Yahoo a vu son action s'effondrer de près de 20% en cours de séance mercredi dans un Nasdaq pourtant en hausse. En cause, le retard d'une nouvelle technologie de liens sponsorisés censée relancer une croissance qui reste forte mais n'est plus stratosphérique.
Les stars de l’Internet n’ont décidément plus le droit à l’erreur. Après eBay et Google il y a quelques mois, Yahoo a subi mercredi cette dure loi de la nouvelle « nouvelle économie » en voyant son action s’effondrer de plus de 20% en cours de séance dans un Nasdaq pourtant en hausse. Les raisons de cette débandade ? Des résultats au deuxième trimestre qui – bien que tout à fait corrects - pâtissent de la comparaison avec ceux de l’année dernière. Et surtout l’annonce d’un retard de plusieurs mois dans le déploiement d'une nouvelle plateforme liens sponsorisés. Baptisée « Panama », cette technologie doit permettre notamment de mieux localiser les internautes dans un pays ou une région pour procéder à des campagnes de publicité ciblées. Autrement dit, offrir un meilleur retour sur investissement aux annonceurs et permettre à Yahoo de réduire le fossé creusé par Google en la matière. Mais le délai reporte d’autant ces espoirs. D’où les commentaires déçus de plusieurs analystes qui ont revu en baisse leurs prévisions de bénéfices tout en abaissant leurs recommandations. Avec pour conséquence un mouvement de panique des investisseurs. D’une baisse de 13% dans les transactions électroniques précédant la séance, le recul s’est accéléré jusqu’à 20,78% vers 18h15 (heure française). Soit une chute de 6,70 dollars pour un titre ramené à 25,54 dollars, au plus bas depuis 6 ans selon Bloomberg. Ce qui représente un peu plus de 9 milliards de dollars envolés.
L'ampleur de la réaction des marchés est une nouvelle fois à mettre en parallèle avec les résultats plus qu'honnêtes de Yahoo au deuxième trimestre. Bien sûr le résultat net apparaît divisé par quatre sur un an, mais uniquement en raison de la disparition d'un élément exceptionnel (vente d'actions Google) et d'une nouvelle comptabilisation des stock-options. Moyennant quoi, en données ajustées, le bénéfice net serait de 237 millions à fin juin 2006 contre 209 millions un an plus tôt, fait valoir Yahoo. Côté chiffre d'affaires, la firme californienne a enregistré une hausse de 26% de ses revenus, à 1,576 milliard. En excluant les "coûts d'acquisition de trafic" (traffic acquisition costs, ou TAC), à savoir une portion des ventes due aux sites partenaires, le chiffre d'affaires ressort à 1,123 milliard, en hausse de 28%. Les analystes, qui jugent cette valeur hors TAC plus significative, envisageaient 1,14 milliard, selon First Call.
La déception vis à vis de Yahoo semble donc surtout venir de son incapacité à faire "mieux que prévu". Et ce d'autant plus que la conjoncture économique générale inquiète - malgré le boom de la pub en ligne - et que la concurrence s'intensifie. Les inquiétudes concernant les perspectives d'activité de Yahoo s'étendent d'ailleurs à la plupart des valeurs internet. A l'exception notable d'Amazon, celles-ci en subissaient le contrecoup mercredi, y compris Google, qui abandonnait 1%. Mais le problème de Yahoo est sans doute aggravé par le fait qu'il paraît davantage sous pression. Il a abandonné la semaine dernière la place de premier portail américain au profit de MySpace, le site de réseaux sociaux désormais propriété de NewsCorp. Et il reste toujours à bonne distance de Google en matière de moteur de recherche, puisque, selon ComsScore, ce dernier reste leader incontesté avec une part de marché de 44,7% aux Etats-Unis, quand Yahoo doit se contenter de 28,5% (MSN complétant le podium avec 12,8%). Conscient de cette situation, le PDG Terry Semel a d'ailleurs mis l'accent sur les projets Web 2.0 du portail. "Notre priorité actuellement est de créer des services internet de nouvelle génération", a-t-il indiqué.

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