On ne voit que lui, mais en interne, l'homme qui incarne le no 1 français de la distribution est aux ordres des tout-puissants patrons de magasins.
Ce jeudi de décembre, à Franconville, Michel-Edouard Leclerc fait salle comble. Toute la presse s'est rendue dans le Val-d'Oise pour entendre le plus célèbre patron de France vanter son dernier bébé : une boutique de lunettes à prix cassés. Comme à chacun de ses shows, Michel-Edouard sourit, tutoie et se prête de bonne grâce à la traditionnelle séance de photos. Mais, derrière le bateleur, un homme se fait plus discret : Roland Loury. C'est pourtant lui, le PDG de l'hypermarché attenant, qui a eu l'idée du concept, lui qui a investi 180 000 euros de sa poche pour qu'il voie le jour, lui seul enfin qui en encaissera les bénéfices, ou qui en assumera les pertes.
La discrétion de Roland Loury ne l'empêche pas de tirer les ficelles en coulisse. Car il fait partie de la caste très fermée des « barons » qui dirigent vraiment la première chaîne de distribution de France, cantonnant le très médiatique Michel-Edouard au simple rôle de porte-parole.
A la différence de Carrefour ou de Casino, sociétés anonymes possédées par leurs actionnaires, les 460 patrons des magasins Leclerc de France sont non seulement propriétaires de leur point de vente, mais aussi copropriétaires du groupement à travers l'ACDLec, l'Association des centres distributeurs Leclerc. Michel-Edouard Leclerc en est le coprésident avec son père Edouard, mais il ne peut rien faire sans leur accord. Quand il tombe à bras raccourcis sur le ministre du Commerce Renaud Dutreil, critique Unilever ou menace Danone, il agit sur commande de ses adhérents. « C'est un peu notre Jean-François Copé [le porte-parole du gouvernement]. A nous le savoir-faire, à lui le faire-savoir », résume Anny Courtade, « baronne » et PDG d'un hypermarché au Cannet (Alpes-Maritimes), membre du comité stratégique, l'instance suprême du groupe. André Jaud, le patron du centre de Saint-Berthevin, près de Laval (Mayenne), y a également longtemps siégé. Depuis l'ouverture de son premier magasin à Nantes, en janvier 1968, cet ancien cégétiste a connu toutes les structures du mouvement et bâti un empire familial : son fils Vincent dirige un Leclerc à Laval, son frère Hervé s'est implanté à La Roche-sur-Yon, son beau-frère Michel Payraudeau est à Rezé, près de Nantes, et son oncle Robert Nauleau a dirigé celui d'Argentan, dans l'Orne. C'est aussi lui qui a cornaqué le jeune docteur en sciences économiques Michel-Edouard Leclerc à son entrée dans l'entreprise, en 1978.
L'influence de la famille Jaud dépasse largement les frontières de l'Ouest. Le cousin Rémy Nauleau est le « parrain » de Leclerc en Midi-Pyrénées. Près de Toulouse, ses hypers de Blagnac et de Saint-Orens-de-Gameville totalisent 300 millions d'euros de chiffre d'affaires. Il est l'« inventeur » du Manège à bijoux, en 1986, et des agences de voyages Leclerc, en 1987. Des efforts dont il est bien payé en retour, puisqu'en 1999 il a pu assouvir sa passion du vin en s'offrant puis en rénovant à grands frais le célèbre Château-Cransac, à Fronton.
Il faut dire qu'un magasin Leclerc est une véritable machine à cash. Les patrons achètent les magasins sans un sou d'apport grâce à des prêts bancaires cautionnés par les autres adhérents. Des emprunts qu'ils remboursent très rapidement, en dix ou douze ans en moyenne, grâce à leur abondante trésorerie. Indépendants, ils fixent eux-mêmes leur rémunération. « Cela va du smic à plus de 15 000 euros par mois », selon un ancien adhérent. Sans compter les avantages en nature, souvent importants, comme l'illustre l'alignement de Porsche Cayenne ou d'Audi rutilantes sur les parkings des centrales régionales quand les patrons s'y réunissent, chaque jeudi. « Ils s'enrichissent en se levant à 5 heures tous les matins et en consacrant toute leur vie » à leurs magasins, commente Michel-Edouard Leclerc. Mais les rois des hypers ne réalisent réellement leur fortune que lorsqu'ils revendent leurs fonds de commerce. Ceux-ci sont généralement valorisés à quatre mois de chiffre d'affaires, soit 50 millions d'euros pour les plus importants. Conscients de détenir des pépites, certains d'entre eux rechignent d'ailleurs à signer la clause de préemption, instaurée en 2001, qui les oblige à céder leur centre au réseau et non à des concurrents comme Carrefour ou Auchan, prêts à surenchérir de 30 à 40 % pour s'offrir de nouvelles surfaces. Me Wilhelm, défenseur de plusieurs anciens adhérents, a fait condamner cette clause par la cour d'appel de Nancy en 2004. Leclerc s'est pourvu en cassation.
Généreux avec eux-mêmes, les patrons d'hypers le sont parfois moins avec leurs salariés. Selon la coutume maison, un quart du bénéfice du magasin leur est redistribué chaque année sous forme de participation et d'intéressement. Pourtant, Jeanine Lecot-Lothoré, secrétaire fédérale à Force ouvrière, dénonce « des conditions de travail déplorables, une main-d'oeuvre à bon marché et une tendance antisyndicale très forte ». Mais les protestations restent locales : Leclerc ne compte ni comité d'entreprise national ni syndicat central comme il en existe à Carrefour ou à Casino. « A chaque fois que nous l'avons sollicité, Michel-Edouard Leclerc nous a répondu qu'il ne pouvait rien faire », explique Bernard Aimé, le secrétaire national de la fédération CFDT des services.

Le patron de l'OM est décédé ce samedi à l'âge de 63 ans. Portrait d'un milliardaire qui n'a jamais réussi à emmener son club au sommet. Il lui aura même fait perdre plus de 200 millions d'euros.
1 milliard de dollars. C'est ce que l'App Store pourrait rapporter à Apple cette année. Mais ce pactole pourrait diminuer si des start-up comme Adwirl parvenaient à rendre gratuites certaines applications phares en y insérant de la pub. Interview de Sam Yu, le co-fondateur d'Adwhirl.
Filtrer et classer les emails selon les utilisateurs, mais aussi repérer un rendez-vous ou une action à faire et vous alerter en cas d'urgence, c'est ce que propose Kwaga grâce à un traitement linguistique. Enfin la solution pour ne plus être débordé?
Deux Tours de France se croiseront cette année à Monaco, en Andorre et en Suisse. Moins connu que la compétition cycliste, le "Tour de France des paradis fiscaux" a pour objectif de sensibiliser l'opinion publique aux dérives de la finance. Les explications de Jean Merckaert, à l'origine de la manifestation avec un collectif d'ONG.
La Confédération helvétique a signé des conventions fiscales avec plusieurs pays. Mais personne ne connaît réellement le contenu de ces textes. De quoi entretenir le flou sur la mort annoncée du secret bancaire suisse. Nos explications.
France Télécom a menacé d'arrêter ses investissements dans la fibre optique si l'Arcep maintenait sa décision d'autoriser plusieurs fibres par foyer. Décryptage avec Roland Montagne, responsable du pôle haut-débit au sein de l'Institut de l'audiovisuel et des Télécommunications en Europe.
Ancien directeur d'hypermarché Leclerc, en retraite depuis peu (01/01/08)j'ai travaillé de 1987à 2007 pour cette enseigne. Je trouve votre analyse sérieuse, argumentée de faits véridiques, et de noms cités et fonctions réels, par contre je ne suis pas d'accord sur la teneur de votre titre.... Si besoin, contactez moi. Salutations B.Josset