Ecrasé par Google en France, Yahoo accélère l'importation de ses innovations américaines. Vendredi, le portail lance MonWeb, un outil de personnalisation des recherches. Entretien avec Olivier Parriche, directeur de Yahoo! Search en France, qui détaille les nouveautés à venir.
En France, la part de marché de Yahoo dans la recherche (6,54% en août selon Xiti) est quatre fois inférieure à son niveau mondial, tandis que Google domine largement, avec près de 80%. Comment l'expliquer ?
Nous n'avons pas suffisamment communiqué en France et en Europe sur nos avancées. La constitution d'une équipe de recherche en France, qui est un pays prioritaire pour Yahoo, nous donne une autonomie propre, une stratégie locale et une vraie politique éditoriale. Trois illustrations concrètes. D'abord le système de raccourci. Il a été adapté pour, notamment, trouver la météo dans nos villes. Ensuite Translator. Cet outil de recherche multi-langues, déjà lancé en Allemagne, traduit une requête dans toutes nos langues, pour ramener plus de résultats. Enfin, nous souhaitons insuffler des nouveautés à l'international. Le partenariat et l'intégration avec l'encyclopédie libre Wikipedia ont ainsi été initiés en France. Il y a aujourd'hui un consensus avec la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Espagne pour bâtir une stratégie ensemble, ce que les Etats-Unis, très éloignés, ont du mal parfois à intégrer.
Les nouveaux services de Yahoo tardent à arriver en France. Quel est le calendrier des prochaines sorties ?
Dès vendredi, nous proposerons l'outil MonWeb. C'est un espace pour stocker sur Internet l'historique de ses recherches, ses favoris et archiver les pages Internet visitées. Tout ce contenu peut être ensuite retrouvé par une recherche ou partagé par courriel ou par flux RSS. Avec MonWeb, on trouve, on sauvegarde et on retrouve. Ensuite, nous préparons pour le premier semestre 2006 le portage de la recherche audio et de Desktop Search, l'outil de recherche sur le disque dur. Nous travaillons aussi sur la recherche locale, mais l'adaptation est plus complexe, car la situation en France est particulière. Contrairement aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne et à l'Allemagne où ce service a déjà été lancé, un acteur [les Pages Jaunes] domine largement le secteur. Alors même si le marché se déréglemente, même si l'agrégation de contenu se développe, nous ne voulons pas partir dans un délire technologique mais attendre qu'une réelle attente des utilisateurs se manifeste.
Les moteurs rivalisent d'innovations en tout genre. Quelle sont les réelles tendances de fond ?
Il y a trois vecteurs. D'abord la recherche sur le disque dur. Les utilisateurs découvrent la paresse et délaissent le classement par dossier pour passer d'une logique de catégorisation à une logique d'indexation. Ensuite, les réseaux sociaux qui représentent un nouveau moyen de communication. Avec la version 2.0 de MonWeb, qui arrivera là encore en France courant 2006, on partagera sur un blog ou avec sa liste de contacts des photos et des vidéos. Enfin, il y a la « contextualisation ». Cela ne sert à rien de proposer 4000 liens pour un mot cherché. Il faut sortir directement la bonne réponse. C'est ce que nous tentons de faire avec de nouveaux outils que nous testons aux Etats-Unis, comme Yahoo!Q et Yahoo Mindset. Le premier analyse la page sur laquelle vous surfez pour trouver des informations en rapport. Le second privilégie, pour une recherche, soit les contenus éditoriaux, soit les contenus commerciaux. Il y a clairement quelque chose à développer sur ce terrain.
Yahoo a-t-il, comme Google, un projet de bibliothèque numérique ?
Non, pas actuellement, mais c'est inévitable. Nous réfléchissons donc à une approche respectant le droit des éditeurs. Contrairement à Google qui numérise tous les documents avec une optique mercantile, nous sommes plus proches de l'initiative européenne et nous posons comme un intermédiaire. La numérisation est l'étape la plus chère et nous pouvons y contribuer techniquement et financièrement.

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