probable qu'elle retrouvera dans les prochaines années son rôle de locomotive de l'Europe. Selon les experts de Natixis, la France continuera de croître un peu plus vite que l'Italie, tandis que l'Espagne risque d'abandonner la tête pour la queue du peloton.

Pourquoi ce passage de relais ? Parce que l'Allemagne est le seul grand pays européen à être entré dans un cercle vertueux. Après des années d'efforts, la première puissance de l'Euroland (40 % de son PIB) est redevenue le premier exportateur mondial (160 milliards d'euros d'excédents commerciaux). Le boom des ventes à l'étranger a incité les entreprises à investir et à embaucher, ce qui commence à entraîner la consommation. La France, elle, suivra difficilement. Les exportateurs tricolores perdent des parts de marché et la situation financière tendue des entreprises diffère la reprise de l'effort d'investissement. C'est surtout le recours massif à l'endettement des ménages qui a tiré l'expansion, mais celui-ci devrait bientôt s'approcher de ses limites.

L'Italie, comme la France, souffre d'un manque de compétitivité : gamme de produits insuffisante, prix trop élevés, ce qui affaiblit les exportations, la profitabilité et les investissements. L'Espagne, enfin, subira le refroidissement de l'immobilier qui s'amorce - le gonflement du stock de logements vides en témoigne -, tandis que sa compétitivité à l'export reste faible.

Dans ce contexte, il y a une mauvaise et une bonne nouvelle. La mauvaise, c'est que ce dynamisme « tournant » ne débouchera pas sur une forte accélération de la croissance de la zone dans son ensemble. La bonne, c'est que celle-ci pourra compter sur la solide locomotive allemande quand la France, l'Italie ou l'Espagne s'engageront sur la voie des restructurations indispensables à la restauration de leur compétitivité... comme l'a fait l'Allemagne ces dernières années. Chacun son tour !

Le moral des patrons retrouve des niveaux exceptionnels, tandis que les ménages sont eux aussi plus optimistes.
La rigueur salariale a restauré la compétitivité des exportations germaniques, montrant la voie à suivre aux pays voisins.
L'endettement des ménages a assuré la croissance en France et en Italie. Une tendance non extrapolable.
 
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