Attentats : le plan sécurité des entreprises

Isabelle Mas et Benjamin Neumann -  01/01/2004  - L'Expansion 
 

Vigiles, « bases-vie », plans d'urgence : comment les géants de la mondialisation s'organisent pour protéger leur business.

Istanbul, le 20 novembre dernier. Un attentat en Turquie vise directement la banque britannique HSBC, maison mère du CCF. Bilan : 18 morts et 120 blessés. Dix jours plus tôt, à Riyad (Arabie saoudite), une voiture piégée explosait dans un complexe résidentiel pour expatriés, faisant 27 morts et 400 blessés. En mai, trois autres complexes réservés aux Occidentaux avaient déjà été visés dans la capitale saoudienne.

En ciblant les implantations étrangères des entreprises occidentales et leurs cadres, les terroristes ne cherchent pas seulement à déstabiliser ces pays mais aussi à faire fuir les investisseurs. Chaque fois, le nom d'Al-Qaida est avancé, qui veut prouver que le terrorisme peut frapper n'importe où et n'importe quand. Les entreprises, elles, n'ont qu'une réponse : Business must go on ! Mais conscientes de la vulnérabilité de leurs salariés éparpillés sur la planète, les sociétés occidentales réduisent leur personnel expatrié au profit de cadres locaux, multiplient les mesures de sécurité et font appel à des spécialistes : les cabinets de conseil en sécurité. Dès le lendemain des attentats, la Banque HSBC avait ainsi repris ses activités. Pas question de céder face au terrorisme. Le directeur général, Stephen Green, rappelait que « HSBC reste totalement décidé à développer ses activités en Turquie ». Les entreprises françaises semblent avoir la même philosophie. En 2002, après les attentats de New York et de Bali, le volume de leurs investissements directs dans les pays « à risques » (voir tableau ci-contre) n'a pas fléchi.

Ce que confirme Karl Sauvant, directeur de la division investissement de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) : « Le principal déterminant des investissements est et reste la situation économique du pays. Les investissements dans le secteur pétrolier se sont poursuivis en Angola malgré la guerre, et dans les pays latino-américains, en dépit des très forts risques d'enlèvements, explique-t-il. La situation peut être différente si des attentats sont commis tous les jours. » Ou en cas de conflit armé. Les entreprises étrangères ont ainsi déserté en masse l'Algérie aux pires heures de la guerre civile. Telle Air France, qui avait suspendu ses vols vers Alger de 1994 au début de l'année 2003. Pour le reste, la compagnie « gère ses liaisons en fonction d'impératifs commerciaux », affirme son porte-parole : « Si la ligne Paris-Téhéran a été arrêtée en 1997, c'est pour des raisons de baisse d'activité et elle reprendra dès l'été prochain, car la demande le justifie à nouveau. »

Les études de marché l'emportent donc sur les études de risques. D'autant que les entreprises couvrent de plus en plus leurs investissements à l'étranger ou leurs grands contrats d'exportation contre les risques politiques, tels que guerres, attentats ou révolutions. « Plus aucune ne fait l'économie d'une étude sur le coût d'une assurance », souligne Jean-Luc Debièvre, directeur de la division risques financiers et politiques au sein du cabinet d'assurances Gras Savoye.

Et les entreprises ne manquent pas de ressources pour se tenir à l'écart des problèmes. A l'instar de l'équipementier Faurecia en Turquie, dont les installations portent le nom de son partenaire local, nombre de sociétés développent des stratégies caméléons, se fondant dans l'environnement via des joint-ventures, des accords de sous-traitance ou de franchise. Ces formes d'implantation discrètes étant quasi indispensables dans les pays comme le Soudan ou le Pakistan. Ensuite, d'année en année, les groupes français emploient de moins en moins d'expatriés. Le Groupe Veolia Environnement, par exemple, qui compte 300 000 personnes hors de France, n'a plus que 500 expatriés français. Tant pour des questions de coûts que de sécurité... Pour les mêmes raisons, le groupe pharmaceutique Aventis pousse désormais ses cadres à se réunir en téléconférences plutôt que de multiplier les déplacements en avion.

Néanmoins, on trouve encore des Français accompagnés de leur famille dans tous les pays considérés à risques par le Quai d'Orsay. Ils vivent donc quotidiennement avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. « Les entreprises françaises ont aujourd'hui pris conscience des mesures de sécurité à prendre », constate Thierry Courtaigne, directeur général du Medef international. Une prise de conscience qui s'est accélérée en mai 2002, date de l'attentat contre un bus de la Direction des constructions navales (DCN) à Karachi, dans lequel ont été tués onze de ses employés (voir encadré page 83).

 
 
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