Ces contrats aidés qui servent mal l'emploi

Marc Landré -  01/03/2006  - L'Expansion 
 

Coûteux, complexes et peu efficaces en termes d'insertion professionnelle, ils restent l'arme antichômage préférée des politiques français.

Tous les prédéces- seurs de Dominique de Villepin à Matignon depuis trente ans, de gauche comme de droite, ont promis de vaincre le cancer du chômage. Mais peu ont pu se targuer, moins de dix mois après leur nomination, d'avoir obtenu des résultats aussi spectaculaires que ceux du fougueux Premier ministre de Jacques Chirac. Depuis juin 2005, la France compte 138 000 chômeurs de moins, et le taux de chômage s'est replié de 10,1 à 9,5 % de la population active. Il faut remonter à 2000, sous l'ère Jospin, pour retrouver une telle performance. Mais, à l'époque, en pleine euphorie d'Internet, la croissance, à près de 4 % l'an, était presque trois fois supérieure à celle d'aujourd'hui.

Son succès, le hussard Villepin le doit en partie à son volontarisme et à quelques vraies idées neuves : le contrat nouvelles embauches pour les petites entreprises (le principal gisement d'emplois) et le durcissement des contrôles de recherche d'emploi, qui vont dans le sens d'une plus grande flexibilité du marché du travail. Autant de mesures depuis longtemps préconisées par les institutions internationales comme l'OCDE, et inspirées de ce qui marche dans les pays scandinaves.

Mais Villepin sait que son avenir politique se jouera largement sur son bilan en matière d'emploi, « la priorité des priorités » : il a donc surtout réemployé les bonnes vieilles recettes françaises riches en contrats aidés, ces contrats que l'Etat exonère de charges sociales et assortit de primes à l'embauche pour inciter entreprises, associations et administrations à embaucher. Près de 1 million de Français profitent aujourd'hui de ces « contrats aux contraintes allégées » - comme les appelait Yvon Gattaz, président du CNPF (l'ancien Medef) - destinés à des populations « éloignées » du marché du travail : RMistes et autres bénéficiaires de minimums sociaux, chômeurs de longue durée, jeunes sans qualification... Et tous les records devraient être battus en 2006, car le gouvernement espère signer 370 000 contrats aidés en tous genres, hors formations en alternance.

Mais quelle est l'efficacité de ces dispositifs nombreux (une douzaine !) et coûteux, au coeur des politiques de lutte contre le chômage depuis trente ans ? Audit d'une usine à gaz à la française.

A quoi servent-ils ?

D'abord à améliorer les statistiques du chômage

Les contrats aidés sont l'arme principale de tous les gouvernements pour raboter le taux de chômage. « Ils jouent le rôle d'amortisseurs dans les périodes de vaches maigres et peuvent le faire baisser rapidement de 1 à 2 points », décrypte l'économiste Philippe Askénazy. Mais, pour être pleinement efficaces, encore faudrait-il qu'ils ne soient pas lancés à contretemps. Or rares sont les gouvernements qui ont agi avec le bon timing. Dès son arrivée à Matignon, en 1997, Lionel Jospin a relancé les contrats aidés dans le secteur public ou associatif via la création de 280 000 emplois-jeunes et d'autant de contrats emploi-solidarité (CES). Une politique qui lui a permis - avec les trente-cinq heures et le retour de la croissance - d'afficher d'excellents résultats en matière de lutte contre le chômage, mais qu'il lui a été très difficile de confirmer, pour des raisons budgétaires, quand la courbe des demandeurs d'emploi est repartie à la hausse, en 2001. L'ancien Premier ministre a même commencé à tailler dans les CES... au moment même où la croissance flanchait.

Son successeur à Matignon, Jean-Pierre Raffarin, a lui aussi voulu réduire la voilure, supprimant 100 000 contrats par an pour le secteur public et les associations, et redéployant les fonds économisés vers les entreprises. L'une de ses mesures phares de 2002, le contrat d'insertion-revenu minimum d'activité (CI-RMA), devait permettre aux allocataires du RMI de retrouver un vrai job. Sur le million de RMistes que compte la France, seuls 5 000 en bénéficient. « Jean-Pierre Raffarin a fait le contraire de ce qu'il fallait faire en période de ralentissement, juge Eric Heyer, de l'Observatoire français des conjonctures économiques. Il aurait dû relancer les contrats dans le secteur public. Leur impact sur le chômage est plus important, parce que l'Etat décide lui-même du volume de contrats à créer, et donc du nombre de bénéficiaires. » Une grave erreur que l'ex-Premier ministre corrigera deux ans plus tard avec son plan de cohésion sociale, qui marquait le retour en force du traitement social du chômage dans le secteur public.

Loin d'infléchir la politique tardivement modifiée par son prédécesseur, Dominique de Villepin l'a accentuée en gonflant les budgets des contrats aidés publics, conscient du coup magnifique qu'il avait à jouer. Du fait du vieillissement démographique, 37 000 Français seulement sont entrés sur le marché du travail en 2005, quatre fois moins qu'en 2002, sept fois moins qu'à la fin des années 90. Créer plus de 100 000 contrats supplémentaires dans le secteur public ne pouvait qu'avoir un effet spectaculaire sur le chômage. Mais attention : « Dominique de Villepin risque de se retrouver coincé comme Lionel Jospin en 2001, prévient Philippe Askénazy. Si la conjoncture s'assombrit, il lui sera difficile de faire plus qu'aujourd'hui. »

 
 
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