Bush/Kerry : le choc des programmes

Isabelle Lesniak, à New York -  01/10/2004  - L'Expansion 
 

Lors de sa présidentielle sous haute tension, l'Amérique choisira entre deux projets pour une fois très différents. En voici le catalogue.

L'obsession de George Bush Jr ? Ne pas répéter l'erreur de son père, privé d'un second mandat par Bill Clinton en 1992 pour avoir consacré trop d'énergie à la guerre du Golfe et pas assez à la lutte contre la récession aux Etats-Unis mêmes. Car si l'ombre de Ben Laden ou l'enlisement des GI en Irak pèsent sur les choix électoraux des Américains, c'est d'abord le bulletin de santé de l'économie américaine qui guidera leur vote. Or il n'est pas très brillant : un Américain sur deux désavoue la gestion de George Bush. Une faiblesse que l'équipe de John Kerry a choisi d'exploiter à fond en cette fin de campagne. Mais face au programme reaganien du président sortant concocté par une garde rapprochée néolibérale misant à fond sur les baisses d'impôts, le projet démocrate est-il crédible ? Il n'a certes pas le souffle de celui de Bill Clinton qui, en 1992, avait su séduire à coups de « nouvelle frontière technologique» et de mondialisation riche de promesses. Mais il n'en est pas non plus qu'une pâle copie inspirée par des proches de l'ancien président. L'Expansion passe en revue les propositions qui feront pencher la balance. Sans oublier de rappeler que, depuis 1945, c'est toujours sous une présidence démocrate que l'Amérique a réalisé ses meilleures performances de croissance, d'inflation, d'emploi, de finances publiques ou de Bourse.

Déficits : austérité contre fiscalité

En dépensant comme aucun de ses prédécesseurs ne l'avait fait pour soutenir l'activité, George Bush a atténué la récession et l'impact économique des attentats du 11 septembre. Mais il a fait passer en quatre ans les comptes publics de 236 milliards de dollars d'excédent à plus de 520 milliards de déficit. Du jamais-vu ! La dérive doit être enrayée d'urgence car, si rien n'est fait, un déficit de 2 000 milliards de dollars se sera accumulé sur la prochaine décennie. Le président et son challenger n'ont donc d'autre choix que d'afficher des objectifs similaires : réduire par deux les déficits d'ici à 2009 pour John Kerry, 2010 pour George Bush. Les voies qu'ils ont prévu de suivre pour y parvenir sont en revanche différentes, même si le contraste a été plus net par le passé entre les deux camps. Les républicains comptent limiter drastiquement de nombreuses dépenses, dans la lignée du budget pour 2005, qui n'accorde que 0,5 % d'augmentation de crédits aux ministères, sauf à ceux de la Défense (+ 7 %) et de la Sécurité intérieure (+ 9,7 %). Les démocrates comptent eux aussi freiner les dépenses, excepté celles concernant la Sécurité intérieure, la Santé et l'Education. Pour les financer, ils reviendraient sur certains cadeaux fiscaux en faveur des ménages aisés et des entreprises. Les économistes sont sceptiques. « Les deux candidats se limitent à un horizon de cinq ans alors que les vrais problèmes commenceront après, dénonce Bruce Bartlett, ex-conseiller de Ronald Reagan. Lorsqu'il faudra supporter les coûts de la réforme de la santé, des projets militaires ou des nouvelles baisses d'impôts. »

Impôts : baisses contre statu quo

La fiscalité est l'un des plus intenses champs de bataille de la campagne présidentielle. Fidèle à son credo libéral, George Bush assure que les baisses d'impôts ont relancé la machine économique, et il les place au coeur de son projet de retour à la croissance et de créations d'emplois. S'il est réélu, il tentera de persuader le Congrès de pérenniser les mesures prises en 2001 (baisse des taux de l'impôt sur le revenu, suppression de l'impôt fédéral sur les successions, etc.) et 2003 (baisse de l'impôt sur les dividendes et les gains en capital). Autre objectif : simplifier un code fiscal qualifié de « pagaille inextricable ». Autant de mesures d'inspiration reaganienne, qui risquent de ne pas être aussi efficaces. Deux économistes de la Brookings Institution, William Gale et Peter Orszag, ont comparé les baisses d'impôts proposées par George Bush à celles mises en oeuvre par Ronald Reagan en 1981. « Les deux trains de mesures représentent environ chacun 2 % du PIB, mais, au début des années 80, l'économie était mieux à même d'en profiter. La dette publique était plus faible, l'épargne des particuliers était abondante, les baby-boomers n'avaient pas encore l'âge de la retraite, et les Etats-Unis n'étaient pas le plus gros débiteur de la planète. »

S'il juge les baisses d'impôts « financièrement irresponsables », John Kerry est toutefois soucieux de se démarquer du cliché du démocrate ponctionnant pour financer les programmes sociaux. Ainsi, il promet de revenir sur les coups de pouce aux ménages aisés, mais de maintenir le crédit d'impôt pour les foyers avec enfants et de poursuivre la baisse du taux d'imposition des classes moyennes. Un programme qui ratisse large, ce qui n'est pas toujours payant électoralement. Mais le candidat démocrate peut compter sur le soutien d'une dizaine de célèbres Prix Nobel d'économie, dont Paul Samuelson, Robert Solow, Joseph Stiglitz ou Kenneth Arrow, qui n'ont pas manqué de fustiger l'augmentation simultanée, ces dernières années, des déficits et des inégalités.

 
 
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